Avec le rachat de Grand Frais par le fonds américain Apollo, un nouveau symbole lyonnais passe sous pavillon étranger. Enquête sur une financiarisation qui transforme l’économie locale.
Le prince, l’émir et les Trois Gaules, acte II. Douze ans après notre enquête révélant que le cœur de la Presqu’île était passé sous contrôle d’Abou Dhabi, c’est au tour de Grand Frais, fleuron de la distribution lyonnaise, de tomber dans l’escarcelle d’un géant américain. Apollo Global Management vient de mettre autour de 4,5 milliards d’euros sur la table pour s’offrir Prosol, le principal fournisseur de l’enseigne, créée à Givors en 1992. Une nouvelle illustration d’un phénomène de financiarisation qui ne cesse de s’amplifier. Lyon est devenu un vaste Monopoly où les géants de Wall Street se partagent la ville comme dans un jeu de société planétaire.
Basé à Chaponnay, à une trentaine de kilomètres au sud de Lyon, Prosol a réalisé près de 4,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur son dernier exercice clôturé fin septembre, avec 10 000 salariés. Le 16 décembre 2025, le fonds américain Apollo, qui gère 908 milliards de dollars d’actifs, a annoncé avoir signé un protocole pour racheter la participation majoritaire détenue par le français Ardian, l’un des leaders mondiaux de l’investissement privé. La transaction est prévue pour le deuxième trimestre 2026. La culbute est vertigineuse : en 2017, Ardian avait acquis 70 % de Prosol pour environ 1,7 milliard d’euros, huit ans plus tard la valorisation a presque triplé. Une opération juteuse qui illustre la logique implacable des fonds d’investissement : acheter, développer, revendre. Avec, au passage, le triplement d’un réseau passé de 130 à plus de 320 magasins Grand Frais.
Selon les chiffres de l’étude Worldpanel (ex-Kantar) relayés par le journaliste spécialiste de la grande distribution Olivier Dauvers, Grand Frais pèse désormais 1,6 % du marché français de la grande distribution (plus près d’Aldi que de Leclerc) mais surtout 6,8 % des fruits et légumes, son cœur de métier. Autant que Carrefour, plus qu’Auchan.
Ce n’est pas la première fois qu’Apollo s’intéresse aux joyaux industriels français. Le fonds a déjà mis la main en 2015 sur Verallia, la filiale emballage en verre de Saint-Gobain et sur l’équipementier aéronautique Latecoere (revendu depuis). Avec des résultats mitigés. Depuis vingt ans, Apollo a déjà investi près de 14 milliards d’euros sur le sol français.

@MaxPPP
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