Le débat de Lyon Capitale sur le logement
Le débat de Lyon Capitale sur le logement

Métropolitaines 2026 : encadrement des loyers, où et comment construire plus, le grand débat sur le logement

Construction, encadrement des loyers, logement social, Renaud Payre et Sébastien Michel détaillent leurs solutions pour la métropole de Lyon.

Jusqu'au premier tour des élections municipales et métropolitaines, Lyon Capitale vous proposera des débats sur les grands enjeux de ces deux scrutins pour vous permettre de vous forger un avis et de prendre connaissance des différentes propositions portées par les candidats ou leurs soutiens.

Ce débat sur le logement s'articule autour de trois thèmes : comment relancer le nombre de constructions, dans quel secteur de l'agglomération construire et l'avenir de l'expérimentation lyonnaise sur l'encadrement des loyers. Renaud Payre, vice-président de la Métropole de Lyon en charge du logement, et Sébastien Michel, maire LR d'Ecully et tête de liste Grand Coeur lyonnais dans la circonscription Ouest, sont les invité de ce troisième débat.

La retranscription intégrale du débat entre Renaud Payre et Sébastien Michel

Bonjour à tous et bienvenue. Ravi de vous retrouver pour un nouveau débat, le troisième débat sur les élections municipales et métropolitaines de mars 2026. Aujourd'hui, nous allons parler de logement, un sujet brûlant dans la Métropole de Lyon, avec un problème de construction : il manque des logements, et aussi un problème de prix, notamment pour l'achat ou même pour la location. Autour de cette grande thématique du logement, nous avons invité Renaud Payre. Vous êtes vice-président sortant en charge du logement et candidat aux élections métropolitaines sur la liste de Bruno Bernard. Face à vous, Sébastien Michel. Vous êtes maire Les Républicains d’Écully et tête de liste pour les listes Grands Cœurs Lyonnais de Véronique Sarcelet, soutenu par Jean-Michel Hollas dans le Val de Saône. Nous allons commencer ce débat avec un premier thème : comment arriver à construire plus de logements, puisqu’on sort d’un mandat, c’est le cas à Lyon, mais aussi dans toutes les autres agglomérations de France, où l’on a un déficit de logements, de construction de logements. Les deux candidats, vous allez évoquer l’importance de construire plus, mais la vraie question est : comment construire plus ? Sébastien Michel, votre candidate Véronique Sarcelet a évoqué un choc de l’offre. Comment comptez-vous construire plus dans la Métropole de Lyon ?

Sébastien Michel : Le premier élément, c’est qu’en matière de logement, comme dans beaucoup de secteurs et d’activités, on a besoin d’un ingrédient : la confiance. Sans confiance, le système se paralyse, et on voit qu’aujourd’hui c’est le cas à la fois au niveau national et au niveau local. On termine un mandat pendant lequel la Métropole a, de mon point de vue, profondément créé de la défiance entre les différents acteurs, et on se retrouve avec cette problématique : aujourd’hui, il est devenu quasi impossible de se loger sur la Métropole de Lyon.
Il faut de la confiance, notamment dans les maires, parce que les maires ne sont pas opposés à construire des logements. J’en suis un exemple : à Écully, on a produit du logement. En tant que maire, ce qui est important, c’est de pouvoir choisir où l’on produit du logement. On se rend compte que, quand on a cette latitude, cette liberté, les maires sont tout à fait disposés à produire du logement. Je le répète, on l’a fait à Écully, et cela permet d’offrir des solutions aux personnes qui en ont besoin. Pour moi, le premier ingrédient, c’est de remettre de la confiance dans le système, parce qu’aujourd’hui il y a un angle mort, au niveau national, sur les politiques de logement : on a mis un terme à beaucoup de dispositifs qui étaient plutôt incitatifs. On a beaucoup parlé de la loi Pinel, entre autres. À force de mettre trop de normes, trop de contraintes, on a cassé la confiance entre les acteurs. Les acteurs, c’est la Métropole, les maires et les professionnels de l’immobilier. Aujourd’hui, la confiance est rompue.
La première chose à faire lors du prochain mandat, c’est de rétablir la confiance, de mettre tout le monde autour de la table, de se fixer des objectifs réalistes et ambitieux, pour sortir de l’impasse dans laquelle on est aujourd’hui.

Renaud Payre, Sébastien Michel vous accuse d’avoir rompu la confiance avec les maires, et que c’est la raison du ralentissement du rythme de construction dans l’agglomération.

