Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes), Sandrine Runel (PS), Boris Tavernier (Les Écologistes) et Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI)
Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes), Sandrine Runel (PS), Boris Tavernier (Les Écologistes) et Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI)

On s’en serait bien passé ! Défendre la presse lyonnaise… sur les réseaux sociaux

Quatre députés lyonnais de gauche, Sandrine Runel (PS), Boris Tavernier (Les Écologistes), Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes) et Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI), ont interpelé le Premier ministre pour défendre les médias locaux menacés, selon eux, de disparition.

Le constat est juste. Le groupe EBRA, propriétaire du Progrès, a annoncé un plan de départs volontaires, visant jusqu’à 400 postes à l’échelle nationale, tandis que CMA Média cherche un repreneur pour BFM Lyon, sous peine de fermeture d’ici fin 2026. Premier détail qui interroge. Dans leur communiqué, les quatre élus s’inquiètent de voir, à terme, le débat public se réduire aux seuls réseaux sociaux, où la rumeur ferait office d’information. “Sommes-nous condamnés à ce que l’arène médiatique se cantonne aux réseaux sociaux, où la rumeur devient l’information ?”, interrogent-ils. Une crainte légitime, sauf qu’elle vient d’élus qui sont, eux-mêmes, parmi les premiers à préférer ces plateformes à la presse pour communiquer (annonces en vidéo, réactions à chaud, mise en scène de l’activité parlementaire, sans contradicteur, ni questions qui dérangent).

Une communication sans intermédiaire qui, par construction, évince un peu plus les médias de leur rôle de médiateurs de la parole publique. Le même mouvement qu’ils dénoncent mais qu’ils alimentent au quotidien, devenant leur propre média. Second détail. Avant de réclamer un soutien renforcé, un détour par les aides déjà versées à la presse lyonnaise s’impose.

D’après le tableau 2024 du ministère de la Culture, la seule famille du Progrès (Le Progrès, Les Dépêches, Saint-Affricain, La Tribune Le Progrès) a perçu environ 2,67 millions d’euros. Le groupe Tout Lyon, qui édite notamment L’Essor Affiches, L’Essor Isère et Le Patriote Beaujolais Val de Saône, totalise environ 130 000 euros. À comparer aux 19 262 euros de Tribune de Lyon, aux 20 418 euros de Rue89 Lyon, ou encore aux 10 540 euros de Nouveau Lyon et 10 571 euros du Bondy Blog. Le contraste ne dit pas que Le Progrès ne fait pas son travail : son réseau de correspondants locaux reste de loin celui qui couvre le plus finement la vie de quartier et les petites communes de l’agglomération. Il dit plutôt que l’écart de moyens entre le grand groupe régional et les titres indépendants est sans commune mesure avec l’écart de diffusion ou d’audience.

Réclamer “un soutien renforcé” sans interroger cette répartition, c’est risquer de renforcer un système où l’aide publique amortit des plans de départs plutôt qu’elle ne finance la diversité de la presse locale. En attendant… un peu moins de communiqués sur X.

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