Chez JTEKT, c’est la grève après la fin des RTT

Tous les lundi et vendredi, par tranche de deux heures, les salariés, emmenés par la CGT, protestent depuis le 15 octobre contre des "conditions de travail dignes du moyen âge". est notamment pointée une nouvelle organisation du travail mise en place depuis la fin des 35 heures, le 4 octobre. Selon la CGT, elle a déjà engendré le licenciement de 26 personnes et 70 emplois seraient à terme supprimés. Nous re-publions sur le sujet un article paru dans le mensuel Lyon Capitale de juillet 2010.

Jusqu’où peut-on aller pour sauver son emploi ? C’est la question que se posent les ouvriers de l’usine JTEKT d’Irigny qui fabrique des directions pour les constructeurs automobiles. Le 11 juin, 663 des 1400 employés de l’équipementier japonais ont reçu un courrier recommandé de la direction leur demandant s’ils acceptent d’augmenter leur temps de travail. S’ils refusent, ils seront licenciés. Finis les vendredis de libres une semaine sur deux, place au 5 X 7h20 tous les jours de la semaine. Dans son courrier, la direction de JTEKT met en avant des “perspectives alarmistes” pour les deux prochaines années : “Le groupe doit faire face à la baisse des volumes, des marges et des prix impactant gravement son chiffre d’affaires. En l’absence de mesures complémentaires, les filiales françaises du groupe enregistreraient encore des pertes importantes en 2010 et 2011”. JTEKT réaffirme, par la voix de son porte-parole, que le projet, nommé Regain, doit amener Irigny à être davantage concurrentiel par rapport à la Pologne ou la Corée du Sud “qui n’ont pas les mêmes coûts horaires, ni la même fiscalité”, précise Yannick Lacour, directeur du planning stratégique.

Compétitivité et régression sociale

À la sortie de l’usine, les équipes du matin viennent de céder leur place à celles de l’après-midi. L’ambiance est à la morosité. La plupart des ouvriers qui sortent des ateliers ont reçu leur courrier. “J’ai deux choix mais il y en a un où je suis licencié”, précise un salarié de 45 ans. “On perd deux vendredis de repos par mois pour 7 % de salaire en plus. Ce n’est pas cher payé”, ajoute son collègue. D’autres ouvriers en bleu de travail couleur blanc et rouge (les couleurs de l’équipementier japonais) pointent des problèmes de garde des enfants, de transport, et surtout d’une pénibilité accrue du travail.

Des conditions de travail déjà difficiles

Plusieurs études sur l’usine JTEKT d’Irigny mettent déjà en avant une dégradation de la santé des ouvriers due à la mise en place de nouvelles lignes de production en 1998. “Une aggravation de l’exposition aux risques, propice à la survenue d’accidents graves ou de troubles musculo-squelettiques”, note une enquête de l’INRS de juillet 2007. Tandis que l’étude du cabinet Secafi mandaté par le comité d’entreprise souligne une augmentation des problèmes de santé psychologiques et physiologiques, avec notamment la multiplication des tendinites. La CGT, largement majoritaire chez les ouvriers, est vent debout contre le projet Regain, sur le plan économique et des conditions de travail. “Les cadences sont déjà très dures à suivre. On a doublé la productivité depuis 2000, précise le secrétaire du syndicat Abdel Yousfi. Les ouvriers ont besoin de pouvoir d’achat mais cela ne doit pas se faire au détriment des conditions de travail”.

Les vieux au rebus ?

La CGT accuse la direction de vouloir faire un plan social déguisé pour faire partir les plus de cinquante-cinq ans qui ne tiennent plus les cadences. La direction de JTEKT répond que Regain “n’est pas un projet d’entreprise qui vise à réduire l’emploi" mais reconnaît par ailleurs vouloir faire partir une cinquantaine de personnes. Ce qui correspond au nombre des plus de 55 ans. Pour inciter au départ, Jtekt voulait même boucler un plan social avant d’envoyer les courriers aux ouvriers. Saisi par le comité d’entreprise, le tribunal de Lyon a condamné Jtekt par une décision du 25 mai. Cette annulation de la procédure a permis à la CGT de gagner du temps. Elle espérait obtenir “davantage de RTT et de salaire”. La direction n’a rien cédé. Et le local syndical s’est depuis transformé en bureau des pleurs.
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Repères

L’une des principales entreprises lyonnaises

JTEKT Irigny produit essentiellement des directions hydrauliques
- Principaux clients : Renault (80 %) et PSA (14 %)
- Chiffre d’affaires 2009 du groupe Jtekt Europe : 853 millions d’euros
- Résultat d’exploitation 2009 : - 26 millions euros
- Nombre de salariés à Irigny : environ 1 400
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Légende photo - de gauche à droite : Olivier Rivière (membre CHSCT), Abdel Yousfi (secrétaire du syndicat) et Julien Stephanus (délégué syndical). Ces trois dirigeants de la CGT Jtekt mènent la fronde pour de "meilleures conditions de travail".

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