Renaud Payre : Un immense merci d’organiser ce débat. Je suis très heureux de débattre avec Sébastien Michel, que je respecte pleinement. Les occasions de confronter nos visions du monde manquent. Débattre d’un sujet parmi les plus préoccupants pour les Grands Lyonnais et les Grandes Lyonnaises, c’est essentiel. Merci à Lyon Capitale d’organiser cela. Sur la confiance, je suis tout à fait d’accord. C’est pour cela que, dès le début du mandat, j’ai instauré un point tous les trois mois avec les maires, les adjoints et les adjointes, et qu’Écully était représentée, pour que nous fassions un point sur l’ensemble des dimensions de la politique du logement. En matière de logement, c’est une question de confiance. Nous avons eu un mandat très douloureux en matière de logement. Qui pouvait imaginer que, à la crise de l’offre, parce que trop peu de maires délivraient des permis, déjà en 2020 c’était le cas, s’ajouteraient une crise géopolitique, une guerre qui ferait augmenter les coûts de construction, et, en plus, une hausse des taux d’intérêt ? On s’est trouvé dans une situation très préoccupante. C’est pour cela qu’on a agi. Mon cap a été le pragmatisme, notamment en construisant, avec les promoteurs immobiliers, un plan d’urgence, parce qu’on ne pouvait pas laisser disparaître un secteur, ou le fragiliser. C’est pour cela qu’on a débloqué 7 000 logements. C’est pour cela que nous avons réussi à sauver 118 opérations de logement, et que cela a concerné plus d’une soixantaine de promoteurs. Je suis d’accord : la confiance ne fait pas tout. Il faut agir. Notre engagement est très clair du côté de nos listes « Avançons ensemble » avec Bruno Bernard, l’union de la gauche et des écologistes. Notre engagement est très clair : produire plus, faire du logement. Comment on fait ? D’abord, avec les documents réglementaires qui sont les nôtres : un plan local d’urbanisme, et un esprit de solidarité métropolitaine. J’y crois ; j’espère que vous y croyez. Je suis un peu inquiet concernant votre tête de liste. Elle est dans une commune dite « carencée », qui ne produit pas assez de logements sociaux. Ce qui n’est pas le cas d’Écully. Je parle de votre tête de liste métropolitaine : quand elle atteint à peine 20 % des objectifs qui lui sont fixés par l’État, je trouve que la solidarité métropolitaine est fragilisée. Il faut donc un document d’urbanisme, une solidarité métropolitaine, et il faut engager de l’argent. C’est pour cela que nous avons développé, et fait des propositions, notamment un grand plan pour l’accès à la propriété au prix d’un loyer. C’est ce que nous disons aux Grands Lyonnais et aux Grandes Lyonnaises. Et j’attends encore les propositions de la droite.

Vous avez l’occasion de lui répondre sur vos propositions : comment arriver à construire plus, indépendamment de la confiance ?

Sébastien Michel : Ce qui est fascinant, quand j’entends Renaud Payre, que je respecte également, c’est qu’il y a très peu de personnes qui parlent aussi bien de logement sur la Métropole de Lyon. C’est un sujet que vous maîtrisez, vous en parlez remarquablement bien. Mais, quand il s’agit de passer aux travaux pratiques, c’est l’échec. Le logement est l’échec patent de ce mandat, pour la majorité qui est la vôtre, et qui se produit depuis plusieurs dizaines d’années. Vous vous réfugiez derrière la crise, vous vous réfugiez derrière les relations internationales, qui jouent un rôle, certes. Mais la réalité, c’est que vous avez contribué à emboliser un système en demandant des normes supplémentaires.
Je prends un exemple que vous connaissez bien : à Écully, on a un programme coincé chemin du Fort depuis six ans. La ville est d’accord pour produire 100 logements, dont 30 % de logements sociaux, et tout cela est bloqué depuis six ans. Pourquoi ? Parce qu’un autre vice-président estime qu’il faut une voirie de 11 mètres de large, en sens unique, avec des voies cyclables : M. Bagnon, en l’occurrence. On bloque donc la construction de 100 logements parce que M. Bagnon a décidé qu’il fallait 11 mètres de large pour une voirie à sens unique.
Vous parliez de pragmatisme : je vous prends au mot. Il y a un sujet très précis sur lequel ça a été tout sauf du pragmatisme, mais au contraire du dogmatisme, avec des normes qui s’enchevêtrent les unes sur les autres, et avec cet échec…

Vous laisserez Renaud Payre répondre, et après je reviens vers vous sur « comment construire plus ».

