Laurent Ponsot : viticulteur et agent du FBI

Laurent Ponsot, viticulteur bourguignon réputé, a démasqué le plus grand faussaire de vins fins de la planète. Depuis qu’il l’a traqué aux quatre coins du monde pendant plusieurs mois, l’ombre de la mafia plane sur le village de Morey-Saint-Denis.

Il y a l’agent Wynne (ça ne s’invente pas !) du FBI. Et Rudy Kurniawan, un jeune play-boy indonésien portant beau, Patek Philippe au poignet, voyageant en Bentley Continental Flying Spur édition limitée. Au milieu, de faux grands crus de Bourgogne et des centaines de milliers de dollars.

Une vente aux enchères douteuse

Avril 2008. Laurent Ponsot, viticulteur à Morey-Saint-Denis, en Côte-d’Or, reçoit un mail d’un ami américain. Celui-ci, grand collectionneur de vins, lui signale une vente aux enchères prestigieuse de plusieurs de ses vins, de la parcelle du Clos de La Roche, des millésimes allant de 1949 à 1961.

“Mon sang n’a fait qu’un tour : on a commencé à produire en 1982 !” Laurent Ponsot prend immédiatement l’avion pour New York, où doivent se tenir les enchères. Le lendemain, il fait irruption dans la salle des ventes. Comme il est très introduit dans le petit milieu des connaisseurs de vins, il parvient à retirer ses crus de la vente : sur 84 bouteilles présentées comme sa production, une seule s’avère authentique.

Le lot était estimé entre 650 000 et 1,3 million de dollars. Autrement dit, les experts ont réussi à estimer des vins… qui n’existaient pas ! Le lendemain, Laurent Ponsot parvient à rencontrer le propriétaire des vins, Rudy Kurniawan. “Quand je lui ai demandé où il avait acheté ces vins, il ne se souvenait plus. Lorsqu’on est collectionneur, on a une mémoire très précise, surtout des crus vieux et rares. Donc, soit c’était une victime, soit un prédateur.”

100 000 euros d’investigation et une protection policière

Laurent Ponsot prend les choses en main. Il sillonne le globe, rencontre tous les grands collectionneurs, fait des dégustations aux quatre coins de la planète, suit des pistes et commence à faire des rapprochements.

“Petit à petit, ça s’est refermé sur Rudy Kurniawan.” En juillet 2008, Laurent Ponsot est certain que l’Indonésien est impliqué. Un an plus tard, il est persuadé que c’est un faussaire. Le FBI est aussi sur le coup. La rencontre entre le viticulteur et un agent du FBI, Mr Wynne, a lieu. Rapidement, Rudy Kurniawan est démasqué. Il est cueilli par les autorités en mars 2012, après avoir essayé de revendre aux enchères 78 bouteilles de faux romanée-conti, estimées à 736 500 dollars. Entretemps, un milliardaire américain a porté plainte contre lui, l’accusant de lui avoir vendu des faux.

Tout l’attirail du faussaire

Quand le FBI débarque dans la luxueuse villa de Rudy Kurniawan, le faussaire est en pyjama de soie. La police trouve tout l’attirail du parfait faussaire : des seaux de capsules, des piles d’étiquettes, des tampons de millésimes.

“Il y avait du pinot noir de Californie et d’autres mélanges pour fabriquer un vin qui ressemble grossièrement à mon clos-de-la-roche”, raconte Laurent Ponsot. L’Indonésien dort aujourd’hui en prison. Mais Laurent Ponsot est certain qu’il y a un véritable réseau.

80 % de faux dans les caves des collectionneurs

“Il a fait ça à une grosse échelle. Je pense qu’il y a des complices derrière. Qui lui a donné toutes les infos sur les crus ?” Il ne nous en dira pas plus, l’affaire étant en cours d’instruction. L’ombre de la mafia plane sur le dossier. À tel point que, lorsque Laurent Ponsot se rend aux États-Unis, il a une protection policière.

Ce qu’il faut savoir sur les entourloupes sur le marché de niche des grands vins, c’est que la très grande majorité des collectionneurs ne boivent pas leur vin, préférant le conserver comme un Graal ou le revendre quelques années plus tard pour faire une plus-value. De 1982 à 2009, le prix des grands bordeaux a ainsi bondi de… 952 %. Un bel investissement, une valeur refuge aussi. Et Laurent Ponsot de conclure : “Dans les caves des riches collectionneurs de vins américains qui ont commencé il y a une vingtaine d’années, 80 % c’est du faux.”

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Cet article est paru dans le dossier “La saga de l’or rouge” sur l’économie des vins de la vallée du Rhône (Lyon Capitale 716, novembre 2012).

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