Le Ballet de l’Opéra de Lyon inscrit sa rentrée dans les pas de deux grands chorégraphes virtuoses : Lucinda Childs et Alessandro Sciarroni.
Le Ballet de l’Opéra de Lyon ouvre sa saison danse avec Icônes, un programme invitant deux chorégraphes majeurs des XXe et XXIe siècles dont le point commun est le travail autour du mouvement répétitif : Lucinda Childs et Alessandro Sciarroni, réjouissant d’avance ceux qui, comme nous, sont en mal de véritables écritures chorégraphiques sur les scènes dédiées.
Rentré au répertoire du Ballet en 2016, Dance est un chef-d’œuvre (à voir et à revoir) que Childs a créé en 1979, illustrant le courant minimaliste qu’elle incarnait à l’intérieur d’une post-modern dance new-yorkaise qui refusait entre autres la narration comme les codes classiques, revendiquant l’exploration pure d’une écriture autour de la forme du mouvement.
Elle reprend ici son principe de répétition de mouvements simples et abstraits, l’utilisation des marches et des diagonales, les changements de vitesse et de direction, créant des combinaisons chorégraphiques complexes, fluides et d’une grande poésie qui sollicitent en permanence tous nos sens, à la découverte des chemins de la danse.
La particularité de cette pièce, outre que la danse s’insère à merveille dans les boucles répétitives du musicien Philip Glass, est le dispositif filmé du plasticien Sol LeWitt projeté dans ce ballet blanc où les danseurs sont là, plus grands que nature, en plan incliné ou divisé en trois cadres tandis qu’ils sont aussi sur la scène.
Justifiant cette démultiplication de danseurs et de motifs chorégraphiques, Sol LeWitt disait à l’époque : “Il faut qu’on ne voie que les danseurs !” Dans cette reprise de 2016, ce sont les interprètes du Ballet de Lyon filmés par Marie-Hélène Rebois qui sont passés derrière la caméra sous la conduite de Lucinda Childs. Ils nous offrent un spectacle hypnotique, s’ouvrant sur une explosion de gestes et de corps qui traversent le plateau pour nous embarquer dans une danse lumineuse.
Les danses traditionnelles (et bouleversantes) d’Alessandro Sciarroni
Il nous avait profondément émus lors de la Biennale de la danse 2023 avec Save the last dance for me, un duo qui redonnait vie à la polka chinata, une danse folklorique italienne dansée uniquement par des hommes et tombée dans l’oubli, écrivant sous nos yeux une partition contemporaine d’une grande virtuosité et remplie de délicatesse.
Il nous avait stupéfaits avec FOLK-S : will you still love me tomorrow ? reprise pour le Ballet de l’Opéra de Lyon en 2022 sous le titre de The Collection, explorant le schuhplattler, une danse traditionnelle du Tyrol exécutée de manière très rythmée et répétitive en frappant ses chaussures et ses jambes avec ses mains, qui produisait simultanément une percussion corporelle et une danse de jambes et de bras.
Prenant la forme d’une performance chorégraphique exécutée avec une gestuelle d’une précision redoutable, débarrassée du décorum et bousculant l’ordre visuel et sonore par l’introduction d’infinies variations, cette danse s’ancrait véritablement dans un temps présent, sans passé ni futur.
Car si l’exploration des danses traditionnelles est un des axes de son travail, Sciarroni ne cherche jamais à les transformer à la sauce contemporaine, conservant toujours leurs pas d’origine, s’appuyant avant tout sur l’interprétation des danseurs pour leur redonner une sorte d’intemporalité.
Et c’est ce qu’il fait à nouveau avec Høpe,sanouvelle création pourvingt interprètes du Ballet, étudiant cette fois-ci le two-step,une danse des États-Unis, associée aux cowboys et populaire dans les États du Sud, qui émane des danses de salon européennes dont la pratique a migré avec les déplacements de communautés vers le “nouveau continent”, assimilant au passage les codes de la culture cowboy (bottes, chapeaux…).
C’est cette migration d’une pratique sociale vers un endroit du monde si important qui a conduit le chorégraphe à créer cette pièce, ému par le fait qu’elle existe encore aujourd’hui, qui porte en elle les traversées comme les enracinements effectués au cœur de territoires immenses où le sentiment de liberté côtoie celui de la solitude.
Interprété normalement à deux, le two-step dont le nom provient de son identité rythmique (Quick, Quick, Slow, Slow) est fondé sur le contact et l’intime, instaurant également une relation avec un groupe élargi, et c’est bien au cœur de ce rapport-là que naissent ces fêtes où tout le monde danse avec ivresse !
Icônes - Lucinda Childs et Alessandro Sciarroni - Ballet de l’Opéra de Lyon – Du 5 au 10 septembre à l’opéra de Lyon –www.opera-lyon.com

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