Serge Guérin, sociologue spécialiste des questions liées au vieillissement de la population.
Lyon Capitale : Que veut dire être vieux aujourd’hui ?
Serge Guérin : C’est la question majeure : à quel âge, comment et pourquoi on est regardé par les autres ? C’est une question sociale. Mais administrativement, on est vieux à partir de 60 ans. L’âge est donc un concept à la fois culturel, relatif et très évolutif. Je dis toujours que l’âge a changé de sens : une personne de 75 ans aujourd’hui n’a rien à voir avec son grand-père. 65 ans aujourd’hui, c’était quasiment l’espérance de vie dans les années 50. Et à 65 ans, en 2026, on est à vingt ou trente ans de la mort.
Quel regard notre société porte-t-elle sur le virage démographique en cours ?
Elle refuse de voir la réalité en face. Tout le monde a été surpris qu’en 2025 la France ait enregistré plus de morts que de naissances et, qu’en 2026, il y ait autant de plus de 65 ans que de moins de 20 ans. On est dans le déni total de l’explosion démographique en cours. Du coup, on n’en tire pas des conséquences majeures, à savoir que, tout d’abord, on vit plus longtemps, ensuite, on vit plus longtemps plus jeune et, enfin, il n’y a pas assez de monde pour travailler. Il y a une logique à travailler mieux et plus longtemps. Le déni est donc quelque part politique et idéologique. C’est aussi, en grande partie, un déni des entreprises qui ont encore du mal à recruter des seniors. Il faut bien avoir en tête qu’à partir de 2031, les générations du baby-boom vont atteindre 85 ans. Le consensus gériatrique considère que l’entrée dans le grand âge commence ici. Nous ne sommes pas du tout prêts ! Or, ce flux massif va durer vingt-cinq ans. Je peux déjà vous faire le titre des journaux : “Comment se fait-il qu’on n’ait pas prévu ?” En plus, on ne travaille pas du tout sur la prévention pour favoriser le fait de mieux vieillir et d’être moins en perte d’autonomie. Rien n’est préparé.
“J’en ai assez de ce discours qui veut que tous les vieux soient de terribles pollueurs et les jeunes de formidables écolos”
Comment peut-on repenser nos villes et, surtout, par où commencer ?
Il y a la question des mobilités, de l’adaptation des logements, de la sécurité. L’idée globale est de rendre la ville plus accessible aux seniors. Cela passe par plus de toilettes publiques, plus de bancs pour se reposer. On peut imaginer, comme cela se fait dans d’autres pays, des feux avec des chronomètres visuels pour les adapter à la vitesse de marche, cela rassure. C’est aussi la question des commerces de proximité, de la santé, un défi majeur.
Quelle posture devons-nous adopter ?
Il faut arrêter avec l’idée de vouloir changer la ville pour les vieux, il faut la faire avec eux. Il y a quand même une infantilisation assez forte des vieux. Nous devons les intégrer plus largement dans la fabrique de la ville car ils en sont, avec les enfants, les plus gros utilisateurs. Dans mon livre, Et si les vieux aussi sauvaient la planète ?, je montre qu’il est idiot d’opposer les générations. Je parle aussi des écolos, globalement, qui n’aiment pas les vieux. Pour eux, le vieux est nécessairement con, un peu réac, de droite. J’en ai assez de ce discours qui veut que tous les vieux soient de terribles pollueurs et les jeunes de formidables écolos. Quand la Ville de Lyon parle de “ville à hauteur d’enfants”, c’est un signal : il faut s’occuper de nos enfants car ils incarnent l’avenir. Mais les vieux font aussi partie de l’équation, il ne faut pas le perdre de vue. L’horizon de la France, je le répète, c’est le vieillissement de sa population. La société doit donc s’adapter à cet enjeu.
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