Frédéric Lavabre, directeur des divisions industries et aéronautiques de NTN Europe. ©NTNEurope
Frédéric Lavabre, directeur des divisions industries et aéronautiques de NTN Europe. ©NTNEurope

"On a validé un plan d'investissement massif de 30 millions d'euros sur les cinq prochaines années"

Interview. Frédéric Lavabre est le directeur des divisions aéronautiques et industries de NTN Europe, une filiale de NTN Corporation basée à Annecy. Le groupe conçoit et vend des pièces automobiles, aéronautiques et industrielles dans le monde entier.  

En aéronautique, NTN Europe conçoit et vend des roulements intégrant des moteurs, des hélicoptères, des machines spatiales ou des équipements spéciaux et de nouvelles mobilités. Ces roulements de haute performance sont créés en Haute-Savoie.
Frédéric Lavabre est ingénieur de formation, il a intégré NTN Europe il y a 26 ans. Il a démarré comme responsable production, puis directeur d’usine et directeur des achats de groupe avant de devenir directeur de la division aéronautique et de l’industrie. Le groupe japonais NTN Corporation génère cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires. La filiale NTN Europe, elle, produit 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires. La division aéronautique représente 10 % du chiffre d’affaires en Europe.

Lyon Capitale : Que pensez-vous du marché de l’aéronautique en Europe ? 

Frédéric Lavabre : C'est une activité, qui est en augmentation significative depuis plusieurs années, tirée par l'aviation commerciale, l'aviation civile qui est en plein boom au niveau mondial et par la croissance du trafic aérien qui se développe de 4 à 5 % par an. On raisonne au niveau mondial, puisque nos activités permettent de distribuer nos roulements sur l'ensemble de la planète. Même si on est NTN Europe, on délivre des roulements partout dans le monde à des clients européens, et américains par exemple. Donc le marché est en pleine expansion, tiré par des zones géographiques sur lesquelles il y a une vraie croissance du trafic, typiquement l'Asie, l'Inde, l'Afrique qui se développent fortement avec un rythme de voyage très fort. Les marchés américains et européens sont plus matures.
Il y a un deuxième effet à cette évolution, c'est le renouvellement des flottes. Les avions de ligne, aujourd'hui avec les grands acteurs comme Airbus et Boeing, renouvellent des flottes. L'objectif, c'est de proposer des appareils qui consomment moins de kérosène. Les avions de dernière génération proposent des consommations en réduction d'à peu près 20% par rapport à des modèles équivalents un peu plus historiques.
Aujourd'hui, on imagine que la flotte d'avions commerciaux va doubler d'ici 2044. 
Puis, on a un autre marché aussi dans l'aéronautique, ce sont les hélicoptères. C'est aussi un marché qui croît, alors moins pour des raisons de tourisme, mais plutôt dans la sécurité civile, le médical et les marchés gouvernementaux. Et ça aussi ce sont des marchés qui sont en croissance. Nous, notre positionnement, il est aussi bien sur l'aviation civile à travers un certain nombre d'applications que sur la partie hélicoptère. Et donc, on est tiré par l'ensemble des marchés.

Quelles sont les ambitions de NTN Europe dans l’aéronautique ? 

Nos ambitions sont de continuer à bénéficier de ces marchés par rapport à un produit qu'on met à disposition. Donc, pour ça, on a validé un plan d'investissement massif de 30 millions d'euros sur les cinq prochaines années qui va nous permettre d'augmenter nos capacités de production. Parce que pour vendre, il faut produire. 
Nous, on produit des roulements en interne en France dans notre usine d'Argonay, autour de la région annecienne. Et donc, pour assumer cette croissance, on a besoin d'investir dans de nouvelles capacités, d’améliorer notre productivité et nos surfaces. C'est ça notre plan.
On communique aussi autour du fait qu'on a la création d'emplois associés. On a environ une centaine de postes créés sur cet horizon-là pour accompagner cette croissance. La croissance est de 40% en termes de nombre de roulements produits.