Renaud Payre : Le terme de dogmatisme n’appartient absolument pas à mon vocabulaire, et je ne vous l’adresserai même pas. Je sais que, sur certains sujets, votre camp peut faire preuve de fermeture d’esprit, mais je ne pense pas qu’il faille s’invectiver. Ce n’est pas ma culture, et je ne crois pas que ce soit la vôtre.
Oui, il faut absolument agir. Oui, on a été face à un tsunami pendant ce mandat, renforcé par des politiques gouvernementales que vous avez soutenues : s’il y a bien un camp politique qui soutient le gouvernement actuel, c’est le vôtre dans cette campagne. Depuis 2017, il n’y a pas de politique du logement. L’investissement locatif a été affaibli, et cela concerne une part importante de l’équilibre des opérations immobilières. Par ailleurs, on a fragilisé le logement social. Je le dis clairement : on a agi. 40 millions d’euros dans la foncière solidaire du Grand Lyon. Concrètement, combien de logements produits sur ce territoire ? Nous arrivons en 2025, la dernière année pleine du mandat : l’agrément, la programmation, le financement de 4 350 logements locatifs sociaux. Vous aviez fixé vous-même 6 000 par an. Non : on avait fixé un objectif en deçà, puisque vous savez qu’il y avait du bail réel solidaire. Et nous sommes au rendez-vous : nous sommes à 90 % de notre objectif. C’est la réalité de l’année 2025.
Bien sûr qu’il y a eu une année catastrophique. Mais quand vous faites payer la baisse des APL, qui concerne tous les Français, par les bailleurs sociaux, quand vous leur ponctionnez des milliards, nous nous trouvons dans cette situation. Or c’est le gouvernement que vous soutenez.

Renaud Payre, vous commencez à avoir beaucoup d’avance. Sébastien Michel, justement : Renaud Payre évoquait tout à l’heure le bail réel solidaire, un dispositif pour permettre d’accéder à la propriété. Sur quel levier comptez-vous agir pour construire plus ? Est-ce que, par exemple, le BRS est un dispositif que vous continuerez de mettre en avant si votre liste et votre candidate sont élues en mars prochain ?

Sébastien Michel : En tant que maire, je n’ai pas de certitude : je doute, j’expérimente, j’essaie de trouver des solutions. Sur le BRS, nous en avons souvent parlé sur certains projets : je n’ai aucune opposition de principe. Je pense que cela peut répondre, à certains endroits, sur certains secteurs, sur certains types de logements. En revanche, il faut faire beaucoup de choses différentes. Depuis quelques mois, je travaille avec des professionnels pour imaginer comment mieux construire. Il y a de gros enjeux autour de l’accessibilité au foncier. Le foncier est parfois très onéreux, c’est le cas sur l’Ouest lyonnais. Pour les promoteurs, c’est parfois compliqué de trouver les équilibres économiques permettant de sortir les programmes. Nous essayons donc de trouver des solutions : ne pas raisonner seulement en volumétrie, mais en qualité, en durabilité, et aussi réfléchir à la réversibilité, c’est-à-dire que ce qui est construit à l’instant T puisse avoir une vocation différente demain. Aujourd’hui, on peut faire des immeubles de logements qui auront peut-être vocation à devenir des bureaux ou des locaux associatifs. Il faut travailler sur cette réversibilité. Une des choses avancées, et sur laquelle nous sommes partie prenante, c’est la surélévation, parce que cela peut apporter des solutions concrètes et rapides. Je pense que la solution n’est pas de faire uniquement du BRS : il faut un bouquet le plus large possible de dispositifs et trouver des solutions adaptées à chaque endroit. Je reviens au rôle des maires : je crois au principe de subsidiarité. C’est au plus proche du terrain qu’on est capable de trouver les bonnes solutions. Cette subsidiarité doit s’appliquer en matière de politique du logement : si vous embarquez les maires, si vous leur faites confiance, si vous leur fixez des objectifs généraux mais en leur laissant la possibilité de les décliner localement, dans 99 % des cas, cela se passe remarquablement bien.

Sébastien Michel, tout à l’heure vous évoquiez les chiffres, les objectifs qui n’avaient pas été atteints par rapport à ce qui avait été annoncé sur le mandat. Vous vous fixez quel objectif ? Votre candidate parle de « choc de l’offre » : ce serait combien, votre offre de logements ?

