Véronique Sarselli, candidate à la présidence de la Métropole de Lyon sur les listes Grand Cœur Lyonnais, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Véronique Sarselli, candidate à la présidence de la Métropole de Lyon, fait de la confiance le leitmotiv de sa fin de campagne. Elle veut renouer avec les entrepreneurs au terme d'un mandat qu'elle juge guidée par la "décroissance" ou avec les maires et les professionnels de l'immobilier pour construire plus de logements : 7 500 à 8 000 constructions par an.
Sur les mobilités, elle mise sur deux grands projets structurants : un nouveau tunnel sous Fourvière à l'horizon 2040 et le retour du métro E vers Tassin-la-Demi-Lune d'ici 2035. En attendant, elle promet des actions immédiates : réparer les pannes à répétition dans les transports en commun et utiliser l'intelligence artificielle pour fluidifier les feux de circulation en temps réel. Sur les voies lyonnaises, elle se veut pragmatique : "Certaines pistes fonctionnent bien et doivent être maintenues. D'autres devront être ajustées si elles ne correspondent pas aux usages." Elle évoque aussi le devenir de la ZTL de Lyon : "Je n’ai jamais dit que je reviendrais totalement sur la ZTL. J’ai toujours dit qu’il fallait rouvrir la rue Grenette et rétablir les bus. Je l’avais d’ailleurs annoncé dès juillet 2025. Pour le reste, la ZTL devra être retravaillée avec le maire de Lyon. J’espère que ce sera Jean-Michel Aulas".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Véronique Sarselli
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 Minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Véronique Sarselli. Vous êtes candidate à la présidence de la Métropole de Lyon sur les listes Grand Cœur Lyonnais. Vous êtes aussi candidate aux élections municipales dans votre commune de Sainte-Foy-lès-Lyon, mais nous allons plutôt parler de la Métropole de Lyon. C’est la deuxième fois que les électeurs votent pour élire leurs représentants dans les quatorze circonscriptions qui éliront ensuite leur président ou leur présidente. On parle beaucoup des élections municipales et parfois les élections métropolitaines restent dans l’ombre. Concrètement, pouvez-vous expliquer aux électeurs l’importance du scrutin de dimanche à l’échelon métropolitain, qui est peut-être celui qui possède aujourd’hui le plus de compétences ? On reste attaché aux mairies, mais le véritable siège du pouvoir est peut-être la Métropole. Qu’est-ce que cela changerait si c’était vous plutôt que Bruno Bernard ?
Il faut rappeler que les scrutins municipaux et métropolitains sont intimement liés. La Métropole de Lyon détient en effet de nombreuses compétences qui concernent notre vie quotidienne, mais aussi des compétences plus larges, notamment en matière d’aménagement du territoire et de mobilités. Cependant, il est important de rappeler que la commune reste l’échelon de proximité. C’est pour cela qu’elle garde toute son importance et il faut le rappeler aux habitants de la métropole.
Qu’est-ce que cela changerait si c’était vous plutôt que Bruno Bernard ?
Nous avons deux visions radicalement opposées. D’abord dans la méthode, c’est-à-dire dans la relation avec les habitants de la métropole. Il y a eu une rupture de dialogue et d’écoute qu’il faut restaurer. C’est essentiel pour une collectivité qui intervient dans la vie quotidienne. Il faut aussi restaurer le dialogue avec les territoires et les communes, qui constituent une spécificité forte de la Métropole de Lyon. Ensuite, il y a une vision très différente : face au localisme et à la décroissance, nous proposons une vision de long terme, une métropole ouverte et attractive, qui renoue avec une croissance durable et responsable. Cette orientation doit irriguer toutes les politiques métropolitaines.
Vous avez évoqué la décroissance. Les écologistes parlent plutôt de croissance durable et responsable. La décroissance n’est pas assumée, selon vous ?
