Le procès de Pascal Simbikangwa, accusé de complicité de génocide et de complicité de crimes contre l’humanité promet d’être unique devant la cour d’assises de Paris. Les avocats de la défense ne s’y sont pas trompés, demandant même la nullité de la procédure, arguant le manque de moyens dont ils disposent pour défendre le présumé tortionnaire. La Cour a rejeté cette demande, permettant alors débuter les débats et de plonger au cœur de l’histoire, lors du génocide de Rwanda.
"Les caméras nous mettent une certaine pression. Comme quelqu’un de déjà coupable", affirme Me Epstein, l’un des avocats de Pascal Simbikangwa, en ce début d’après-midi. Il demande, purement et simplement, la nullité de la procédure, la non tenue des débats et l’ouverture d’un supplément d’information. La requête a été déposée à la veille du procès. Avec sa confrère, ils estiment que le procès ne peut pas se tenir de manière équitable, arguant une grosse différence de moyens entre le ministère publique et la défense. "Pour le préparation de l’audience, nous avons eu au total 9000 euros et nous sommes payés 1200 que nous devons nous partager", martèle l’avocat.
"Traité comme un chien en prison"
Les deux avocats soulignent le mauvais traitement subi par leur client, notamment lors de sa détention provisoire à Mayotte pendant 8 mois lors de son arrestation. "Il a été traité comme un chien", avance Me Epstein.
Depuis 1986, Pascal Simbikangwa est paraplégique suite à un accident de voiture. Handicapé et utilisant un fauteuil roulant, les conditions de détentions étaient précaires, dénoncent ses avocats. Enfin ils relèvent la difficulté de trouver des témoins à décharge. La famille de l’accusé ne viendra pas témoigner, "pour des raisons de sécurité", explique-t-on.
"Logés à la même enseigne en termes financier", selon les parties civiles
Les parties civiles ont, tour à tour, répliqué. "Les moyens financiers sont biens sûr insuffisants", s’exclame Me Baudoin. Mais c’est la grandeur du barreau de Paris de savoir défendre sans moyens." Il souligne aussi la difficulté d’avoir des témoins, même à charge. "Nous sommes logés à la même enseigne", estime Me Foreman, l’avocat du collectif des victimes du génocide.
Son confrère, Me Daoud, avocat de la ligue internationale des droits l’homme ose le registre de l’ironie : "Mais que faites-vous là ?," lance-t-il aux avocats de la défense, pourtant "la fine fleur du barreau de Paris" à en croire l’avocat général.
Me Tubiana, plus mesuré, avance "défendre une certaine idée de l’humanité" en représentant des associations des droits de l’homme. "Voir un homme dans un fauteuil roulant, cela ne me réjouit pas. Le traitement de l’accusé en prison illustre l’archaïsme du système carcéral voir judiciaire", explique-t-il.
Une tribune pour la défense ?
L’avocat général se montre particulièrement virulent, fustigeant les 30 pages de conclusions de la défense. "J’ai été éberlué, dit-il, ceci est d’une violence rare, par moment c’est caricatural, excessif et dérisoire." Il accuse les deux avocats de vouloir "disposer d’une tribune. Or vous distillez le fiel et les éléments nauséabonds que la justice française n’a pas la possibilité de juger cette affaire." Après ces échanges acerbes, que Me Edstein ne manque pas de qualifier de « leçon de moral » dans une dernière prise de parole, la cour se retire pour délibérer.
"Je savais lire et écrire à 5 ans"
Une heure plus tard, la cour d’assises décide de rejeter la demande de nullité de la procédure. Sans surprise. Les débats peuvent entrer dans le vif du sujet. La cour retrace ainsi le parcours de Pascal Simbikangwa. Le président Leurent l’interroge sur son état civil et la difficulté de trouver un patronyme.
L’accusé, vêtu d'une veste de cuir beige, est catégorique. "Je suis né Safari. À l’âge de 5 ans, j’ai été baptisé Pascal. Et je suis allé m’enregistrer seul à la mairie." Le président tique, avance un "soyons sérieux, on ne va pas seul, à 5 ans, dans une mairie", décidé visiblement à déjouer toutes les invraisemblances du discours de l'ancien capitaine rwandais. L’accusé renchérit. "Le Rwanda n’est pas la France, et je savais lire et écrire." Pascal Simbikangwa a vécu une enfance dans une famille plutôt aisée, "mon grand père avait beaucoup de vaches", signe extérieur de richesse dans un pays africain.
Pendant deux jours, la cour doit s’attarder sur son parcours et sa place réelle auprès du pouvoir en place lors des évènements tragiques de 1994 qui a vu le massacre de plus de 800 000 personne, la plupart chez les Tutsis. La prochaine semaine sera consacrée au témoignage des historiens et journalistes, pour expliquer le contexte historique de l’affaire. Les faits eux-mêmes seront ensuite examinés.
Le CPCR a mis un site en ligne dédié au procès de Pascal SIMBIKANGWA. Les compte-rendus d'audiences ainsi que le contexte du procès y seront publiés régulièrement. http://www.proces-genocide-rwanda.
http://www.proces-genocide-rwanda.fr