Sébastien Michel : Je ne suis pas un expert de l’immobilier. Ce qu’il faut voir, c’est comment on arrive à rétablir une trajectoire qui a été dramatique ces dernières années.

Il n’y a pas d’objectif chiffré ?

Sébastien Michel : Aujourd’hui, on verra quand on accédera aux responsabilités, si les Grands Lyonnais nous font confiance. À ce moment-là, je pense qu’on aura besoin d’états généraux du logement à Lyon, pour rassembler l’ensemble des acteurs. Il faut mettre autour de la table les maires, les professionnels de l’immobilier, les bailleurs et la Métropole : c’est comme cela qu’on trouvera des solutions. Je pense que l’objectif de 5 000 était probablement trop ambitieux. Si on arrive à livrer chaque année 4 000 logements, ce serait déjà vertueux : on pourrait rattraper un retard et permettre aux familles de se loger. Derrière le logement, il y a des familles, des couples, des étudiants qui n’arrivent plus à avoir accès au logement. C’est pour ces personnes-là qu’il faut se battre. Il faut aussi sortir d’une vision uniquement chiffrée, de tableau Excel, et se dire que derrière ce mot de logement, il y a des vies. C’est cela le plus important.

Maintenant, on va passer au deuxième thème : où construire ? Cela a été un gros enjeu de ce mandat, avec des oppositions parfois entre la Métropole et certains maires, comme vous l’avez évoqué, Sébastien Michel, en début d’émission, en parlant d’un contrat de confiance peut-être rompu.
C’est une vraie question : comment réussir à respecter la loi SRU sur l’ensemble du territoire ? Ce n’est pas vrai ville par ville. Se pose aussi la problématique du foncier et des réserves disponibles pour construire.
Renaud Payre, où imaginez-vous qu’on peut construire dans le mandat qui arrive ?

Renaud Payre : Je vais vous répondre, mais il faut d’abord pointer certaines contradictions de la droite, portées aujourd’hui dans notre débat. Vous n’êtes d’accord sur rien. Quand vous dites « moi, je veux construire », je vous entends, et je sais que nous avons travaillé ensemble sur certains dossiers, mais votre tête de liste ne délivre pas de permis de construire, pas seulement pour du logement social. Il faut du logement pour toutes et tous : on ne parle pas ici uniquement du logement locatif social. Je fais le point tous les trois mois avec les promoteurs : combien de fois la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon est revenue parce que des permis de construire étaient refusés ou empêchés ? C’est une première contradiction. Vous dites que vous n’êtes pas contre le bail réel solidaire : je veux bien le croire. Mais je vois que, sur vos listes, le maire de Rillieux est vent debout contre le bail réel solidaire, le maire de Meximieux n’en dit que du mal, et c’est encore le cas de la maire de Décines : il y a là encore une contradiction.
Vous évoquez les logements étudiants : je rappelle que nous n’avons jamais autant financé de logements sociaux étudiants. Il y a un retard à rattraper, je suis d’accord : plus de 2 000 ont été financés sur les deux dernières années. Mais quand il s’est agi de débloquer des dossiers majeurs, comme le campus Porte-des-Alpes, les maires de Bron et de Saint-Priest se sont opposés aux 15 % nécessaires pour la garantie d’emprunt permettant aux bailleurs d’emprunter. La Métropole a dû se substituer aux municipalités. Vous n’êtes d’accord sur rien, c’est un vrai problème. On peut se cacher derrière des formules creuses comme le « choc de l’offre », comme le fait Véronique Sarcelli : je ne comprends pas quels seront les outils concrets de la politique du logement. Oui, il faut construire. Pour vous, le « où » devient un problème de ville de droite ou de ville de gauche. Mais je suis d’accord sur la subsidiarité : l’échelon local est essentiel, y compris à l’échelle de notre Métropole. C’est pour cela que j’ai réuni tous les trois mois l’ensemble des maires et des adjoints qui voulaient venir, et votre commune était représentée. Mais la subsidiarité ne doit jamais se substituer à la solidarité. Nous avons besoin de solidarité métropolitaine : quand on travaille à Écully et qu’on vit à Vénissieux, c’est une solidarité ; quand on vit à Lyon et qu’on travaille à Limonest, c’est une solidarité métropolitaine. Le logement n’est pas une compétence des communes : c’est une compétence métropolitaine, sur laquelle nous devons travailler ensemble.

