Beaujolais nouveau : comment la filière s'est organisée pour écouler ses 17 millions de bouteilles ?

Bars et restaurants fermés : le coronavirus empêche les traditionnelles fêtes du beaujolais nouveau de se tenir ce jeudi 19 novembre, date officielle de la commercialisation du primeur.

2020 année sans vin ? Face aux mesures sanitaires prises par le gouvernement pour lutter contre le coronavirus, le primeur beaujolais ne peut pas être fêté comme il l'est depuis les années 70 (1985 pour le troisième jeudi de novembre). Ce qui n'a pas empêché les producteurs de s’organiser. Face aux difficultés, les entreprises de la filière beaujolais se sont adaptées, notamment en faisant davantage de livraisons et de click and collect. “Au niveau collectif, compte tenu de l'absence d'événements en France ou à l'export, on a réorienté nos budgets et nos outils de communication sur les réseaux sociaux pour inciter les consommateurs à faire confiance à leurs cavistes, aux distributeurs.” explique Dominique Piron, président d'InterBeaujolais, l'interprofession des vins du Beaujolais (qui réunit tous les acteurs de la filière viticole).

Cette année, changement de sémantique : le beaujolais nouveau ne donne plus seulement rendez-vous le jeudi 19 novembre mais “à partir du 19 novembre”. “La récolte 2020 est petite mais qualitative, poursuit Dominique Piron, viticulteur à Morgon. Du coup, on peut les boire jusqu'à fin novembre début décembre sans aucun problème, en gardant ce côté soyeux, souple et fruité typique des primeurs. ”

-25 % à l'international et en grande distribution

Les grands acheteurs (grande distribution), une fois n'est pas coutume, ont cette année joué la précaution, notamment “après les Foires aux vins en demi-teinte qui leur ont laissé pas mal de stocks.” D'un avis assez partagé au sein même du secteur, ces grands acheteurs commencent à s'apercevoir qu'ils auraient dû acheter plus. Pour les beaujolais nouveaux, la grande distribution représente pas loin de 55 % des volumes. Les professionnels tablent pour 2020 sur une baisse de l'ordre de 25 %.

Quant à l'international, qui absorbe aux alentours de 45 % des primeurs (beaujolais nouveaux et beaujolais villages nouveaux), la perte est estimée entre -20 % et -25 %. Le Japon, premier pays importateur de primeurs, a beau être moins touché par le Covid que certains autres pays, a particulièrement été précautionneux cette année. Et ce n'est pas la visite de Bernard Perrut, député du Rhône (ancien maire de Villefranche-sur-Saône hier à l'ambassadeur du Japon), hier, à Junichi IHARA, ambassadeur du Japon à Paris, pour évoquer avec lui les relations entre le beaujolais et le pays du Soleil-Levant, à travers notamment “les exportations de vins qu'il convient de pérenniser en cette période de crise sanitaire et économique”, ne changeront rien (et ce malgré le fait qu'ils sont en principe très attachés aux marqueurs de l'année).

C'est aussi sans compter l'explosion des coûts du fret aérien depuis le confinement de printemps et la taxe de 25 % sur les vins français qui s'applique depuis octobre 2019 sur les vins français qui entrent aux États-Unis (sur fond de guerre commerciale entre l'avionneur américain Boeing et l'européen Airbus).

Dans cette situation anxiogène, les professionnels auraient de quoi être verts de rage. Pour autant, la filière ne broie pas du noir. 125 000 hectolitres de beaujolais ont été embouteillés cette année (sur 150 000 hectolitres produits), ce qui représente entre 16 et 17 millions de bouteilles. “Si on regarde le verre à moitié plein, on ne s'en sort pas trop mal si on regarde ” poursuit Dominique Piron, égrenant une image qui s'est beaucoup améliorée ces dernières années, peu de de stocks et une récolte quantitative : toute la communication faite par de l'Interprofession des vins du Beaujolais n'est pas perdue. Se plaisant à imaginer des beaujolais nouveaux “sur les tables de Noël”.

Et Jacques Dupont, “Monsieur vin” de l'hebdomadaire Le Point et grand dégustateur,  de confirmer “ces beaujolais nouveaux-là, dans six mois, dans un an, nous pourrons les déboucher, les savourer, ils n'auront pas pris une ride. L'obsolescence programmée n'est pas au programme”.

Où trouver les beaujolais nouveaux
https://rendez-vous.beaujolais.com/

 

1 commentaire
  1. Abolition_de_la_monnaie - jeu 19 Nov 20 à 11 h 46

    S'ils ne vendent pas toutes leurs bouteilles, ils pourront toujours les boire pour oublier...

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