Elle n’est peut-être pas assumée, mais je me base sur la réalité et sur le travail de proximité que je mène depuis des années. Cela fait six ans que je suis conseillère métropolitaine, certes dans l’opposition, et deux mandats que je suis maire. Je vois ce qui se passe dans les territoires. J’entends les chefs d’entreprise, les commerçants, les artisans qui rencontrent aujourd’hui des difficultés. Certaines entreprises se demandent comment réaliser leurs projets d’extension, d’autres ne souhaitent plus s’installer. Nous sommes dans le localisme et dans la décroissance. On peut ne pas l’assumer, mais c’est la réalité de la Métropole de Lyon.
Vous parlez d’attractivité. Concrètement, comment aider les entreprises à se développer ? Quels leviers souhaitez-vous activer ?
La première chose est de dire aux entreprises qu’elles sont les bienvenues sur notre territoire. Lorsqu’un chef d’entreprise propose un projet d’implantation ou d’extension, il ne doit pas avoir le sentiment que son projet n’est pas prioritaire. Il faut restaurer la confiance avec les acteurs économiques. Ensuite, il faut des mesures concrètes. La première concerne le foncier : il faut de l’espace pour permettre l’installation ou l’extension d’entreprises. Je pense notamment aux zones industrielles et aux friches industrielles qu’il faut remettre en activité économique. Je propose également de regrouper les agences aujourd’hui dispersées en une seule agence capable d’accompagner les entreprises dans leur installation et leur développement. Ce sont des mesures concrètes et attendues. Mais la première chose reste de restaurer la confiance. Notre territoire est abîmé et cette rupture de confiance est un sujet central. Il faut montrer que nous sommes là pour accueillir les acteurs économiques.
Vous avez aussi beaucoup parlé des mobilités pendant cette campagne, avec deux grandes annonces : la création d’une nouvelle traversée sous Fourvière sous la forme d’un tunnel et le retour du métro E entre Bellecour et Tassin-la-Demi-Lune. Ces deux projets sont annoncés pour 2035 pour le métro E et pour 2040 pour le tunnel. Dans le même temps, vous dites vouloir fluidifier les mobilités dès votre élection. Concrètement, comment fluidifier la circulation alors que ces projets ne verront pas le jour avant dix ans ?
Il faut rappeler que les mobilités sont, avec la sécurité, un sujet majeur pour les habitants de la métropole. Lorsque l’on aménage un territoire, on agit à court, moyen et long terme. À très court terme, il faut réparer ce qui ne fonctionne pas. Je pense aux pannes à répétition dans les métros, aux bus ou aux tramways absents. Ceux qui nous regardent savent très bien de quoi je parle. La priorité est donc de remettre en état ce qui ne fonctionne pas.
Vous avez aussi présenté un plan de modernisation inférieur à celui des écologistes.
Nous parlons de deux choses différentes. Il y a l’entretien du réseau existant, notamment des lignes de métro. Nous avons recalibré l’enveloppe nécessaire pour cet entretien. Et il y a tout ce qui concerne les pannes et les réparations pour que les usagers ne se retrouvent plus face à des escalators en panne ou à des retards dans les métros. Nous parlons ici du quotidien des habitants.
Ensuite, il y a les grands projets de long terme. La nouvelle traversée de Fourvière vise à retirer quarante millions de véhicules par an de la surface et à les faire passer dans un tunnel. Cela permettrait également de récupérer quarante-cinq hectares en surface. C’est un véritable projet écologique. Une autoroute urbaine en plein cœur de la métropole de Lyon n’est plus possible.
Petite question à ce sujet : y aura-t-il une sortie dans Lyon ou non ?
C’est un projet important auquel nous tenons. Comme tous les grands projets, il sera ajusté. Si une sortie s’avère nécessaire, elle sera réalisée. Si elle ne l’est pas, elle ne sera pas faite. Dès le début du mandat, nous lancerons les études pour affiner ce projet.
N’aurait-il pas été plus simple de présenter un projet totalement défini aux électeurs plutôt que de dire que les détails seront précisés après ?
Ce n’est pas ce que j’ai dit. Le principe du projet est clair : un tunnel reliant Tassin à Saint-Fons et la conservation du tunnel de Fourvière pour la desserte locale, avec une partie dédiée à d’autres modes de déplacement.