Pour faire simple, il accuse les maires de droite de refuser de construire, de ne pas vouloir agrandir leur ville, de ne pas avoir plus d’habitants. Vous voulez construire ?

Sébastien Michel : Ce que j’observe, c’est que là où il parle de contradiction, je parle d’identité de territoire. Il ne faut pas faire la même chose partout. Une des grandes leçons, c’est qu’à vouloir imposer les mêmes normes, les mêmes règles partout, cela ne marche pas.

Juste une question. C’est déjà beaucoup d’avance, monsieur. Je vous pose une question pour que nos téléspectateurs comprennent : comment pouvez-vous dire « vous n’avez pas atteint vos objectifs », alors que ce sont les communes de droite qui n’ont pas délivré de permis de construire ? Vous vivez avec cette contradiction ?

Sébastien Michel : Je vis assez facilement avec cela, parce qu’il ne vous aura pas échappé qu’il y a beaucoup plus de villes de droite aujourd’hui sur la Métropole de Lyon que de villes de gauche. J’observe aussi que les leçons de morale sur les taux de logements sociaux, je commence à en avoir assez. Si vous prenez Lyon 1, un fief électoral de la gauche à l’échelle de la Métropole, est-ce qu’à Lyon 1 et à Lyon 4, sur les pentes de la Croix-Rousse, on respecte la loi SRU ? Non. Sur l’arrondissement de la Croix-Rousse, on est à 14 ou 15 % de logements sociaux. Entendre des leçons de morale du type « la droite, vous êtes des méchants qui ne voulez pas de logements sociaux, et nous, nous sommes les vertueux », ce n’est pas vrai. On pourrait parler de Lyon 1, de Lyon 4 et de Corbas. Corbas ne respecte pas non plus ses obligations en matière de logements sociaux. Moi, je délivre des permis de construire. Sur le logement étudiant, c’est intéressant : je suis à la tête d’une ville étudiante où j’ai un campus. Au début du mandat, on avait quasiment trop de logements étudiants à Lyon, puisque la plupart des étudiants viennent se loger à Écully la première année, puis ils comprennent assez vite que c’est plus festif à Lyon, et ils vont habiter à Lyon ensuite. À la fin du mandat, alors qu’on a perdu EM Lyon, qui a quitté Écully, donc qu’on a perdu un certain nombre d’étudiants, aujourd’hui c’est l’inverse : les étudiants viennent se loger à Écully alors qu’ils étudient à Lyon. Pourquoi ? Parce que le système est complètement bloqué et que, quand vous êtes étudiant, il n’est plus possible de se loger à Lyon. Si je peux terminer : l’une des grandes conséquences, et l’une des plus dramatiques, de votre action à la tête de la Métropole sur le logement, c’est que le coût du logement a explosé. Je considère très sincèrement que le logement trop cher à Lyon, c’est ni plus ni moins que l’impôt caché des politiques écologistes à Lyon.

Je voulais quand même vous poser une réponse à cette question, et cela vaut aussi pour vous, Renaud Payre : où est-ce qu’on construit dans le mandat à venir ? Vous, quel secteur ciblez-vous, en vous disant : « c’est là qu’il faut construire », puisque vous avez cet objectif, qui n’engage que vous, si j’ai bien compris, et pas forcément votre tête de liste, de 4 000 logements par an ? Dans quel secteur de la Métropole voulez-vous les construire ?

Sébastien Michel : Il faut que chaque maire soit associé. Si on me dit : « il faut produire tant de logements sur Écully », je suis capable de dire si c’est absorbable ou non. Mais où ? À Écully. Vous le savez, on en a parlé à de multiples reprises : j’ai toujours dit que j’étais prêt à densifier autour de ce qui pourrait être la nouvelle ligne C6, avec du tramway ou du BHNS. Sauf que là où j’envisageais un immeuble de grande hauteur aux Sources, pour avoir une vraie mixité et créer un geste architectural fort, la proposition de la Métropole, c’était de dupliquer des cubes de logements sociaux, pour reproduire les erreurs du passé.
Si vous aviez dit aux maires d’Écully : « on vous demande de produire un certain nombre de logements, dites-nous où vous pensez qu’il faut les faire », on serait dans une discussion et on serait capables de trouver des solutions. Avec la Métropole, c’est plus difficile. À chaque fois qu’on a discuté ensemble, et soyons honnêtes, monsieur Payre, on n’était pas loin de trouver un accord. Sauf qu’à la fin, ce n’était pas vous qui décidiez : c’était Béatrice Vessiller. Je pense que les professionnels de l’immobilier et les maires voient parfaitement de quoi je parle. Monsieur Payre est quelqu’un de bonne volonté, qui connaît bien le logement et ses spécificités. En revanche, quand vous avez derrière une madame Vessiller qui décide « à la hache » d’avoir droit de vie ou de mort sur les logements aux quatre coins de la Métropole, vous créez de la tension et vous ruinez la confiance.

