110 MILLIONS D'EUROS POUR AULAS

Jean-Michel Aulas, son fondateur et président, pourrait se séparer de son "bébé" pour 110 millions d'euros.

Cegid, la société d'informatique de Jean-Michel Aulas, a confirmé mardi avoir confié à la banque d'affaires Lazard, spécialiste des fusions-acquisitions, " une mission de conseil dans le cadre d'une réflexion sur l'évolution de l'actionnariat ". En clair, la Cegid aurait mandaté la banque pour organiser la vente aux enchères de la société. Le montant de la transaction, qui devrait avoir lieu fin juillet, est estimé, par le site Internet Capital.fr, autour de 550 millions d'euros. Un chiffre "sans fondements" selon Cegid, qui a cependant précisé que les trois principaux actionnaires, APAX PARTNERS, EURAZEO et ICMI, la holding détenue à 99 % par Jean-Michel Aulas, pourraient céder totalement ou partiellement leurs participations dans CegidGroup. Ce qui, pour le service communication de la société, "pourrait être une issue mais n'est pas la seule".
Dès le lendemain, les noms de trois fonds d'investissements étrangers prêts à reprendre tout ou partie des participations des actionnaires circulaient. Consona Corporation, un éditeur américain de logiciels de gestion aurait fait une offre à 55 euros par actions. L'éditeur britannique SAGE Group, concurrent direct sur le marché français et européen de Cegid, a été cité tout comme Hellman&Friedman, fond de capital d'investissement spécialisé dans le secteur des médias.
"Pour nous, c'est fait ", nous a confié un employé de Cegid, "on ne sait pas encore qui sera le repreneur, on a eu 6 noms différents qui ont circulé en 3 jours ! Même si pour le moment ce ne sont que des bruits de couloir,la direction reste très discrète mais on est sûr que la vente va avoir lieu."
Fondé en 1983 par Jean-Michel Aulas, Cegid est le premier éditeur français de progiciels de gestion destinés aux experts comptables. Avec un chiffre d'affaire de 228,2 millions d'euros en 2006, la société est le premier éditeur français de solutions de gestion et fait partie du top 10 des éditeurs européens. Selon un membre de la Chambre Nationale des Conseils Experts Financiers, Cegid est "un business qui marche bien". La fusion avec CCMX est digérée, le titre a acquis un niveau intéressant, le bilan est restauré et les marges sont bonnes. Toutefois, la société de Jean-Michel Aulas n'aurait pas les moyens de ses ambitions.
Un contexte concurenciel aigu.
Malgré son positionnement fort sur le marché français, Cegid doit faire face à un contexte concurrentiel aigu. Le marché de l'édition de logiciels est marqué par une forte concentration et une mondialisation accrue. Longtemps prédateur et bénéficiant d'une solide expérience en acquisition et intégration de sociétés, Cegid pourrait devenir une proie pour les grands éditeurs de logiciels de gestion. Sa taille trop modeste sur le marché mondial et la stagnation de son titre l'empêcheraient de rivaliser avec les géants américains tels Microsoft ou Oracle.
Même si depuis les premiers succès de l'OL, des rumeurs de départ de Jean-Michel Aulas ont souvent circulé, il semblerait qu'il ait, à l'heure actuelle, une belle opportunité de cession à saisir. Croisant les analyses d'experts financiers et de cabinets d'audit, le titre Cegidserait "à son apogée".
Dans ce contexte, quelles sont les possibilités pour Jean-Michel Aulas ? Selon notre expert : "soit il réinjecte de l'argent dans sa société et repart pour 15 ans de développement. Soit, approchant de la soixantaine, il préfère se séparer de son "bébé" pour se consacrer au foot."
Quel montant Aulas pourrait retirer personnellement de la cession ? Actionnaire principal à 20 % de Cegidavec sa holding ICMI, le président de l'OL pourrait toucher une somme avoisinant 110 millions euros.
Concernant Cegid, tout est envisageable. La société peut être reprise par une autre dont elle complétera l'activité et ainsi conserver sa propre identité, ou se faire "avaler par un plus gros" selon les lois du marché.
Accompagnant les joueurs de l'Olympique Lyonnais en Corée pour la Peace Cup, Jean-Michel Aulas n'était pas joignable pour commenter cette nouvelle. Les deux autres actionnaires principaux, EURAZEO et APAX PARTNERS ne font pas de commentaires, laissant Cegid communiquer sur le sujet. Les potentiels repreneurs n'étaient pas joignables ou, comme SAGE Group, n'ont pas souhaité se prononcer sur la question. En attendant, comme dopé par cette rumeur d'OPA, le titre Cegid a augmenté de 12 % sur les marchés financiers en une semaine.

Jean-Michel Aulas : 58 ans de business et de foot
1949- Naissance à l'Arbresle.
1983- Création de CEGID, éditeur de progiciels de gestion à destination des experts comptables et des professions libérales.
1986- Intégration de CegidSA sur le second marché.
1987- Jean-Michel Aulas devient président de l'OL.
1996- CEGID, leader français pour l'informatisation de la profession comptable libérale.
2002- Premier titre de champion de France pour l'OL.
2005- Cegid devient le chef de file des éditeurs de solution informatique de gestion en France.
2006-Jean-Michel Aulas, élu entrepreneur Rhône-Alpes de l'année par le magazine l'Entreprise et Ernst&Young.
2007- Jean-Michel Aulas, élu à la tête du G14 qui regroupe les 18 puissances européennes du foot.

20 ans après, le Dieu du Stade
La Cegid et l'OL : deux aventures parallèles lancées par Jean-Michel Aulas dans les années 80. Vingt après, l'OL, devenu machine à gagner des matchs et de l'argent, se hisse au niveau des grands clubs européens. Et la Cegid cotée en bourse connaît un développement international.
En vendant la Cegid pour se consacrer à l'OL, JMA peint sa vie aux couleurs des temps : le sport n'est pas une passion qui se rajoute à celle des affaires, elle s'y substitue toute entière. Car sans rencontrer de résistance, le foot doré sur tranche a vampirisé la vie publique, économique et politique de Lyon. "Du pain et des jeux" disait-on à Rome. Et quelques jolies fesses rajoute-t-on dans le milieu du rugby où les Dieux du stade se prennent moins au sérieux. Dans le foot, le Dieu du Stade Jean-Michel Aulas ne montre pas ses fesses. Mais à coups de millions d'euros, il peut se vanter d'avoir assuré ses arrières.

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