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Attractivité internationale : quel nouveau cap pour Lyon ?

En plus de la crise de la Covid-19, qui a lessivé l’économie lyonnaise, l’arrivée des élus écologistes à la tête de la Ville et de la Métropole a rebattu les cartes. Comment la première des très grandes métropoles françaises en matière d’attractivité envisage l’avenir ? Comment Lyon peut-il tirer son épingle du jeu ? Idéologie ou pragmatisme ?

"On a voulu que la ville de Lyon soit attractive. Nous pensons qu’elle peut devenir inspirante. On a voulu que la ville de Lyon soit rayonnante. Nous pensons qu’elle peut briller par son exemplarité et un engagement précurseur dans l’atténuation et l’adaptation au changement climatique." Le 4 juillet dernier, pour sa première prise de parole en tant que maire, sous les dorures et les lustres de cristal qui donnent des airs de Versailles au salon d’honneur de l’hôtel de ville, Grégory Doucet tournait la page de vingt années Collomb. Avec courtoisie mais fermeté, la rupture était assumée. En fin de cérémonie, la nouvelle adjointe à la culture, l’ex-maire du 1er arrondissement Nathalie Perrin-Gilbert, et farouche adversaire de Gérard Collomb – ses comparaisons avec l’empereur Palpatine, le grand méchant Sith de la saga Star Wars ou le président algérien Bouteflika avaient fait mouche – ne se privait pas, tout sourire, d’en appeler à "retrouver la fierté d’être lyonnais, pas la fierté de la skyline ou celle des palmarès", chers à l’ancien ministre de l’Intérieur.

"Peu rassurant pour l’attractivité du territoire"

Gérard Collomb rêvait d’une ligne d’horizon urbaine "aussi exceptionnelle qu’à Londres" ? Son successeur écologiste, nommé à la tête de la Société publique locale en charge de l’aménagement de la Part-Dieu, a stoppé net la construction de tours (le dernier gratte-ciel lyonnais, To-Lyon (170 m), dessiné par l’architecte Dominique Perrault, sera livré en 2022). Gérard Collomb était féru de classements et de palmarès pour souligner la capacité de Lyon à briller dans la compétition globale des métropoles européennes et mondiales ? Grégory Doucet n’envisage désormais plus les rapports de Lyon avec l’international sous le seul angle de l’attractivité locale, le nouveau maire expliquant clairement vouloir "en finir avec l’idée de compétition entre les territoires". À défaut de faire l’unanimité, l’orientation des Verts a le mérite d’être claire. La divergence de vues est telle que les milieux économiques se font des cheveux blancs. Au début du mois de juin dernier, une vingtaine de jours avant le second tour des élections municipales et métropolitaines, un mail avait circulé dans les milieux d’affaires du tout Lyon pour "alerter sur le risque de voir une idéologie verte, soutenue par l’extrême gauche, s’emparer de Lyon et détruire implacablement ce qui fait la force de notre ville". Dans les colonnes de Lyon Capitale, le président régional du Medef, Laurent Fiard, confirmait sur ces entrefaites que "l’alliance des écologistes avec l’extrême gauche n’est pas rassurante pour l’attractivité et la croissance du territoire. Elle fait peur à nos adhérents", ajoutant, plus amer, "ce qui nous fait peur, ce sont les pastèques : l’enrobage est vert, mais à l’intérieur, ils sont rouges". Le texte pointait Grenoble comme "ville témoin", la voisine où les écologistes sont au pouvoir depuis 2014 et dont les idées ont eu "des conséquences catastrophiques" pour la ville, assure Jean-Claude Lavorel, patron du groupe hôtelier du même nom, alléguant que la capitale des Alpes "est descendue dans les classements" et que "l’économie marche moins bien". Dans sa cuvette grenobloise, le premier édile Éric Piolle s’amuse, quant à lui, d’avoir été sélectionné au World Mayor Award (concours du "Meilleur maire du monde") parmi quatre-vingts autres élus de 38 pays.

@ Tim Douet

Idéologie et pragmatisme

Le président de la métropole Bruno Bernard - fils du sénateur socialiste et ancien maire d’Oullins Roland Bernard - lui-même (ancien) chef d'entreprise, et rentier comme il le reconnaît volontiers, et Grégory Doucet ont beau se démener "pour rassurer" et dissiper le fantasme de l’arrivée des "chars russes" à Bellecour, rien n’y fait. Les milieux économiques restent très frileux. Et aussi beaucoup plus taiseux, maintenant que les "khmers verts", un autre surnom qui leur est donné, sont aux manettes. Si Laurent Duc, hôtelier à Villeurbanne et président de la branche nationale "Hôtellerie" de l’Umih (Union des métiers des industries de l’hôtellerie), 1er syndicat patronal du secteur CHRD (cafés-hôtels-restaurants-discothèques), regrette d’avoir "des amateurs à la Ville de Lyon, des idéologues en puissance", il se dit néanmoins un peu plus soulagé par le pilote du 20, rue du Lac, "nettement plus pragmatique". Pour le syndicaliste lyonnais, Bruno Bernard semble à ce jour un peu plus "saisir" la particularité du "modèle lyonnais” qui a su tisser d’étroits partenariats entre les milieux économiques et le monde politique.
"Les Verts diabolisent le mot 'attractivité' qu’ils voient comme un tabou grossier, juge un responsable d’Only Lyon, le programme de marketing territorial de la Métropole de Lyon chargé de son rayonnement. Ils ont des lunettes déformantes au point de croire qu’on fait des doubles saltos pour attirer les entreprises."


"Les Verts diabolisent le mot 'attractivité' qu’ils voient comme un tabou grossier". Un responsable d'OnlyLyon.


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