Savant ? Populaire ? Une dichotomie musicale absurde que l’Opéra Underground a visiblement l’intention de faire voler en éclats.
Deux semaines durant, un cycle de concerts et rencontres se chargera de remettre les pendules à l’heure. Avec des invités qui célèbrent ces inventions musicales non occidentales injustement disqualifiées.
Car i était temps ! Si les frontières entre musique “savante” et “populaire” étaient parfois franchies, le fait que l’on consacre (enfin) un cycle de concerts autour de cette dualité arbitraire en la questionnant avec vigueur relève en fin de compte de l’évidence. A fortiori quand c'est le “temple” même d’une forme d’élitisme, l'Opéra, qui héberge cette opération. Même si ce n’est que pour l’instant dans les sous-sols de l’Amphi, c’est un début !
Ordre dominant
Qu’on se le dise : ces divisions abstraites entre musiques qualifiées de savantes ou populaires sont bien des constructions imposées par les espaces dominants. Ceux de L’Occident vis-à-vis de cultures jugées “arriérées”, “inférieures” par celui-ci. Quand il ne s’agit pas tout bonnement de prescriptions de l'aristocratie ou de la bourgeoisie. Lesquelles définissaient ce qui est légitime ou ne l’est pas.
C’est ainsi qu’il faut envisager cette quinzaine thématique, habilement baptisée “Éloge du peuple savant”.
Mais trêve de mots. Car l’intention ici n’est pas de servir de longs discours de conférenciers. Le parti de l’Opéra Underground est de donner à voir et entendre . Ceci à partir de cette grille de lecture qu’inspire le thème général des rendez-vous proposés –
Un savant voyage
On débute avec un film documentaire, suivi d’un échange, sur Giovanna Marini (1937-2024). Cette autrice, compositrice et chanteuse italienne et une infatigable défenseuse et porte-parole des cultures populaires. Elle qui côtoya Pier Paolo Pasolini, consacra sa vie à la collecte de chants traditionnels dans l’Italie des années 60 dans une démarche à la fois artistique et militante.
Une séance d’écoute des enregistrements réalisés par l’ethnomusicologue Alan Lomax (1915-2002) au milieu des années 50 en Italie complétera cette première étape méditerranéenne. Puis le quatuor électrique Crimi fermera cette première marche avec son répertoire inspiré des grooves d’Italie et du Maghreb.
Puis on se déportera un peu plus en direction du Levant. Avec le double plateau réunissant Fawzy Al-Aiedy et son fils Amin et leur répertoire de folk irakien. Mais également Yeni Gayda et la chanteuse Merve Salgar qui malaxent avec sophistication musiques grecques, turques et kurdes dans une fusion électrique et souvent psyché.
Place à présent à l’une des curiosités – pour nous Occidentaux – la plus fameuse qui soit : le gamelan. Emblématique de la musique indonésienne-balinaise et constitué de gongs, métallophones, carillons et tambours, le gamelan est un instrument modulaire. Composé de plusieurs instruments indissociables – le facteur d’un gamelan fabrique les différents éléments comme un tout – il nécessite autant de musiciens (plus de dix-huit ici) pour en jouer.
Il faut bien sûr se décentrer et ne pas envisager cela comme un orchestre : le gamelan est bien un instrument unique joué nécessairement à plusieurs.
C’est sous la houlette de Jean-Pierre Goudard – qui animera également un atelier-découverte (accessible dès 9 ans) de cet instrument étrange – que naît la création pour gamelan et danse indonésienne interprétée ici par la compagnie Kotekan.
Poursuivons ce périple populaire savant avec sans doute l’une de ses plus pures incarnations, le Penguin Cafe Orchestra.
Véritable ovni entre classique-romantique, musique répétitive, jazz, traditionnel populaire, blues et airs à danser. C’est Richard Robert (programmateur à l’Opéra Underground) qui, au fil d’une conférence dont il a le secret, nous fera revivre les grandes heures de ce projet fou. Derrière lequel se cache le magicien anglais Simon Jeffes (1949-1997).
Le cycle s’achèvera en beauté avec le récital de Maria Chivu et ses chants traditionnels roumains, accompagnés à la cobza (luth traditionnel). Elle sera assistée du violoniste David Brossier et de la contrebassiste Christiane Ildevert.
Éloge du peuple savant –Du 19 au 31 octobre à l’Amphithéâtre de l’Opéra de Lyon