"50% de nos recrutements passent par notre école de formation"

Vous avez également ouvert une école, Learn, de nombreuses personnes intègrent la formation aéronautique, pourquoi ? Que permet-elle ? 

Cette école, on l'a lancée en 2019, car on avait déjà du mal à l'époque, et aujourd'hui c'est quasiment introuvable, de trouver des professionnels qui ont des compétences et des expertises en matière de mécanique.
Les filières mécaniques et industrielles ont été complètement desséchées dans l'histoire. Elles sont presque inexistantes, et peu de gens les ont choisies. Aujourd'hui, pour répondre à nos besoins, il ne faut pas compter sur des gens de métier. Donc, on a proposé cette formation en s'ouvrant à des gens qui ont envie de rejoindre l'aéronautique, même s'ils n'ont pas de compétences et de capacités techniques.
Cette école-là part sur un fonctionnement assez innovant, avec des tests que l’on fait avec Pôle emploi. On a une méthode de recrutement par simulation pour s'assurer que les personnes ont des aptitudes. On ne cherche pas des connaissances et des compétences, juste des aptitudes et l'envie aussi de travailler.
On couple cette méthode de simulation, avec des entretiens individuels de recrutement sans CV, car on ne fait pas de discrimination par le CV. On a en général des promotions d'une douzaine de personnes que l'on va former et accompagner pendant un mois. On va leur apprendre toutes les bases de la mécanique, de la lecture de plans, de la compréhension technique, sur des formats non pas théoriques ma, mais plutôt très didactiques, opérationnels, sous forme de jeux dans certains cas de figures. Et à l'issue de cette formation, on va les placer en atelier, avec un parrain derrière une machine.
Aujourd'hui, c'est au moins 50% de nos recrutements qui passent par cette école de formation. On a toujours un flux qui peut venir de l'extérieur, de personnes avec des compétences techniques. On a aussi des gens qui sont transférés d'autres sites et qui peuvent rejoindre l'aéronautique.

"L'Europe est un marché, en tant qu’aéronautique civile de renouvellement, assez mature en termes de trafic aérien"

Comment voyez-vous l’avenir de l’aéronautique, notamment en Europe ?

Aujourd'hui, l'avenir de l'aéronautique en Europe, je le vois de très bonne manière, on est sur un marché avec déjà de très beaux acteurs. L'Europe et la France principalement ont une filière aéronautique d'excellence. On a quelques très belles sociétés françaises comme Airbus, Safran, Thalès et Dassault qui sont le top 4 de l'aéronautique. Elles alimentent le marché français, européen et mondial.
Moi, je me place plutôt sur le marché mondial, parce que nos acteurs livrent nos produits en France, en Europe et dans le monde. Donc c'est plutôt comme ça que je me place. L'Europe est plus un marché, en tant qu’aéronautique civile de renouvellement, assez mature en termes de trafic aérien, je pense. Il y a le renouvellement des flottes pour des questions de consommation et de décarbonation qui sont nécessaires. Mais ce n’est pas forcément le marché le plus dynamique par rapport à la Chine, à l'Inde ou à l'Afrique, par exemple. 
Mais c'est un très beau marché que ce soit pour l'aviation commerciale ou les hélicoptères. En Europe, on a deux leaders mondiaux du marché des hélicoptères avec Airbus Hélicoptères et Leonardo, chez qui on a de très belles positions.
Et puis l'Europe, c'est aussi de la défense. Quand on parle d'aéronautique, en général, on parle d'aéronautique et de défense. Et aujourd'hui, le marché de la défense se développe avec tous les grands États européens de l'OTAN qui ont des grosses ambitions consacrées à un objet de la défense. Les croissances sont énormes, même si ce ne sont pas forcément des gros volumes. Donc c'est encore un autre marché sur lequel, là, en revanche, l'Europe va mettre les bouchées doubles.

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