Renaud Payre, où voulez-vous construire plus, ou densifier plus, sur le mandat ? C’est important pour les gens qui nous regardent.

Renaud Payre : Le prochain mandat est majeur, parce qu’il y aura de nouvelles lignes fortes. Lorsque nous serons réélus, si nous le sommes, nous engagerons des lignes fortes, nombreuses : c’est le cas de TEOL, de l’ensemble de la rocade Est avec l’avènement d’un nouveau tramway, le T8, et bien sûr du Plateau Nord.
Cela pose la question de construire là où nous amenons des transports. C’est la meilleure méthode. Ce sera le cas notamment à Tassin, et sur une partie de l’Est où il y a encore du foncier. Le grand projet Porte des Alpes arrive à terme. Il y aura la transformation d’une partie de La Mulatière, je pense aux Grands Locaux, avec une vocation culturelle : il n’y a aucun doute là-dessus, mais il y aura aussi un peu plus de logements. Il y a des questions à poser : notamment autour du Grand Stade et de l’Arena, où il faudra avancer. Il y a des réserves foncières.
Et il y aura la question de l’hypercentre, où nous n’avons plus d’opportunités foncières au-delà des débats. Vous investissez pourtant des milliards d’euros dans les transports en commun. Cela signifie qu’il faut une action foncière pour garder une mixité sociale au cœur de la Métropole : que ce ne soit pas réservé aux classes moyennes supérieures, mais à tout le monde. Cela suppose une action foncière plus volontariste dans le prochain mandat.

On va maintenant passer au troisième thème : l’encadrement des loyers. C’est une mesure mise en place par la Métropole de Lyon à Lyon et à Villeurbanne. Votre liste, Renaud Payre, souhaite l’élargir à d’autres communes. Sébastien Michel, votre candidate Véronique Sarcelli a dit qu’elle s’y opposait. En quoi, pour vous, l’encadrement des loyers est, a minima, une fausse bonne idée, voire une erreur stratégique ?

Sébastien Michel : Je suis pragmatique. Si on regarde ce qui s’est passé entre 2020 et 2025, il y a eu un doublement du nombre de logements vacants sur la Métropole de Lyon. Ce n’est pas moi qui l’invente : c’était dans Lyon Capitale, en octobre 2025. Cela signifie qu’à force de normer, de suradministrer, de contraindre, le résultat n’est pas au rendez-vous. Vous reconnaissiez vous-même qu’il y avait besoin de confiance. Quand, au lieu de mettre de la confiance, vous mettez de la défiance et de la contrainte, cela ne marche pas. Nous nous opposerons fortement à l’encadrement des loyers, parce qu’on voit que les échappatoires sont nombreuses et qu’on n’a jamais eu autant de locations de type Airbnb, parce que, si vous combinez l’absence d’incitation nationale à investir et l’encadrement des loyers, vous avez tous les ingrédients pour que certains propriétaires préfèrent ne plus louer, ou transformer leur logement en Airbnb. Il faut changer de culture, arrêter de contraindre, et remettre sur le marché ces près de 5 000 logements vacants sur le territoire de la Métropole de Lyon.

Renaud Payre, c’est un débat qui a souvent eu lieu en Conseil métropolitain, sur l’encadrement des loyers ?

