Sandrine Runel, députée PS de Lyon et conseillère métropolitaine, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Si les socialistes avaient sauvé le gouvernement Lecornu lors des débats budgétaires à l'Assemblée nationale, à l'automne 2025, ils ont changé d'approche cette année à l'approche de l'élection présidentielle. "L’année dernière, nous avions réussi à obtenir un compromis, notamment sur le budget de la Sécurité sociale, avec la suspension de la réforme des retraites. Cette année, il n’y a aucun compromis, aucune discussion avec le gouvernement. Aucune de nos mesures ni de nos propositions n’a été reprise, parce qu’il ne nous écoute pas. Nous avons fait des propositions pour trouver des recettes", regrette Sandrine Runel, députée socialiste de la 4e circonscription du Rhône.
L'élue lyonnaise déplore le manque d'écoute de Sébastien Lecornu : "avec les choix qui ont été faits par le gouvernement, celui-ci se met entre les mains du Rassemblement national pour perdurer. Notre responsabilité, c’est de donner un budget juste à la France, de faire en sorte que ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, ceux qui sont dans la rue aujourd’hui et qui disent : « Nous n’avons pas assez d’argent pour nos enfants, nous avons des difficultés, nous avons un problème de pouvoir d’achat », ceux qui ont aussi des difficultés à faire le plein parce que l’essence est trop chère, soient défendus. C’est cela que nous défendons et nous voulons avoir un budget juste. S’il n’y a pas de budget juste, nous serons dans l’obligation de censurer ce gouvernement".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Sandrine Runel
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Sandrine Runel. Bonjour. Vous êtes députée socialiste, conseillère métropolitaine d’opposition à la Métropole de Lyon. C’est davantage avec votre casquette de députée que nous vous avons invitée aujourd’hui. Nous voulions revenir sur l’examen du budget à l’Assemblée nationale. Il y a un an, le groupe socialiste avait, avec d’autres, sauvé Sébastien Lecornu. Cette année, allez-vous rééditer cela ou faire tomber le gouvernement ?
L’année dernière, nous avions réussi à obtenir un compromis, notamment sur le budget de la Sécurité sociale, avec la suspension de la réforme des retraites. Cette année, il n’y a aucun compromis, aucune discussion avec le gouvernement. Aucune de nos mesures ni de nos propositions n’a été reprise, parce qu’il ne nous écoute pas. Nous avons fait des propositions pour trouver des recettes. Nous avons passé dix jours à travailler sur le budget de la Sécurité sociale en proposant des recettes et des mesures de justice sociale pour épargner les plus précaires, notamment les retraités, puisque le gouvernement voulait les taxer en désindexant les pensions de retraite. Nous avons donc fait supprimer cette mesure. Nous avons rejeté le budget de la Sécurité sociale. Il est maintenant entre les mains du Sénat. Sur le budget de l’État, nous sommes en pleine discussion et il n’y a, pour l’instant, aucune avancée, aucune marge de manœuvre, aucune marge de négociation possible avec le gouvernement, qui est fermé à tout. Il y a surtout une absence des macronistes ou du bloc central sur les bancs de l’Assemblée nationale. C’est finalement une bataille entre le Rassemblement national et la gauche. Le reste est absent des débats.
Qu’est-ce qui pourrait faire que vous puissiez voter ce budget de l’État, sur le volet des recettes de l’État ?
Rien.
Il ne peut rien faire pour vous ramener à la table des négociations ? Une proposition ? Ce sera la censure quoi qu’il arrive ?
La taxe Zucman. Il y a des manières de faire un budget plus juste, mais qui ne sont pas dans les cordes du gouvernement aujourd’hui. Nous avons proposé la mise en place d’une CSG progressive. Nous avons aussi proposé la taxe Zucman. Nous avons proposé de faire contribuer ceux qui le peuvent et de ne pas toujours aller chercher chez les classes moyennes, mais, au contraire, chez les ultra-riches. Pas chez les personnes qui ont des revenus confortables, mais chez ces personnes qui sont millionnaires, les 13 000 millionnaires dont on parle, qui ne paient pas l’impôt sur le revenu. Force est de constater que le gouvernement a préféré choisir les retraités ou les bénéficiaires des allocations familiales pour faire des économies sur le budget de l’État.
