Ce mercredi 21 octobre, deux jeunes hommes de 19 ans étaient jugés en comparution immédiate au tribunal judiciaire de Lyon pour des faits liés aux pillages du 17 octobre. La procureure avait requis jusqu’à 15 mois d’emprisonnement, mais une irrégularité de procédure a conduit à leur relaxe.
La salle n°9 du tribunal judiciaire de Lyon était pleine à craquer ce mercredi 21 octobre. Dans la 14e chambre, les comparutions immédiates ont continué de se pencher sur les pillages et dégradations commises lors du 17 octobre sur la Presqu’île. Deux jeunes hommes, Mohamed L. et Luay B., tous deux nés en 2006 dans la capitale des Gaules, comparaissaient ensemble dans le box des accusés en lien avec ces événements.
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"J’ai honte de mes actes"
Luay B., étudiant et sans antécédent judiciaire, était poursuivi pour recel de vêtements provenant d’un vol par effraction, mais aussi pour avoir dissimulé volontairement son visage lors de la manifestation du 17 octobre. Des photographies prises lors de la mobilisation le montrent vêtu de noir, le visage dissimulé et faisant des doigts d’honneur. Des vidéos l'exposent au milieu d’un groupe d’individus aussi vêtus de noir et semblant vouloir en découdre. Le jeune homme a totalement reconnu les faits.
"Vous n’étiez pas venus pour manifester, n’est-ce pas ?", lui demande la présidente du tribunal. "Ce n’était pas le but premier, non. C’était stupide, j’ai honte de mes actes", répond-il d’un air gêné. La procureure de la République a décrit un jeune homme influencé. "Monsieur B. a répondu à l’appel sur les réseaux sociaux pour en découdre à Lyon le 17 octobre. On le voit dans une vidéo avec un groupe d’individus entièrement vêtus de noir, qui appelaient à tout casser", a-t-elle affirmé.
Elle a requis 15 mois d’emprisonnement avec mandat de dépôt, avec notamment une interdiction de se rendre dans le 2e arrondissement de Lyon. "Il n'y a pas une unicité des personnes présentes le 17 octobre dans le centre-ville de Lyon. Monsieur B. n'est pas entré dans un commerce pour obtenir ces vêtements. Il a trouvé cette doudoune par terre. La perquisition a aussi mené à une casquette. C'est un jeune étudiant parfaitement inséré, sa famille l'est tout autant. Il a été influencé par les appels diffusés sur les réseaux sociaux. Il faut maintenant retourner à la raison, car nous ne sommes pas dans le cas de ce que pointe du doigt le ministère", rétorque son avocat, qui a demandé une peine de sursis simple.
Mohamed L., lui aussi âgé de 19 ans et de nationalité française, était poursuivi pour recel de biens. Selon les faits rapportés par le tribunal, il conduisait une voiture dans laquelle des vêtements dérobés ont été retrouvés, dont un sac contenant des articles encore étiquetés pillés dans des commerces le 17 octobre. Durant l’audience, le jeune homme a nié avoir eu connaissance de la présence de ce sac. En recherche active d’emploi, il ne possède aucun antécédent judiciaire. La procureure a requis 12 mois d’emprisonnement avec mandat de dépôt.
"Comment mettre une peine aussi lourde à un gamin de 19 ans, qui n’a jamais eu de problèmes avec la justice, sous prétexte du contexte national et de cette volonté du ministère d’être ferme ?", a lancé son avocat, avant de demander la relaxe de son client. Celui-ci a également pointé du doigt les images exploitées par les enquêteurs, en déclarant qu’elles étaient de trop mauvaises qualités "pour pouvoir déterminer les faits et gestes de chacun".
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Une irrégularité de procédure pousse à la relaxe des deux hommes
Avant l’examen des faits, les avocats des deux prévenus avaient relevé une irrégularité. Le procès-verbal de mise à disposition n’avait pas été signé par la police municipale, qui avait procédé à leur interpellation. La procureure a elle-même estimé que "la procédure est donc entachée" et a demandé l’annulation de l’intégralité de celle-ci. Le tribunal a néanmoins laissé l’audience se dérouler avant de rendre sa décision.
À 21 h 45, le jugement est tombé : Mohamed L. et Luay B. ont été relaxés en raison de cette irrégularité. En quittant la salle, les deux jeunes hommes se sont tapés dans la main de joie. La présidente leur a adressé un avertissement : "Vous n’êtes pas passés loin de la case prison. Que ça vous serve de leçon." Les faits étaient bien là. L’un des deux prévenus avait tout reconnu. Pourtant, une faille administrative a empêché les sanctions.
Un troisième prévenu relaxé par manque de preuves
Valery D., Géorgien de 37 ans, comparaissait pour recel de vêtements de différentes marques, notamment Kappa, Ralph Lauren, Tommy Hilfiger et Under Armour. Il avait été interpellé le lundi 19 octobre dans le 3e arrondissement de Lyon, à la suite d’un contrôle de véhicule effectué par la police. Les enquêteurs avaient retrouvé sur lui 1 500 euros en liquide. Plus d’une vingtaine de vêtements, dont des chaussures, des pantalons et des hauts, avaient été découverts. Leur valeur était estimée par le prévenu entre 600 et 650 euros. Contactée par le tribunal, la marque Ralph Lauren avait indiqué qu’il était difficile de déterminer si les articles provenaient des pillages du 17 octobre, compte tenu du volume dérobé ce jour-là. À la barre, Valery D. a affirmé que les vêtements étaient des contrefaçons achetées au marché aux puces de Vaulx-en-Velin le dimanche 18 octobre. Cette version posait question, puisqu’il ne l’avait pas donnée lors de sa garde à vue.
Le prévenu, arrivé en France un mois et demi auparavant, était sans emploi et sans domicile fixe. Il avait également un casier judiciaire en France pour des faits de vol, notamment en réunion et avec violence. Sorti de prison en décembre 2025, il avait fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) de cinq ans. La procureure a dénoncé un récit peu crédible et requis 18 mois de prison avec mandat de dépôt, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français. "On ne doit pas faire d’amalgame", a plaidé son avocat, dénonçant le lien établi par le parquet avec les pillages du 17 octobre. Le tribunal a finalement prononcé la relaxe, en raison "de lacunes procédurales concernant la provenance des vêtements".
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