Sophia Popoff et Yasmine Bouagga
Sophia Popoff et Yasmine Bouagga

"Ni immobilisme, ni retour en arrière", plaident les écologistes à Lyon

Sophia Popoff et Yasmine Bouagga, coprésidentes du groupe Les Ecologistes au conseil municipal de Lyon, sont les invitées de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Sophia Popoff et Yasmine Bouagga, coprésidentes du groupe Les Écologistes au conseil municipal de Lyon, évoquent leur rôle dans une majorité plus plurielle que lors du précédent mandat. Elles évoquent aussi le défi de la cohabitation inédite avec une métropole dirigée par la droite.

Sur les espaces publics Sophia Popoff identifie un risque majeur : "l'immobilisme." Face au réchauffement climatique, elle entend "continuer à aménager l'espace public" et "travailler avec la métropole pour adapter la ville au changement climatique". Sur la rue Grenette, Yasmine Bouagga, maire du 1er arrondissement, se montre ferme : "Nous ne voulons pas de retour en arrière." Elle rappelle que les aménagements existants permettent "à des dizaines de milliers d'usagers des transports en commun de se déplacer efficacement".

Sur les JO d'hiver 2030, les deux élues assument une position nuancée à l'inverse de leurs homologues de la région. Lyon souhaite néanmoins accueillir des épreuves pour "montrer qu'on est capables d'organiser des événements de manière sobre", souligne Yasmine Bouagga.

La retranscription intégrale de l'entretien avec Yasmine Bouagga et Sophia Popoff

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir Sophia Popoff et Yasmine Bouagga. Vous êtes maire du 1er arrondissement et coprésidente du groupe Les Écologistes au conseil municipal, coprésidente avec Sophia Popoff, qui est aussi adjointe en charge de l’aménagement public et des espaces publics à la ville de Lyon. Je voulais revenir avec vous sur ce rôle de coprésidente de groupe. Vous succédez à Gautier Chapuis, Philomène Récamier. Quelle est la fonction ? Êtes-vous les gardiennes du temple écologiste, la corde de rappel de ce que doit être le programme des écologistes ?

Sophia Popoff : La coprésidence de groupe est une fonction qui s’appuie sur deux piliers. Le premier volet du travail, dont on parle peut-être un peu moins dans les médias, est la question de l’animation d’un collectif. Nous sommes 64, peut-être 65 élus écologistes à la ville de Lyon. Ce sont 65 personnes qui se sont engagées politiquement pour siéger, que ce soit au conseil d’arrondissement, au conseil municipal ou en assumant des responsabilités exécutives en arrondissement et à la ville. Il faut faire en sorte que ces individus deviennent un groupe solide et solidaire pour pouvoir gouverner ensemble, mais aussi gouverner avec nos partenaires politiques. Les coprésidents et coprésidentes ont pour rôle de représenter la ligne politique des écologistes, mais aussi de dialoguer avec les autres parties prenantes de la ville.

À la différence du mandat précédent, vous n’êtes plus majoritaires seuls. Vous devez composer avec les autres. Est-ce que cela a conduit à faire plus de place aux partenaires et à revoir certaines orientations politiques ?

Yasmine Bouagga : Nous avons toujours été, déjà sous le précédent mandat, dans une union de la gauche et des écologistes.

Mais vous aviez le pouvoir, vous aviez moins besoin de composer avec vos partenaires.

Yasmine Bouagga : Nous le faisions déjà, parce que c’est important et que nous avons cette fierté à Lyon de montrer que c’est possible : gouverner ensemble et mettre en place un programme commun. Effectivement, le poids des différentes composantes de cette union est différent pour ce mandat, ce qui implique davantage de coopération, de dialogue en interne, mais aussi avec les autres composantes politiques qui sont dans l’opposition au conseil municipal.

Justement, l’opposition est au conseil municipal, mais aussi à la métropole de Lyon. Vous allez devoir composer durant ces six années, peut-être sept, avec la métropole de Lyon dirigée par Grand Cœur Lyonnais et Véronique Sarselli. Sur les espaces publics, vous êtes adjointe, mais on pourrait considérer que vous avez la main sur peu de choses. Comment envisagez-vous ce mandat dans votre délégation ?

