Manon Bouvier est l’une des trois Meilleurs Ouvriers de France en marqueterie de paille @William Pham
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Meilleurs ouvriers de France : Manon Bouvier, marquteuse de paille

Elle est l’une des trois Meilleurs Ouvriers de France en marqueterie de paille. Installé dans le 6e arrondissement, son atelier compte parmi les plus reconnus de la dizaine d’ateliers spécialisés dans cet art à travers le monde.

Au tout début était le seigle. Une céréale (le “pain noir”), bien moins appréciée que le blé (le froment, réservé aux riches), qui servait à nourrir le bétail, à remplir les paillasses et à manger lors des périodes de disette et de pauvreté. Rien ne destinait cette humble plante à quitter les étables et les granges pour décorer les intérieurs chics. De cette rusticité paysanne va jaillir une éclatante surprise esthétique. C’est le tour de force de la marqueterie de paille, apparue au XVIIe siècle. Souvent qualifiée de “marqueterie du pauvre”, en réaction au coût exorbitant de la marqueterie de bois de l’époque (des essences exotiques rares) que seuls les artisans fortunés pouvaient travailler pour la haute noblesse, le génie de cette technique réside dans une propriété naturelle de la paille : elle contient de la silice. Une fois fendue, aplatie et lissée, sa surface capte la lumière et prend des reflets dorés et satinés qui évoquent le bronze, les fils d’or ou le bois verni. Ce sont les moniales, dans les couvents, qui ont été les premières à s’approprier la technique (tableaux de dévotion, autels), puis les marins pour tromper l’ennui, les bagnards plus tard.

Table d’appoint Riviera de Charlotte Biltgen © Charlotte Biltgen
L’atelier Paelis a développé ses propres techniques et est aujourd’hui l’une des références mondiales sur la technicité de la marqueterie de paille
© William Pham

La marqueterie de paille
Parent pauvre de la marqueterie de bois, la marqueterie de paille naît au XVIIe siècle dans les ateliers monastiques et est pratiquée aussi bien par les religieux que chez des marins et les bagnards. Véritable luxe de substitution, elle connaît son apogée en France aux XVIIIe et XIXe siècles : coffrets, tabatières et objets d’apparat se parent de motifs rayonnants qui captent la lumière. Remise à l’honneur dans les années 1920 par les décorateurs Art déco André Groult et Jean-Michel Frank, puis oubliée, elle renaît dans les années 1980 grâce à Lison de Caunes (petite-fille d’André Groult). Aujourd’hui, moins d’une dizaine d’artisans dans le monde perpétuent ce savoir-faire rare. Leur matière première – la paille de seigle, naturelle, soyeuse et protégée par un vernis de silice – provient d’un unique céréalier installé en Bourgogne.

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