Il y a une question qui se pose beaucoup autour de l’adoption de ce budget : serait-il bien raisonnable, à trois ou quatre mois de l’élection présidentielle, de faire tomber le gouvernement Lecornu ?
Ce n’est pas notre choix. Nous n’y sommes pour rien, c’est une conséquence. Nous ne savons pas, par ailleurs, s’il tombera ou non, parce que nous ne sommes pas seuls maîtres du jeu dans cette décision, puisqu’il y a aujourd’hui plutôt trois blocs à l’Assemblée nationale.
Et l’abstention de l’un peut faire survivre celui du milieu.
Exactement. Nous ne savons pas ce que fera le Rassemblement national, mais, avec les choix qui ont été faits par le gouvernement, celui-ci se met entre les mains du Rassemblement national pour perdurer. Notre responsabilité, c’est de donner un budget juste à la France, de faire en sorte que ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, ceux qui sont dans la rue aujourd’hui et qui disent : « Nous n’avons pas assez d’argent pour nos enfants, nous avons des difficultés, nous avons un problème de pouvoir d’achat », ceux qui ont aussi des difficultés à faire le plein parce que l’essence est trop chère, soient défendus. C’est cela que nous défendons et nous voulons avoir un budget juste. S’il n’y a pas de budget juste, nous serons dans l’obligation de censurer ce gouvernement.
Vous évoquez les manifestations qui ont notamment eu lieu ce samedi, qui se sont mieux passées à Lyon et partout en France, mais au prix d’interdictions de manifester, de rassemblements interdits, qui ont aussi été dénoncés à gauche. Sur la base de ce week-end, ces rassemblements interdits sont-ils finalement la bonne solution pour permettre à quelques manifestations autorisées de se dérouler dans le calme ?
Non. J’ai sollicité le préfet de région, je lui ai écrit pour lui demander pourquoi il avait interdit la manifestation de samedi alors qu’elle était autorisée dans d’autres villes, notamment à Paris. Même si le parcours a changé au dernier moment, elle était autorisée. Pourquoi était-elle interdite à Lyon, quand on sait que, la semaine précédente, l’ultradroite défilait en toute tranquillité avec des chants et des slogans racistes ?
C’était un « rassemblement ». Il avait été organisé, mais il n’avait pas été annoncé à l’avance.
Dans ce cas, aucune force de l’ordre n’est intervenue. Je pense qu’il vaut mieux autoriser les manifestations. C’est un droit. Cela garantit aussi l’expression de cette colère, qui doit être entendue. Tant que le gouvernement ne répondra pas à cette colère, que ce soit celle des lycéens, des syndicats ou des travailleurs, il n’y aura pas de calme dans nos rues. Je crois qu’il y a une colère que nous devons entendre.
Y a-t-il une possibilité de répondre ? Nous voyons que c’est une équation quasiment impossible : le gouvernement doit faire des économies, mais, de l’autre côté, les lycéens demandent 10 milliards. Nous avons l’impression qu’aucune revendication ne pourra aboutir dès lors qu’il y a de l’argent en jeu.
Nous l’avons dit : les recettes, nous savons où aller les chercher. Nous savons, par ailleurs, où faire des économies. Quand il a fallu trouver 36 milliards pour la loi d’orientation militaire, nous les avons trouvés. Quand nous voulons trouver des financements, nous savons où aller les chercher. Je crois qu’aujourd’hui, la revendication de la jeunesse est légitime. Elle doit être entendue. Les 10 milliards ne vont pas tomber du ciel d’un coup : ce sera un plan sur plusieurs années. Mais il doit y avoir des annonces fortes et des mesures fortes, avec, par exemple, la suppression de Parcoursup et la mise en place d’un nouveau système. Je crois que le gouvernement devrait réfléchir à cela. Nous sommes force de proposition. Nous avons des propositions aux côtés de celles des étudiants et du mouvement lycéen. Il faut absolument que des réponses soient apportées aujourd’hui.
