Christian Janier dans sa cave, à Lyon © Tim Douet
Christian Janier dans sa cave, à Lyon © Tim Douet

Christian Janier, un “MOF colère” contre la banalisation de son titre

Christian Janier, Meilleur Ouvrier de France et maître fromager affineur dans le 2e arrondissement de Lyon, a récemment lancé un mouvement de protestation “100 MOF en colère !” pour dénoncer la "banalisation" du titre de Meilleur ouvrier de France (MOF).

Lyon Capitale : Une manifestation de Meilleurs Ouvriers de France est prévue le 17 avril prochain devant l'Assemblée nationale. Vous avez aussi créé une page Facebook “100 MOF en colère !” pour dénoncer la banalisation du titre de MOF. Qu’est-ce qui vous a poussé à organiser ce mouvement ?

Christian Janier : Le comité d'organisation des expositions du travail (Coet), l'association qui organise le concours, veut abaisser le niveau des épreuves pour le rendre plus accessible. Il y a quelque part un peu de politique là-dedans. Ils ont dans l'esprit d'avoir rapidement 3000 ou 4000 MOF par concours contre 250 à 350 dans les anciennes promotions. Foncièrement, je suis quelqu'un qui aime ces valeurs d'égalité des chances. Mais poussées à l'extrême, elles produisent l'effet contraire. Nous, on ne veut pas que ce titre, qui représente l'excellence professionnelle, soit dévoyé et que l'on fasse comme avec le baccalauréat qui tourne à 88 % de réussite. On ne veut pas faire du chiffre pour faire du chiffre parce que depuis 1924, beaucoup de gens ont passé des heures, à la sueur de leur front, pour passer ce concours.

“Je me demande si les gens nommés à la tête du Coet ne détestent pas l’idée du MOF”

Qu'est-ce qui a changé dans les concours ?

Par exemple sur le fromage, jusqu'ici on avait six épreuves qualificatives sur une journée et demie. Six épreuves qui avaient bien entendu un sens et un intérêt. Aujourd'hui, il n'y en a plus que quatre et ça se fait forcément au détriment de la qualité du concours. Le Coet a voulu s'immiscer dans les notes du sujet et quand on leur a fait remarquer, ils se sont adressés à nous comme à des moins que rien. D'ailleurs, il y a plus de quinze présidents de corps de métiers qui ont donné leur démission parce qu'ils n'en pouvaient plus.

Est-ce que la plus grande médiatisation des MOF, aujourd'hui, engendrée par les nombreuses émissions de télévision sur la cuisine, a poussé le Coet à augmenter le nombre de lauréats ?

Non. C'est plutôt l'inverse. Je pense que la télé les énerve. Je me demande si les gens nommés à la tête du Coet ne détestent pas l'idée du MOF. Mais que l'on ne se trompe pas de combat. On ne dit pas qu'on ne veut plus de MOF, on dit que pour que l'histoire perdure, on ne doit pas rabaisser des épreuves.

“Metro qui sponsorise le concours des fromagers, c’est comme demander à Ikea de sponsoriser les menuisiers”

Y a-t-il un côté commercial à vouloir augmenter le nombre de lauréats ?

Je ne sais pas, mais on dénonce par exemple le fait que le Coet s'est associé avec des partenaires comme la marque Métro pour financer le concours. Déjà, nous ne sommes pas certains que ce soit légal de financer un diplôme de l’Education nationale avec du privé. Et quand bien même ça le serait, cela pose un problème de valeurs. Nous, fromagers-affineurs, on se bat contre l'esprit porté par Métro. Et là, cette marque va pouvoir prendre le sigle Mof pour faire sa publicité. C'est comme demander à Ikea de sponsoriser les menuisiers.

Comment sont nommés les membres du Coet ?

Le président du Coet est nommé par le président de la République. C'est un poste honorifique. L'organigramme du Coet est assez compliqué et tout a été fait pour évincer les MOF du concours. Les membres du jury général, ceux qui supervisent les épreuves, ont viré toutes les personnes qui ne sont pas de l'Education nationale. Le problème, c'est que pour l'Education nationale, à 10/20 on donne le diplôme alors que pour les MOF, on vise l'excellence. Il n'y a pas de note fixe, le jury est souverain pour décider quelle note donne le droit d'être MOF selon l'année. Récemment, on a fait douze réunions de travail à Paris pour centraliser nos échanges pour tout régler sur les épreuves et les grilles de notation. Et un rond de cuir parisien est venu remettre en question tout ce que l'on avait fait. C'est complètement illogique : comment une personne chargée de superviser plus de cent métiers peut être plus expert que nous qui sommes MOF dans notre discipline ?

Les MOF sont régulièrement présentés comme une famille, d'ailleurs le titre est "Un des Meilleurs Ouvriers de France", mais ils ne sont pas présents dans le concours ?

Il y a le Coet qui organise le concours et la société nationale des MOF qui sont deux associations différentes. Et elles sont brouillées depuis de nombreuses années. Jean-Francois Girardin, le nouveau président nommé en janvier 2018 de la société, a essayé de renouer les liens avec le Coet, mais on lui a fait comprendre que ça n'arriverait pas.

Vous allez manifester le 17 avril. Le mouvement va être suivi ?

Pour le moment c'est bien parti. Jusqu'ici on était chacun dans notre coin, mais là on sera un bon paquet. Notre page Facebook a été ouverte il y a quatre jours et on compte déjà plus de 2300 membres et une quarantaine de corps de métiers.

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