Popularisée par le cinéma, saluée pour ses résultats encourageants, la justice restaurative peine pourtant à décoller à Lyon. Cette pratique complémentaire à la justice pénale ne touche qu’une cinquantaine de personnes par an dans le Rhône, contre plus de 6 000 suivies par les services pénitentiaires locaux. En cause : un investissement humain et financier considérable que la seule bonne volonté des acteurs ne suffit pas à combler.
Dans Je verrai toujours vos visages, le film de Jeanne Herry sorti en 2023, une salle dans une prison réunit victimes et auteurs d’infractions. Face à face. Les larmes coulent, les mots sortent difficilement, mais le dialogue s’installe. Ces scènes fortes ont fait découvrir au grand public (1,2 million de spectateurs) la justice restaurative. Un espace de parole parallèle à la justice pénale, où les victimes peuvent être entendues et les condamnés se confronter aux conséquences de leurs actes. Néanmoins malgré la popularité du film, il reste encore du chemin pour que cet espace de libération de la parole dépasse le statut de pratique marginale à Lyon comme en France. Le principe, distinct de la médiation judiciaire qui vise la résolution d’un conflit, avait pourtant séduit entre Rhône et Saône. Les tribunaux lyonnais, saturés par les affaires, avaient vu d’un bon œil cette “justice alternative” permettant, en théorie, de réduire les chances de récidive des condamnés. Intéressant quand on sait que le taux de récidive des détenus après une peine de prison ferme est de 63 % cinq ans après la sortie de prison (SSER). Encensé pour son esprit “pionnier”, le tribunal de grande instance de Lyon avait même lancé dès 2016 une expérimentation audacieuse : une proposition de justice restaurative non pas après le procès, mais avant même le passage de la justice. Une mesure inédite en France, portée par des avocats honoraires. L’expérience avec une vingtaine de dossiers s’est conclue un an plus tard, avec “des résultats encourageants” selon les magistrats chargés de l’expérimentation, mais laissant entrevoir l’investissement nécessaire en temps et en moyens financiers pour une réelle massification.
Une lente institutionnalisation
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Justice restaurative : “Sur la récidive, les données disponibles restent limitées et débattues”