Le maire de Lyon, Grégory Doucet / (Photo by JOEL SAGET / AFP)

1 an après son arrivée à la mairie de Lyon, Grégory Doucet fait le point et se confie à Lyon Capitale

Le 4 juillet 2020, Grégory Doucet était élu maire de Lyon pour son premier mandat politique. Un an plus tard, il fait un premier bilan d’étape dans Lyon Capitale sur les actions initiées et se défend sur l’un des points noirs de son début de mandat : la sécurité.

Lyon Capitale : Durant la campagne des municipales vous évoquiez souvent le fait que Lyon était un poids pour la planète. Depuis un an que vous êtes au pouvoir, estimez-vous que la ville pèse moins sur les enjeux climatiques ?

Grégory Doucet : Nous avons lancé des actions qui nous amèneront à avoir une empreinte moins forte, comme les grands chantiers de végétalisation. Nous avons planté, rien que sur cette saison, plusieurs centaines d’arbres dans les vergers municipaux. De la même manière, quand nous piétonnisons des rues, quand nous développons le Réseau Express Vélo (REV), la pollution et les émissions de CO2 diminuent. Ces actions contribuent à limiter notre impact sur la planète. Sur la restauration scolaire, nous avons procédé à quelques petits ajustements en attendant la fin du contrat : plus de végétal, moins de carné et plus de bio. Nous avons donné des inflexions significatives sur de nombreux projets comme la Part-Dieu, avec moins d’immeubles de bureaux, plus de logements sociaux et de déplacements piétons et vélo. Je vais vous présenter un autre dossier moins connu : la clinique Trarieux. Le montage prévoyait une artificialisation des sols à 67 %, des arbres devaient être abattus. Nous avons diminué le nombre de logements libres pour enlever un bâtiment et préserver le capital naturel. Dans la version finale, 67 % de la parcelle est perméable. Nous avons inversé le rapport.


"C’est l’endroit où, moi Grégory Doucet, je me sens le plus utile"


L’impact de votre politique est-il déjà évaluable ?

Pour l’objectiver, Sylvain Godinot, adjoint à la transition écologique, travaille sur un tableau de bord. Je vais revenir sur la restauration scolaire qui est importante pour l’empreinte de la ville. Si nous travaillons plus avec les agriculteurs locaux, c’est autant de camions en moins sur les routes. Ne pas tenir compte des limites de la planète, c’est décider d’être un poids. Le rapport du GIEC nous dit que 200 millions d’habitants urbains vont se retrouver en stress hydrique et auront des difficultés à avoir accès à de l’eau. Mon rôle est aussi de donner à voir ces réalités afin que la prise de conscience continue de s’opérer.

Vous n’aviez jamais été élu avant de devenir maire de Lyon. Au bout d’un an d’exercice du pouvoir, estimez-vous que le champ politique est le bon pour porter la cause écologique ?

C’est l’endroit où, moi Grégory Doucet, je me sens le plus utile. Depuis que je travaille, je me suis engagé dans des domaines qui relèvent du bien commun et de l’intérêt général. J’ai passé 20 ans dans l’humanitaire. Les inégalités me sont insupportables. Fort de cette expérience, j’ai compris que les actions individuelles auprès de populations en difficulté sont essentielles, mais qu’il faut aussi une action politique au niveau européen, national ou local. Et seuls les élus écologistes portent des politiques écologiques. Quand Bruno Bernard lance le plan nature, le Réseau Express Vélo, 25 kilomètres de tramway qui ne sont pas concentrés vers le coeur de la ville. Nous sommes sur des politiques publiques qui visent à limiter notre poids sur la planète.

Les compétences de la ville de Lyon sont désormais limitées et le coeur du pouvoir se situe à la Métropole, rue du Lac dans le 3e arrondissement. En nourrissez-vous des frustrations au quotidien ?

La réalité n’est pas aussi caricaturale. La Métropole ne décide pas seule dans son coin. Des élus ont un pied dans chaque institution. Sur la mobilité, nous n’avons pas la compétence, mais nous travaillons avec la Métropole. Nous travaillons de manière collégiale. Tout n’est pas parfait, mais c’est le cas de toutes les communautés de travail. Par rapport à ce que l’on m’avait prédit, je trouve que les choses se passent plutôt bien. Je vois Bruno Bernard toutes les semaines.


"Personne ne peut faire le procès à la Métropole de ne pas en faire assez sur les mineurs isolés"


Des désaccords commencent à poindre entre vos deux collectivités. Vous avez par exemple accéléré le relogement de mineurs isolés parce que la métropole n’avançait pas assez vite à votre goût…

Nous restons deux collectivités, mais nos positionnements sont complémentaires. Sur les tentes de la rue Hénon, il y avait un enjeu de reconnaissance de minorité. S’ils sont majeurs, c’est à l’État de les prendre en charge. La Métropole mène un combat politique face à l’État pour qu’il assume ses responsabilités. Nous avons agi sans mettre en péril leur action. Mon rôle en tant que maire de Lyon était de mettre à l’abri des gens qui dorment dans la rue. Personne ne peut faire le procès à la Métropole de ne pas en faire assez sur les mineurs isolés.