Renaud Payre : Sur l’encadrement des loyers, j’y viens tout de suite. Sur le logement vacant : 1,1 %. C’est la réalité du logement vacant. C’est toujours trop. C’est deux fois plus qu’en 2009. C’est toujours trop, mais attention : quand vous voyez la multiplication par deux, il y a notamment l’accélération des projets de renouvellement urbain, et cela contribue à une augmentation structurelle, en attente soit de démolition, soit de réhabilitation d’envergure. Il n’y a pas un phénomène plus préoccupant aujourd’hui. Il faut agir contre la vacance, mais attention à ne pas en faire l’alpha et l’oméga d’une politique du logement.
Vous l’avez dit vous-même, Sébastien : il y a une vraie question, celle du coût du logement. On ne peut pas supporter que, dans notre Métropole comme dans le pays, on s’appauvrisse par le logement. Cela nous a guidés : il fallait une mesure de pouvoir d’achat. La loi rendait possible l’encadrement des loyers : nous l’avons mis en place à Lyon et Villeurbanne. On voit bien que cela ne suffit pas, mais cela a eu un vrai effet, notamment une baisse des loyers sur les petites typologies, T1 et T2 : c’était exactement notre objectif. 800 000 euros ont été remboursés à des locataires : 800 000 euros de trop-perçus. Cela marche. C’est une mesure de pouvoir d’achat. Ce n’est pas toute la politique du logement : nous avons fait d’autres propositions, et nous attendons celles de la droite. Si demain il y a pérennisation de l’encadrement des loyers, et je n’ose pas imaginer autre chose, mais c’est le travail du législateur, nous demanderons l’extension à un périmètre de tension, notamment la première couronne. Le logement est une continuité : du mal-logement à la question de loger toutes et tous. Sur le mal-logement, je le dis : nous devons nous battre avec les maires de droite, et notamment avec vous, lorsqu’on laisse vacant sur votre territoire un lieu, le Cézy, proche du campus d’Écully, propriété de la Métropole. Lorsque vous vous êtes opposé, à l’automne 2024, à ce que nous mobilisions ce lieu pour loger des jeunes, autrement à la rue, et relevant de notre compétence métropolitaine, je considère que, dans la lettre que vous avez adressée aux Écullois et aux Éculloises, vous avez fait un choix : celui de laisser un lieu prêt à héberger immédiatement vacant, au nom de l’identité d’Écully, alors que notre pari, c’est celui de la solidarité.

Sébastien Michel, je vous laisse répondre. En plus, vous avez une minute de retard.

Sébastien Michel : Je vais répondre sur ce sujet, et sur l’autre. J’ai refusé l’ouverture de ce centre en le motivant par l’absence de garanties en matière de sécurité. Il y avait, dans ce dossier, six dérogations au risque.

Renaud Payre : Parce que, pour vous, c’était plus dangereux que de loger les Ukrainiens ?

Sébastien Michel : C’étaient des mineurs, ce n’était pas la même chose. Ils allaient être accompagnés par des associations. J’ai refusé parce qu’il y avait six dérogations au risque incendie. Je ne reviendrai pas sur l’actualité de ces dernières semaines et sur ce qui s’est passé pendant le réveillon. Mais je ne prendrai pas la responsabilité d’héberger des jeunes, des mineurs, dans des bâtiments qui ne sont pas faits pour cela. On parle d’une école, pas d’un appartement ou d’un logement. Je suis fier d’avoir refusé. Je l’affirme, je le revendique. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai fait à cette époque-là.

Renaud Payre : Mais vous laissez un lieu vacant.

Sébastien Michel : Vous avez 5 000 logements vacants sur la Métropole.

Renaud Payre : Vous laissez un lieu vacant où on pouvait faire de l’hébergement. C’est un choix qui fait défaut à la solidarité.

Paul Terrain :
On va finir cette émission simplement. S’il n’y a pas d’encadrement des loyers, comment garantissez-vous que les loyers soient accessibles à tous ?

Sébastien Michel : Je voudrais répondre à la mise en cause depuis le début de l’émission, quand vous dites que la droite n’a pas de propositions concrètes sur le logement. Je pense que l’un des gros problèmes de la politique du logement, c’est que des élus qui n’en maîtrisent pas le fonctionnement veulent imposer, réglementer, régenter. Sur le logement, il faut faire confiance aux acteurs.
En tant qu’élu local, j’ai une expérience professionnelle. J’ai une activité professionnelle, mais je ne travaille pas dans le logement. J’ai la faiblesse de penser que ceux qui savent le mieux, ce sont les acteurs de ces sujets-là.
Plutôt que des dispositifs inventés dans des bureaux par la technocratie, il est grand temps de faire confiance aux acteurs de terrain : les promoteurs immobiliers, les entreprises du bâtiment, les maires. C’est comme cela qu’on pourra réenclencher un cercle vertueux. C’est ma conception en matière de logement.

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