La place publique flottante au cœur de Tsui Ping River réalisée par Poralu Marine

Ain : le groupe Wearth vise 400 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2034

Créé en 2024 à Port, dans l'Ain, le groupe Wearth fédère aujourd'hui douze sociétés spécialisées dans l'aménagement des territoires liés à l'eau. Il ambitionne de décupler sa taille en une décennie.

Un fleuron industriel discret de l'Ain sort de sa réserve. Basé à Port, dans le sud du département, Wearth Group affiche des ambitions inédites : passer de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 à 400 millions d'euros d'ici 2034. Un multiplicateur par dix en dix ans, porté par une stratégie de diversification autour d'un concept nouveau, celui du « foncier bleu ».

Créé en 2024, Wearth Group est le fruit d'une restructuration menée par Laurent Gasiglia, PDG du groupe. L'ensemble fédère aujourd'hui douze sociétés autour d'une même logique : concevoir, fabriquer et distribuer des solutions d'aménagement des territoires, sur la terre comme sur l'eau. Sa colonne vertébrale historique reste Poralu Marine, spécialiste des pontons en aluminium et des aménagements portuaires, créée en 1984 à Port. En quarante ans, cette entreprise a signé plus de 15 000 réalisations à travers le monde, des ports du Calvados à une promenade fluviale à Hong-Kong.

Structure flottante destinée à la baignade dans un lac à Vieure (Allier)

Trois divisions pour couvrir la « transition écologique des territoires »

Le groupe s'organise désormais autour de trois grandes divisions. Wearth Marine, qui regroupe les métiers historiques (ports, marinas, aménagements sur l'eau). Wearth Energy, dédiée aux énergies renouvelables flottantes (comme la centrale solaire flottante de 2 240 m² installée au lac des Toules, en Suisse), et Wearth Land, orientée vers les passerelles en aluminium et la connexion des territoires terrestres. Cette structuration porte un pari : celui du « foncier bleu », c'est-à-dire l'exploitation des plans d'eau comme espaces d'aménagement, dans un contexte de raréfaction du foncier terrestre imposée par la loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN).

Les projets récents illustrent cette diversification. À Ottawa, au Canada, le groupe a livré une piscine naturelle flottante devenue une référence internationale. À Lyon, sa filiale Spisea a conçu L'Île Ô, théâtre flottant unique en son genre. Sur les eaux françaises, le groupe accompagne la baignade naturelle du Bras de Grenelle à Paris et la revalorisation du site de Vieure, dans l'Allier.

Le théâtre L'Île Ô sur le Rhône à Lyon, premier théâtre flottant d'Europe

Lire aussi : Lyon : le théâtre flottant Île Ô ouvre aujourd'hui

Port dans l'Ain, centre névralgique d'un groupe international

Malgré son déploiement mondial, avec des implantations en France, au Canada et en Indonésie, le groupe conserve un ancrage aindinois marqué. La commune de Port, moins de 700 habitants, abrite trois des quatre sites de production industriels du groupe. Wearth Group emploie aujourd'hui 180 collaborateurs au total. Statutairement, le groupe est constitué en entreprise à mission depuis sa création, avec une trajectoire de réduction d'émissions carbone de 4,2 % par an, alignée sur les standards SBTi et l'Accord de Paris.

Pour atteindre son objectif de 400 millions d'euros d'ici 2034, Wearth Group mise à la fois sur la croissance internationale et sur l'élargissement de son offre. Le lancement en 2026 de la finition « Harmony », des pontons flottants composés à 80 % de matériaux recyclés et biosourcés, traduit ce positionnement. Reste à voir si le pari du foncier bleu, encore émergent, saura convaincre à l'échelle industrielle. Pour l'Ain, la trajectoire de ce groupe encore méconnu constitue en tout cas l'une des ambitions industrielles les plus fortes de la décennie qui s'ouvre.

Ponton flottant “harmony” composé à 80 % de matériaux recyclés et biosourcés 

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