Il parle vite, pense en rafales et ne veut surtout pas qu’on l’appelle « génie ». Star de TikTok avec le Marrant Club, Tom Liogier, 21 ans, publie un essai philosophique et livre sa vision du monde. Selon lui, une guerre silencieuse a déjà commencé : celle de l’attention.
À 21 ans, Tom Liogier s’est fait connaître sur TikTok depuis Lyon, avec son ami Théo, et leur duo Marrant Club, suivi par 667 000 abonnés. Installé depuis peu à Paris, il a récemment publié un essai aux accents philosophiques. Débit XXL, phrases en rafales, il passe de Schopenhauer à Debord sans reprendre son souffle. Pour lui, la Troisième Guerre mondiale, “sans armes”, a déjà commencé “en silence” : “L’arme, c’est l’attention des gens.” Il se dit “révolutionnaire”, “complètement complotiste” et refuse l’étiquette de “génie” que les médias lui collent apparemment volontiers. Rencontre avec un garçon qui préfère embrasser ses contradictions plutôt que de les trancher.
Lyon Capitale : Est-ce que tu te considères comme une grande gueule ?
Tom Liogier : Non pas vraiment. Je connais bien les limites du jeu et c’est pour ça que j’arrive à bien jouer : je sais les embrasser quand il le faut. Pour réussir, il faut être une grande gueule mais modérée.
Sur TikTok, il faut forcément l’être ?
Non, il faut juste être soi-même. Les gens cherchent de l’authenticité mais aussi un miroir amélioré d’eux-mêmes, quelque chose pour transgresser leur condition. Et tout le monde cherche du divertissement à sa façon : ceux qui regardent les infos veulent être divertis par le stress, d’autres par la comédie. C’est juste des hormones différentes. On cherche tous à être stimulés et les réseaux font partie de notre recherche de sens.
Ton parcours est atypique : tu montes ta première entreprise à 16 ans. Comment ça démarre ?
À 14 ans, je bosse comme serveur et sur les marchés primeurs. À 15 ans, j’écris les premiers jets de mon livre, nuls à chier, c’est normal, ça manque de profondeur. À 16 ans, je fais un stage dans une boîte d’agroalimentaire. Le pire moment de ma vie. Deux mois assis à côté d’un commercial qui conduit, pas le droit au téléphone, il écoute la radio, on parle peu et moi, je suis face à la route huit heures par jour. Horrible mais essentiel : j’ai compris ce que je ne voulais surtout pas faire. Un midi, on cherche un restau dans un coin paumé. Sur Internet, rien ne sort, alors qu’il y en a plein. Je me dis : “Putain, il y a tellement de restaus qui manquent de visibilité.” J’apprends à faire des sites web, du code, un peu de Python [langage de programmation, NdlR]. Je toque chez une vingtaine de restaus au Puy-en-Velay, ma ville. Trois me font confiance. En quatre heures de travail, je sors 1 500 euros. Quand t’arrives devant tes parents avec 1 500 euros en cash, ça fait un truc. Ensuite, j’ai monté ma micro-entreprise qui a compté jusqu’à trois salariés.
Pourquoi tu arrêtes ?
Vers 18 ans, ça me pète les couilles. J’ai des talents d’entrepreneur mais je ne suis pas fait pour répondre à une demande. J’ai besoin de m’exprimer par moi-même. Et là, venu de nulle part, mon meilleur ami Théo me filme pendant que je fais ce que je fais tous les jours : être moi-même. Il poste, ça fait un million de vues. On se lance, les gens commencent à nous reconnaître dans la rue et on ne reçoit que de l’amour, jamais de haine. À 19 ans, je mets ma boîte en pause et je me donne à 100 % aux réseaux et à l’écriture. Je me détache de cette mentalité un peu surfaite, un peu trop capitaliste pour entreprendre à ma façon. Le livre, pareil : à 16 ans je relis ce que j’ai écrit à 15, ça pue. À 17, je relis ce que j’ai écrit à 16, ça pue. Alors je me dis : si tu veux tout perfectionner, tu vas faire ça toute ta vie, publie-le. Aujourd’hui, j’ai sorti le deuxième. Professionnellement, je n’ai pas vraiment d’ambition. Je veux juste continuer à kiffer.
“C’est l’image qui me fait vivre, à condition d’avoir une identité particulière”
Tu gagnes ta vie avec les réseaux ?
Avec mon image publique, plutôt. 53 millions de vues sur TikTok et Instagram, c’est le top 0,1 % en France. Et ça ne nous avait rapporté que 2 000 balles. Et avant 60 % de taxes. En fait, ça ne sert à rien. Je vis des partenariats, du consulting, des plateaux télé, des concerts. C’est l’image qui fait vivre, à condition d’avoir une identité particulière : enfermé dans une niche, c’est dur d’en sortir.
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Les Grandes Gueules : Tom Liogier, TikToker