Pour la circulation automobile, qu’est-ce qui va changer afin que Lyon ne reste pas la ville la plus embouteillée de France ?
Nous proposons d’utiliser l’intelligence artificielle pour gérer les feux de circulation et fluidifier le trafic en temps réel. Les automobilistes ne comprennent pas aujourd’hui le fonctionnement des feux à Lyon. L’objectif est d’adapter la durée des feux selon les flux de circulation, qu’il s’agisse des voitures ou des vélos.
La deuxième mesure consiste à établir une cartographie précise de tous les points de blocage dans la métropole : sorties de parkings, carrefours mal conçus, aménagements cyclables inadaptés. Il faut identifier ces points et agir rapidement.
Par exemple, certaines voies lyonnaises ou pistes cyclables pourraient être supprimées si elles sont jugées inutiles ?
Certains maires ont déjà exprimé leurs interrogations sur la pertinence de certaines pistes cyclables, alors qu’ils avaient proposé d’autres itinéraires sécurisés. Il faut travailler avec les maires et prendre en compte les réalités locales. Certaines pistes fonctionnent bien et doivent être maintenues. D’autres devront être ajustées si elles ne correspondent pas aux usages.
Une question sur la ZTL de Lyon. Vous aviez déclaré vouloir revenir sur ce dispositif. Le candidat Jean-Michel Aulas a une position moins tranchée, proposant notamment de rouvrir la rue Grenette et la rue de la République aux bus. Avez-vous trouvé un terrain d’entente ?
Je n’ai jamais dit que je reviendrais totalement sur la ZTL. J’ai toujours dit qu’il fallait rouvrir la rue Grenette et rétablir les bus. Je l’avais d’ailleurs annoncé dès juillet 2025. Pour le reste, la ZTL devra être retravaillée avec le maire de Lyon. J’espère que ce sera Jean-Michel Aulas. Il souhaite également revoir ce dispositif et relancer la concertation.
Autre sujet important : le logement. Où souhaitez-vous construire et quels objectifs vous fixez-vous ?
La crise du logement est nationale. Toutefois, certaines décisions locales ont aggravé la situation. Les professionnels de l’immobilier le disent eux-mêmes. Pour répondre aux besoins de la métropole, il faudrait construire entre 7 500 et 8 000 logements par an. La première chose à faire est de libérer la construction. Aujourd’hui, certains projets ne sortent pas parce que la réglementation locale est allée plus loin que la loi. Dans une période de crise, cela bloque de nombreux projets.
Les promoteurs expliquent aussi que certains maires de droite souhaitent moins de logements que ce que prévoit le PLU-H. Votre commune de Sainte-Foy-lès-Lyon paie d’ailleurs une pénalité pour ne pas atteindre les 25 % de logements sociaux imposés par la loi SRU. Prendrez-vous votre part des 7 500 à 8 000 logements à construire ?
Nous parlons de l’ensemble des logements et de l’ensemble de la métropole. Il faut aussi favoriser le logement pour les classes moyennes, qui quittent aujourd’hui la métropole faute d’accès au logement.
Concernant les critiques, je considère que les écologistes et leurs alliés ne sont pas bien placés pour donner des leçons. Ils contraignent eux-mêmes la construction en allant au-delà des obligations réglementaires.
Pour Sainte-Foy-lès-Lyon, la situation est simple : il n’y a plus de foncier disponible. La ville doit se renouveler sur elle-même, ce qui prend du temps. Les maires souhaitent surtout que leur territoire soit compris et que le développement se fasse à leur rythme, avec eux et non contre eux.
Et tous accepteront l’objectif de 7 500 à 8 000 logements par an ?
Nous parlons de cinquante-huit communes avec des situations très différentes. Ce qu’il faut restaurer, c’est le dialogue entre la métropole, les communes et les acteurs du logement, y compris les bailleurs sociaux. Il faut écouter les territoires et arrêter les caricatures sur les maires de droite.
