Emmanuel Bury, président de l’OCRA-Lyon, dans les galeries souterraines du fort de Vaise. @AL

À la découverte des souterrains du fort de Vaise, un patrimoine militaire caché sous Lyon

Conçue au XIXe siècle pour repousser les assaillants, la galerie souterraine du fort de Vaise est devenue aujourd’hui un lieu historique du patrimoine militaire lyonnais. Lyon Capitale a pu s’y aventurer avec l’OCRA-Lyon.

Il faut descendre quelques marches glissantes, quitter la lumière du jour pour celle d’une petite lampe frontale et laisser derrière soi la chaleur étouffante, ainsi que le bruit de la ville. Ici, au XIXe siècle, des soldats pouvaient attendre derrière les murs, prêts à ouvrir le feu sur ceux qui auraient tenté d’attaquer le fort de Vaise, dans le 9e arrondissement de Lyon.

L'entrée de la galerie du fort de Vaise. @AL

Une galerie conçue comme un piège

Le fort de Vaise a été construit autour de 1840, sous le règne de Louis-Philippe, dans le cadre de la première ceinture de fortifications imaginée pour protéger Lyon. "On avait des forts qui encerclaient la ville grâce à des murs. Beaucoup de ces murs ont été détruits, comme celui qui partait du fort Saint-Jean, remplacé par le boulevard de la Croix-Rousse", raconte Emmanuel Bury, président de l’OCRA-Lyon.

Le fort de Vaise était alors chargé de surveiller la plaine de Gorge de Loup. Sa position profitait de la falaise côté Saône, qui constituait une barrière naturelle. "Mais côté Gorge de Loup, pour éviter de se faire attaquer, on a creusé une galerie sous le mur de contrescarpe", explique notre guide. Cette galerie longeait alors le fossé du fort. Une quinzaine de meurtrières permettaient aux soldats de tirer sur les éventuels assaillants. "Grâce aux ouvertures, on pouvait placer des canons pour repousser les envahisseurs", poursuit-il.

À l’origine, il ne s’agissait donc pas véritablement d’un souterrain tel qu’on l’imagine aujourd’hui, avec cet aspect de grotte sous le fort. C’est le remblaiement progressif du fossé qui a transformé cette galerie en un souterrain.

Les ceintures de fortifications du XIXe siècle à Lyon. @AL

Une fortification rapidement dépassée par la modernisation de l’artillerie

"Avec l’arrivée des bombardiers, qui pouvaient survoler les villes, on a compris que la défense par les forts ne servait plus à rien", raconte Emmanuel Bury. Les ouvrages sont progressivement abandonnés et désarmés. Racheté par la Ville de Lyon en 1927, le fort de Vaise est ensuite utilisé pour loger des employés d’une usine avant d’être abandonné et occupé par des personnes sans domicile fixe dans les années 1970. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert également de lieu de détention pour des prisonniers allemands.

Le destin du site change au début des années 1980. Les frères Renaud, à la tête de la fondation portant leur nom, rachètent le fort afin de le préserver. C’est l’OCRA-Lyon qui va contribuer à lui redonner une visibilité, en permettant de faire des visites au public.

Le trait rouge représente la galerie du fort de Vaise. @AL

Les visites actuellement suspendues

Habituellement, l’OCRA-Lyon propose une visite de la galerie environ toutes les six semaines, le mardi soir. La soirée est organisée en deux temps : pendant qu’un groupe explore le souterrain, un autre assiste à une conférence consacrée aux réseaux souterrains. "On ne fait pas plus parce que sinon on ne remplit pas", explique Emmanuel Bury.

Mais depuis quelque temps, il n’est plus possible de descendre dans la galerie. Les visites sont suspendues en raison notamment d’un problème concernant l’issue de secours. Des travaux doivent être réalisés avant de pouvoir accueillir à nouveau du public.

Même les prochaines Journées européennes du patrimoine ne permettront pas de rouvrir la galerie. "Pour les Journées du Patrimoine, on sera mobilisé sur les deux jours à Caluire, mais on ne pourra toujours pas ouvrir à Vaise. C’est regrettable, car ça a toujours été le moment où l’on recrutait le plus de bénévoles", souligne Emmanuel Bury. "Comme on ne peut pas faire de visites à Vaise, moins de personnes sont actives et donc on a moins de propositions", regrette Charlotte Bierce-Debord, co-présidente de l’association.

À noter que vous pouvez déjà réserver votre visite de l’ancienne champignonnière de Caluire-et-Cuire sur le site de l’OCRA-Lyon. Ce sera gratuit durant les Journées du Patrimoine, les 19 et 20 septembre.

L’OCRA-Lyon, des bénévoles pour préserver le patrimoine souterrain

Créée par des passionnés des espaces souterrains, l’OCRA-Lyon cherche à étudier, préserver et faire connaître ces lieux historiques souvent méconnus. L’association intervient notamment pour documenter les cavités artificielles, prévenir leur dégradation et sensibiliser le public à leur patrimoine. À Lyon, elle organise habituellement des visites de la galerie du fort de Vaise et de la casemate de Montessuy, à Caluire-et-Cuire. L’association compte aujourd’hui une cinquantaine de bénévoles. Mais seuls une quinzaine sont réellement actifs sur l’ensemble de l’agglomération.

Lire aussi : Journées du patrimoine : près de 3 000 événements prévus en Auvergne-Rhône-Alpes

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