"La vraie punition, ce serait de ne pas faire d’écologie"


Depuis un an, votre majorité est régulièrement critiquée pour porter une écologie “punitive”. Nous voyons clairement ce que vous ne voulez plus, ce à quoi vous êtes opposé, mais le pendant positif est encore difficilement visible…

La vraie punition, ce serait de ne pas faire d’écologie. Une certaine presse a envie de faire le buzz sur de supposées phrases, que je n’ai pas prononcées, ou sur l’interprétation du protocole sanitaire dans les cantines. Un ministre a crié à l’insulte aux bouchers… Qu’il tourne sept fois son pouce avant de tweeter. Quand on nous reproche de priver les familles les moins aisées de viande, c’est une énormité. Les maladies liées à la surconsommation de viande sont plus fréquentes chez les familles les moins aisées. En off, le ministre Denormandie est d’accord avec moi sur le sujet. Il a fait de la politique-politicienne pour exister sur les menus sans viande. Les conséquences de la surconsommation carnée sont aussi dans les rapports du Giec et nous voulons limiter la part de la viande dans les repas. Par ailleurs, quand vous voyez que 11 000 personnes utilisent la piste cyclable du pont Lafayette, nous apportons de la qualité de vie et une réponse aux attentes des habitants. Nous avons fait deux opérations de piétonnisation, “La Voie est libre !”. Nous donnons à voir ce que l’on veut faire. Je ne vais pas dévoiler le programme du 8 décembre, mais je peux vous dire que nous conserverons une dimension monumentale à cet évènement. Nous aurons aussi une programmation où l’on retrouvera notre volonté d’une ville à hauteur d’enfants. La fête sera plus tournée vers les Lyonnais avec notamment un site en dehors du centre-ville. Nous travaillons aussi sur la fête de l’eau qui sera un événement populaire. Nous avons pris la décision d’ouvrir une fan zone pour l’Euro.


"Sur les moyens que nous accordons à la sécurité, nous n’avons de leçons à recevoir de personne"


Un des points noirs de votre début de mandat, c’est la sécurité. La situation semble se dégrader à Lyon comme dans d’autres grandes villes de France. Est-ce une priorité pour vous ?

Depuis 2017, le nombre de policiers municipaux baissait avec plus de départs à la retraite que d’embauches. Nous n’avons pas encore comblé tous les besoins. En France, 17 000 postes de policiers municipaux ne sont pas pourvus. Il y a une tension extrême sur le marché de l’emploi et dans ce contexte, on ne peut pas attendre de la police municipale de Lyon qu’elle y arrive mieux que d’autres. Les conditions de travail de nos agents sont bonnes. Le budget de la police municipale est en hausse, car nous recrutons plus. Sur les moyens que nous accordons à la sécurité, nous n’avons de leçons à recevoir de personne. Avec Mohamed Chihi, l’adjoint à la sécurité, nous pilotons la réunion de coordination avec le Préfet et le Procureur de la République. La situation est inquiétante sur la hausse des faits de délinquance avec violence, mais depuis plusieurs années nous observons globalement une baisse du nombre de faits. Nous allons vers le mieux, mais quand deux personnes se battent au couteau, les gens ont l’impression de vivre dans le Bronx. Cela donne un sentiment d’insécurité et nous voulons nous y attaquer. C’est pour cette raison que nous avons demandé et obtenu du ministère de l’Intérieur des renforts de policiers nationaux. Cent agents arriveront chaque année.

Le logement, c’est un autre point important qui ne semble pas s’améliorer. La Métropole et la Ville investissent beaucoup sur le logement social et réduisent la part du logement libre dans de nombreux projets. Ne craignez-vous pas d’écarter encore un peu les classes moyennes de Lyon et de faire monter le prix de l’immobilier, gentrifiant ainsi la ville ?

Le choc de l’offre promu depuis des dizaines d’années était censé lutter contre la gentrification de Lyon. Nous avons construit toujours plus pour contenir les prix, mais nous voyons que cela n’a pas fonctionné. Nous devons donc mettre en place de nouveaux outils comme l’Office foncier solidaire ou l’encadrement des loyers. Nous allons continuer à construire du logement libre. Je ne me suis pas couché sous les pelleteuses. Je ne nie pas que les prix de l’immobilier augmentent, mais il reste du logement libre pour les classes moyennes. Nous investissons sur le logement social, car nous ne tenons pas les engagements de la loi SRU (elle oblige les communes à disposer de 25 % de logements sociaux).

La ligne de métro que va porter la collectivité n’a pas encore été arbitrée alors que sur la place de la voiture votre politique est plus claire. Quel tracé soutenez-vous ? La ligne E vers le 5e ou le prolongement de la ligne D vers la Duchère ?

En préambule de la concertation publique qui va commencer, nous aurons des études sur l’efficacité de chaque ligne. Je privilégierai la ligne qui permet le meilleur report de la voiture vers les transports en commun. Sur le téléphérique, je suis ouvert à ce projet. Je préfère être de ceux qui disent pourquoi pas, plutôt que du côté de ceux qui disent “Aïe !” avant d’avoir mal. C’est un peu le sport préféré de certains de nos opposants. Pour ce qui est de la voiture, ai-je dit que j’allais les interdire dans Lyon ? J’ai dit que j’étais pour la sortie du diesel en 2026 et pour celle du moteur thermique en 2040. Nous faisons évoluer les mobilités en priorisant les transports les plus vertueux. Les 25 kilomètres de ligne de tramway que veut réaliser le Sytral vont relier les communes populaires qui sont aujourd’hui mal desservies.

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