Moins de naissances, plus de seniors. La France poursuit son vieillissement démographique. A Lyon, le constat est plus nuancé. Ville de confluence des eaux, Lyon est aussi une confluence des âges, affichant un profil démographique atypique.
Vertigineux. Les derniers chiffres publiés par l’Insee ont provoqué une onde de choc en France. En 2026, les 65 ans ou plus sont presque aussi nombreux (22,2 %) que les moins de 20 ans (22,5 %). Pour comparaison, en 2006, 16,4 % des habitants avaient au moins 65 ans quand 25,1 % étaient âgés de moins de 20 ans. “Ce phénomène s’accélère depuis le milieu des années 2010, souligne l’Insee dans son bilan démographique annuel, publié le 13 janvier dernier, avec l’arrivée, à ces âges, des générations nombreuses du baby-boom, dont les plus anciennes auront 80 ans en 2026.”
Singularité lyonnaise
99 000. C’est, peu ou prou, le nombre de personnes de plus de 60 ans à Lyon (dernière population comptabilisée en 2022). Soit 19 % de la population globale, un chiffre inférieur à la moyenne nationale. Concrètement, cela signifie que pour trois personnes âgées de 15 à 29 ans, il y en a deux qui ont plus de 60 ans. Un ratio qui montre un certain équilibre générationnel, avec une légère prédominance des jeunes adultes. Depuis 2006, l’évolution (en valeur absolue) est notable : le nombre de seniors étant passé de 87 700 à 99 000 en 2022, soit une hausse de 13 %, donc à un rythme plus soutenu que la population globale qui a grossi de 10 %. Mais leur part dans la population reste relativement stable, passant de 18,7 % en 2006 à 19 % seize ans plus tard. Cela signifie que Lyon grandit (la population totale augmente) et que les 60 ans et plus augmentent au même rythme voire légèrement plus vite. C’est donc bien un vieillissement au sens démographique strict (augmentation de la proportion) mais modéré.
Cela s’explique probablement par la présence de nombreux étudiants (200 000) et de jeunes actifs attirés par l’emploi et le dynamisme économique (même si Lyon a perdu, en début d’année, sa position de leader face à Toulouse, le baromètre Arthur Loyd soulignant la fin d’une période de domination lyonnaise, jusqu’alors incontestée). Lyon conserve néanmoins son image d’une ville jeune et dynamique. La tranche d’âge dominante est celle des 30-44 ans (21,4 %), c’est-à-dire la population en âge de travailler, avec beaucoup de cadres (23,5 %) et de professions intermédiaires (16,7 %). Lyon reste le moteur économique régional.

-3 % de 60 ans et plus entre 2018 et 2050
Si la population de Lyon continue de vieillir, modérément somme toute, la tendance n’est pas la même que celle du Rhône, où le nombre de personnes âgées de plus de 75 ans triplerait entre 2018 et 2070 selon l’Insee. À ce jour, aucune projection n’est exploitable pour la ville de Lyon [lire l’encadré Pourquoi est-il si difficile d’estimer les projections de population à Lyon ?], mais, à l’échelle plus resserrée de la métropole, cette catégorie d’âge ne ferait “que” doubler. Dans le même temps, le nombre de jeunes de moins de 20 ans diminuerait dans les deux territoires (respectivement -2 % et -1 %). Quant à l’âge moyen de la population de la métropole lyonnaise, il augmenterait de quatre ans dans le département et la hausse serait seulement de trois ans pour la métropole de Lyon où la population serait toujours plus jeune qu’ailleurs (étudiants, jeunes actifs).
D’après les premiers éléments des projections démographiques de l’Insee pour 2050 auxquels Lyon Capitale a pu avoir accès (les calculs sont encore en cours), il ressort qu’entre 2018 et 2050, le nombre de personnes de 60 ans et plus baisserait de près de 3 000 (-3 %). En 2050, les plus de 60 ans seraient aux alentours de 95 200 à Lyon, soit plus ou moins les données de 2016.
Cette singularité lyonnaise ne doit pas occulter la réalité : près de 100 000 seniors vivent à Lyon aujourd’hui. Entre logements adaptés, lutte contre l’isolement, services de proximité, sécurité, mobilités et accès aux soins, les enjeux sont nombreux. À quelques mois des élections, le sujet mérite d’être mis sur la table.
Lire aussi : “Il faut arrêter de vouloir changer la ville pour les vieux, il faut la faire avec eux”
Pourquoi est-il si difficile d’estimer les projections de population à Lyon ?
L’évolution de la population d’un territoire dans le temps résulte de l’interaction entre trois composantes démographiques : les naissances, les décès et les migrations. À l’Insee, le modèle Omphale permet de réaliser des projections démographiques à moyen et long terme jusqu’en 2070, à partir de l’observation récente des comportements démographiques. Ces projections s’appuient sur les résultats 2018 du recensement de la population. “Nos projections sont déjà fausses pour Lyon, explique Florence Léger, cheffe de la division études démographiques et sociales du Service études et diffusion de Lyon, car l’indice conjoncturel de fécondité ne cesse de baisser.” Il s’établit en 2025 à 1,56 enfant par femme (le niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale).
Or, l’Insee Auvergne-Rhône-Alpes, dans ses hypothèses basses, avait tablé entre 1,6 et 1,8 enfant par femme. L’exercice de projection lyonnais qui a été réalisé est donc trompeur et n’est pas exploitable en l’état, les modèles de l’Insee se basant sur une fécondité un peu plus élevée, tandis que la baisse est plus rapide que prévue. Les prévisions sont ainsi déjà dépassées par la réalité. De nouvelles projections sont à l’étude et seront publiées en juin prochain.

Comment les fonds d’investissement mettent la main sur Lyon