Sophia Popoff : Ma délégation porte sur l’aménagement de l’espace public, mais aussi sur les questions de nature en ville et d’alimentation. Sur l’aménagement de l’espace public, le principal risque que je vois aujourd’hui avec cette nouvelle composition politique est l’immobilisme. Les Lyonnais et les Lyonnaises, ainsi que les habitants de la métropole, ont fait un choix démocratique il y a quelques mois : Grégory Doucet à la tête de la ville de Lyon et Véronique Sarselli à la tête de la métropole. Aucun électeur n’a voté pour que rien ne se passe pendant sept ans. Mon objectif dans cette délégation est de travailler avec la métropole et avec toutes les forces politiques pour continuer à faire avancer la ville et à l’adapter au changement climatique. J’ai noté que, dans son discours d’installation, la présidente de la métropole a exprimé l’ambition de végétaliser massivement le territoire. Lyon est volontaire pour poursuivre cette dynamique afin de faire face aux fortes canicules. Nous disposons aujourd’hui d’éléments scientifiques et météorologiques qui montrent que nous allons connaître plusieurs années de réchauffement climatique accéléré, notamment avec le retour du phénomène El Niño. Il faut donc se préparer à des canicules plus fortes et plus longues. Pour cela, nous devons continuer à aménager l’espace public.

Yasmine Bouagga, en tant que maire du 1er arrondissement, vous pourriez être concernée par la fin de la ZTL, même si elle ne dirait pas vraiment son nom. Véronique Sarselli a annoncé qu’elle présenterait avant l’été un scénario de réouverture de la rue Grenette. Pensez-vous que la ZTL, telle qu’elle a été mise en place par les écologistes, vit ses derniers jours ?

Yasmine Bouagga : J’espère que non. Si nous ne voulons pas d’immobilisme à Lyon, nous ne voulons pas non plus de retour en arrière. Les mesures que nous avons mises en place reposent sur un travail de concertation approfondi et sur des expérimentations permettant d’ajuster les usages. Nous devons aller vers d’autres solutions. Il y a un enjeu climatique majeur, mais aussi un enjeu économique. La question énergétique, illustrée notamment par le blocage du détroit d’Ormuz, montre qu’il est urgent de développer des alternatives à la voiture individuelle, notamment pour le pouvoir d’achat. L’aménagement de la rue Grenette permet à des dizaines de milliers d’usagers des transports en commun de se déplacer efficacement. Revenir en arrière risquerait de nuire à ces usagers. L’enjeu est donc de trouver un terrain de dialogue en lien avec les contraintes du terrain et les besoins réels des habitants.

Pour finir, je voulais revenir sur ce qui peut apparaître comme une première volte-face du mandat. La ville de Lyon est candidate à l’organisation de matchs de hockey sur glace dans le cadre de la candidature française aux Jeux olympiques d’hiver 2030. Les écologistes à la région sont opposés aux JO d’hiver, et vous, à Lyon, vous souhaitez les accueillir. N’y a-t-il pas un paradoxe ?

Nous sommes plutôt sur des positions complémentaires. Ce que propose le maire de Lyon, c’est de mettre à disposition des équipements existants afin d’organiser ces Jeux sans impact supplémentaire lié à de nouvelles constructions. Nous restons toutefois très vigilants quant à l’impact de ces Jeux, notamment sur les montagnes, le cadre de vie et la protection de l’environnement. La candidature régionale s’est faite de manière unilatérale, sans respecter les règles de consultation, et nous maintenons cette position critique.

N’avez-vous pas l’impression de vous rendre, d’une certaine manière, complices d’un événement qui ne respecterait pas les limites planétaires ?

Yasmine Bouagga : Nous défendons une écologie concrète, tournée vers des solutions pragmatiques. Organiser des Jeux olympiques d’hiver dans les Alpes en 2030 pose des questions importantes liées à l’enneigement, à l’usage de la neige artificielle et à la pression sur les ressources en eau. Sur ce point, nous sommes alignés avec les écologistes à la région. Cependant, si ces Jeux ont lieu, nous voulons montrer qu’à Lyon, nous sommes capables d’organiser des événements de manière sobre. Nous l’avons fait avec les EuroGames, qui ont rassemblé des milliers d’athlètes dans une démarche exemplaire en matière de sobriété, de gestion des déchets et des déplacements. Nous voulons démontrer que nous pouvons contribuer à un événement d’ampleur en limitant au maximum son impact sur l’environnement.

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