A Table avec Patrice Papelard

A l'approche du festival villeurbannais "pas pareil" des Invites, Patrice Papelard, son directeur "pas pareil" nous reçoit chez lui pour un repas improvisé et "pas possible"

L'homme est un moulin à paroles. Assis à la terrasse de Couleur Café, face à l'imposant Hôtel de Ville néoclassique, Patrice Papelard n'arrête pas. Il débite sans interruption, à une vitesse proche de l'asphyxie. Mais lui ne s'étouffe jamais. Au contraire, tchatcher est une respiration. Villeurbanne, son bol d'air. Cette ville unique, élevée en 1934 par la force d'une "utopie sociale", est le théâtre, depuis huit ans, d'un immense festival de rue, extra et vraiment "pas pareil". "Les Invites, c'est sortez vos chaises et invitez vos voisins à boire un coup ! Je n'ai fait que mettre en exergue et en vitrine ce qui existe déjà ici" s'entousiasme Patrice Papelard, son directeur. Une joyeuse urbanité où se mêlent mille et une communautés et où, symbole de cette cohésion, les repas de quartiers rassemblent plus de 4 500 personnes sur trois jours.

Dans le quartier des Gratte-Ciel, fondateur de l'identité de la cité, tout le monde connaît le père Papelard. D'ailleurs, il ne fait pas dix mètres sans claquer la bise à une femme, sans serrer la poigne à une connaissance. Sans s'arrêter de parler. Toujours. Avec pour éternel fil d'ariane, Villeurbanne. "Si j'habitais là, je m'impliquerais plus dans le champ politique, c'est sûr"... En attendant, vu qu'il est midi au compteur, l'urgence est aux courses. Car si on se voit aujourd'hui, c'est avant tout pour déjeuner. "Et qu'est-ce que vous pensez d'un lapin, les gars ?". Petit tour d'yeux entendu et direction la boucherie des Gratte-Ciel. Il reste un Bugs Bunny fermier. Boniface, l'invité de Patrice Papelard, n'en croit pas ses oreilles, quand on lui annonce 19 euros. Avec ça, l'organisateur du prochain Festival de rue africain de Ouaga' pourrait nourrir un village entier. Quelques fraises (françaises) - "t'as vu Boniface, les effets de la mondialisation : on a du melon charentais... du Maroc, c'est hallucinant ça !" -, un cocktail de légumes, des fromages rares et formidables chez un futur grand (Gérentes), une bouteille de rouge et hop !, direction les cuisines. En bons invités, on a le droit à un apéro pas pareil, version Savagnin en côtes du Jura. Un peu raide à jeun... Et de nous conter les péripéties de ces potes à la Percée du vin jaune, là haut. Un coup de couteau par-ci, un tour de moulin à poivre par-là, une clope roulée entre les deux et le tour est joué. Le lapin se tient bien. Le soleil tape, les oiseaux gazouillent, ça sent le week-end à plein nez. Patrice, en bon clermontois, se rappelle de Raël, le "Claude" qui un jour est redescendu de son cratère persuadé d'avoir vu des extra-terrestres. On est bien, les minutes filent. Trop vite. Allez, à la revoyure, mi-juin, aux Invites.
LE MENU DE PATRICE PAPELARD

Petite salade variée estivale : Tomates, concombres, avocats
Lapin fermier à la moutarde Mouillé au Savagnin, thym,estragon, laurier, carottes et pommes de terre nouvelles
Plateau de fromages : St Nectaire, Cantal vieux, rare Bleu du Lisieux
Fraises 'françaises !'

Côtes du Rhone 2008

LA RECETTE

1 lapin entier, découpé
Quelques feuilles d'estragon, de laurier et de thym
1 pot de moutarde à l'estragon
1 gros oignon
Sel, poivre

Badigeonnez les morceaux de lapin avec la moutarde d'estragon. Dans une cocotte, faites revenir dans du beurre un gros oignon coupé grossièrement. Mettez le lapin. N'hésitez pas à ne pas oublier de mettre la tête, qui donnera encore plus de goût. Salez, poivrez et faites colorer. Ajoutez des feuilles d'estragon, du thym, du laurier. Le petit plus : ajoutez un bon verre de Savagin (Côtes du Jura), si vous avez. Couvrez et laissez mijotez 3/4 d'heure.
LE MARCHE
Boucherie des Gratte-Ciel
1 lapin fermier : 19, 47 euros
Casino
Fraises, pommes de terre, tomates, concombres, avocats : 13, 16 euros
Fromagerie Gérentes
Saint Nectaire, Cantal Vieux (1 an), Bleu du Lisieux : 4,67 euros
La Grande Cave
Côtes du Rhone : 2,80 euros
Moutarde à l'estragon : 1,00 euro
Aux Mille et une Mie
Gros pain : 1,20 euro
Total : 39,50 euros
Rendu : 10,50 euros

Par Guillaume Lamy & Thomas Bernardi

A voir aussien vidéo :

A Table avec DJ Flore / A Table avec Raphaël Saint-André / + de A Table avec

à lire également
Histoire - Lyon n’a pas attendu la décision d’un jury ou de l’ouverture d’une "Cité" pour être déclaré capitale de la gastronomie. De l’Empire romain à nos jours, la ville a toujours su se démarquer par sa tradition culinaire et sa capacité à mélanger les influences culturelles au creux des assiettes. Retour sur deux mille ans d’histoire savoureuse, à déguster sans modération.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut