Alain Giordano, soutien de Jean-Michel Aulas à l'origine de son projet de végétalisation de la place Bellecour, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Alain Giordano, ancien adjoint sous Gérard Collomb et conseiller de Jean-Michel Aulas pour les espaces verts, défend la faisabilité de leur projet de végétalisation de la place Bellecour sur laquelle les écologistes se sont cassés les dents, optant pour des ombrières. "Sur la place Bellecour, il y a environ trois zones. Une zone très simple à utiliser, où il n’y a rien en dessous : il n’y a donc aucun problème, on peut planter des arbres et de la strate basse. Ensuite, une zone où passe le métro. J’ai déjà cité un parc tout à l’heure : il n’y a aucun souci pour travailler sur des zones où le métro circule en dessous. Enfin, l’espace le plus contraint, où se situe notamment le parking. Il est tout à fait possible d’y travailler", assure-t-il.
Quant aux ombrières installées par la majorité écologiste pour rafraîchir la place et qu'il souhaite supprimer, il assume le choix sans détour : "le meilleur climatiseur est naturel, c'est le végétal". Il balaie aussi les doutes émis par les écologistes sur la compatibilité entre ce projet et celui de créer une nouvelle ligne de métro à Bellecour : "cette végétalisation est compatible avec le passage éventuel d’un tunnelier. Il ne faut évidemment pas que le tunnelier traverse la place et ressorte en son centre, cela n’aurait aucune utilité. J’ai entendu cette critique, mais je la rejette totalement. Sinon, il ne serait même pas envisageable de végétaliser la place Bellecour".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Alain Giordano
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Alain Giordano. Vous avez été ancien adjoint sous Gérard Collomb, maire d’arrondissement dans le 9ᵉ arrondissement. Vous soutenez aujourd’hui Jean-Michel Aulas, pour qui vous avez travaillé sur la végétalisation de la place Bellecour que l’on voit juste derrière vous dans sa version la plus minérale et probablement la plus caniculaire. Il manque ces fameuses ombrières qui ont été installées par les écologistes. Vous pensez pouvoir réellement la végétaliser, ce qui était la promesse originale des écologistes. Comment est-il possible de végétaliser en pleine terre avec un parking et une station de métro sous la place ?
C’est certain, comme pour beaucoup de parcs qui ont été installés à Lyon, et j’en ai inauguré quelques-uns, peut-être une quinzaine, comme par exemple le parc Cotin qui n’est pas loin d’ici, derrière le parc du Vallon qui fait 11 hectares et qui a reçu des prix écologiques importants, mais aussi des parcs très difficiles comme le parc de la Passerelle dans le 5ᵉ ou le parc qui n’est pas loin d’ici en face du centre social Pierrette-Augier où il y a, par exemple, une dalle et le métro qui passe dessous, des parcs comme Blandan, etc. Dans chaque parc, on rencontre une certaine difficulté. Il faut essayer de la surmonter pour végétaliser, de passer outre et d’avancer.
Mais nous ne sommes pas sur un parc, nous sommes sur une place en plein milieu de la ville. Allons-y sur Bellecour.
L’importance de Bellecour doit être imaginée comme une échelle avec deux montants que seraient la Saône et le Rhône. C’est assez parlant. Si l’on veut répondre écologiquement aux îlots de chaleur par des îlots de fraîcheur, il faut essayer de créer des barreaux. Une échelle sans barreaux ne tient pas. Ce passage par Bellecour constitue un barreau qui va permettre d’amener la fraîcheur des berges du Rhône et des rives de Saône à l’intérieur. Nous sommes sur un site stratégique écologiquement, puisqu’il s’agit d’un îlot de chaleur sur lequel il faut travailler pour créer un îlot de fraîcheur.
Comment y parvenez-vous, sachant que les écologistes ont admis, même s’ils lanceront une deuxième phase s’ils sont réélus, une forme d’impossibilité tant qu’il y avait ce parking et la station de métro ? Comment contournez-vous cette difficulté ?
Je vous ai cité plusieurs exemples pour montrer que j’ai une certaine expérience, acquise grâce à de nombreuses personnes avec qui j’ai appris et travaillé. Sur la place Bellecour, il y a environ trois zones. Une zone très simple à utiliser, où il n’y a rien en dessous : il n’y a donc aucun problème, on peut planter des arbres et de la strate basse. Ensuite, une zone où passe le métro. J’ai déjà cité un parc tout à l’heure : il n’y a aucun souci pour travailler sur des zones où le métro circule en dessous. Enfin, l’espace le plus contraint, où se situe notamment le parking. Il est tout à fait possible d’y travailler. Je me suis déjà rendu dans des villes comme Pau, où la place Clemenceau est dans cette configuration et où ils sont en train de végétaliser. Nous ferons mieux qu’eux, car ils ont installé beaucoup de strate basse.
Sera-ce de la pleine terre ou des jardinières, par exemple ?
Ce sera de la pleine terre. La pleine terre signifie que l’on respecte la microbiologie des sols. Le végétal doit être en lien avec le sol afin d’apporter bactéries et champignons qui vont solidifier la plante et la protéger. Sur cette zone, il faudra travailler sur une pleine terre très légère, par exemple à base de pouzzolane, dont le poids est cinq à six fois moindre qu’une terre ordinaire. Une fois installée, on pourra mettre des végétaux remarquables. On pourra entendre le bourdonnement des abeilles, le chant des oiseaux, et installer les plantes adaptées. Nous comptons travailler avec des associations comme Arthropologia, France Nature Environnement ou la LPO pour les oiseaux, qui nous apporteront leur expertise pour mettre en place ces plantations et ces arbres.
Aujourd’hui, il y a les ombrières. Elles ne végétalisent pas, mais elles apportent de l’ombre. L’ombre permet peut-être de rester sur cette place lorsqu’il fait 40 degrés. Cela ne répond peut-être pas à la question de la végétalisation, mais cela peut rafraîchir la place. Dans votre schéma, il n’y a plus les ombrières. Comment rafraîchir la place ? Comment faire pour que l’on puisse la traverser un jour de canicule, voire s’y arrêter pour boire une eau fraîche ?
Le meilleur climatiseur est naturel, c’est le végétal.
Aurez-vous de quoi produire de l’ombre avec des arbres ?
Bien sûr. Nous installerons également un sol perméable qui permettra de restituer la fraîcheur. Par exemple, si l’on plante de la sauge de Sibérie, qui mesure environ un mètre de haut et se termine par de petites fleurs violettes et bleues, lorsque le vent passera, cette ondulation participera à la vie du sol. Ce sol vivant restituera la fraîcheur. Il y aura ainsi une climatisation naturelle venant du sol. Nous comptons également planter de nombreux arbres pour densifier cet îlot de fraîcheur. Par exemple, des érables rouges ou des tilleuls argentés. Il est essentiel de planter plus d’une centaine d’arbres différents. Écologiquement, il ne faut pas se limiter à une seule essence, car si elle est attaquée par une bactérie, elle disparaît et compromet l’ensemble. Il faut un projet ambitieux au centre du quartier que l’on souhaite végétaliser.
Il peut y avoir un autre élément problématique pour la place Bellecour : si ce métro venait à se réaliser, il y aurait la question de la sortie du tunnelier place Bellecour et, finalement, tout ce que vous auriez engagé sur la végétalisation serait détruit. Cela signifie-t-il que la végétalisation aura lieu en 2040, lorsque le métro sera terminé ?
J’ai réalisé et suivi de nombreux parcs : la notion de calendrier est essentielle. On ne travaille pas sur un parc sans objectif précis.
Avant la fin du prochain mandat, si Jean-Michel Aulas est élu, la place Bellecour aura-t-elle le visage que vous nous avez présenté pendant la campagne ?
Je précise que le visuel présenté n’a pas été réalisé uniquement par un graphiste. Il a été élaboré avec un ingénieur paysagiste qui connaît parfaitement les contraintes de cette place et sait que cette végétalisation est compatible avec le passage éventuel d’un tunnelier. Il ne faut évidemment pas que le tunnelier traverse la place et ressorte en son centre, cela n’aurait aucune utilité. J’ai entendu cette critique, mais je la rejette totalement. Sinon, il ne serait même pas envisageable de végétaliser la place Bellecour.

« Place Bellecour , on entendra le bourdonnement des abeilles et le chant des oiseaux » Il fallait oser la sortir celle-là. C’est fait !