Orange Cash : un cheval de Troie avec de grosses limites

Orange lance Cash, sa solution de paiement par mobile. L’opérateur n’a jamais caché son ambition de vouloir grignoter un peu de marge au secteur bancaire. Avec Cash, Orange s’offre un cheval de Troie avec de grosses limites.

Orange Cash ()

Est-il plus facile de payer avec sa carte bancaire sans contact, ou avec son téléphone ? Orange Cash va tenter de répondre à cette question. Cette solution lancée par le premier opérateur français permet de régler des achats inférieurs à 20 euros en passant simplement son téléphone sur un terminal compatible NFC (sans contact). Au-delà de 20 euros et jusqu'à 300 euros, l'utilisateur doit entrer un mot de passe. Contrairement à une carte bleue NFC qui peut être repérée à un ou deux mètres, Orange explique se distinguer avec un concept qui ne fonctionne qu'à quelques centimètres du terminal et serait donc plus sûr.

Cash permet aussi de payer ses achats en ligne en générant un numéro de carte bleue temporaire semblable à une e-carte bleue. Orange Cash est sans abonnement, ni engagement, il suffit de télécharger l'application pour s'en servir (jusqu'à certaines limites, voir plus bas).

Le service est compatible avec certains mobiles Android et Windows Phone, mais pas avec les iPhone. Selon Olivier Faure, directeur d'Orange Centre-Est, “Apple ne permet pas d'utiliser le NFC pour d'autres choses qu'Apple Pay, sa solution maison”. Dans tous les cas, Orange promet une sécurisation maximale des transactions, ce qui entraîne les grosses limites du système.

Les limites inhérentes à la sécurité des paiements

Orange Cash n'est disponible que pour les abonnés Orange, Sosh ou M6 Mobile. Il est impératif de posséder un mobile compatible NFC, acheté dans le réseau Orange et équipé de la surcouche logicielle nécessaire. Concrètement, un client qui achète son téléphone ailleurs que dans une boutique Orange ou sur le site de l'opérateur ne peut utiliser Orange Cash.

De même, impossible de payer avec son mobile si son smartphone vient d'un autre opérateur. Toujours pour des raisons de sécurité, les mobiles Android rootés ou flashés ne sont pas compatibles. Le mobile ne doit subir aucune modification logicielle. Interrogé par Lyon Capitale, Orange précise néanmoins qu'il sera possible de faire déverrouiller son mobile pour qu'il accepte les cartes Sim d'autres opérateurs. Ce “désimlockage” ne prive pas des fonctions Cash. Enfin, ceux qui pensaient déjà utiliser le service pour donner de l'argent de poche à leurs enfants peuvent se raviser : Cash est réservé aux plus de 18 ans.

Autre limite, cette fois-ci due à la simplicité pour ouvrir un compte : l'argent est hébergé sur des comptes en Allemagne, pays plus souple sur cette question. La plateforme pour l'acceptation des paiements NFC est en Angleterre.

Payer un peu pour payer

Alors que certaines banques se distinguent aujourd'hui en offrant des cartes de paiement gratuites, Orange fait un retour en arrière avec Cash. Pour pouvoir payer, il faut recharger son compte. Si cette opération est effectuée depuis une carte bleue dans l'application Orange Cash, l'opérateur facture 0,79 euro de frais. Pour ne pas les payer, il faut alors recharger par virement bancaire, forcément plus long et hors coût éventuel prélevé par sa banque, ou acheter un coupon de recharge. De même, si un proche décide de vous envoyer de l'argent, là encore, Orange facture 0,79 euro.

On regrettera l'absence de services supplémentaires pour les règlements. En cas de perte ou de vol du mobile, aucune assurance n'est proposée pour les possibles paiements frauduleux. Les clients doivent veiller à avoir un code de verrouillage sur leur mobile, mais l'argent ne sera pas recrédité, comme l'indique Olivier Faure : “C'est du cash, c'est donc comme si vous perdiez votre portefeuille.” Pour des raisons de sécurité, l'application demande le mot de passe Cash tous les cinq paiements inférieurs à 20 euros. Enfin, si vous ne recevez pas votre produit après un paiement en e-carte bleue, il faudra vous débrouiller. Orange Cash n'est pas PayPal.

Des offres pour convaincre

Histoire de faire passer la pilule et d'appâter le client, Orange offre 10 euros de crédit lors du premier rechargement (dans la limite de 150 000 clients). Jusqu'au 31 décembre 2016, lors de chaque paiement avec Cash, l'opérateur crédite un euro sur le compte (dans la limite de 25 euros par compte et par an). Orange a également mis en place plusieurs partenariats permettant d'avoir des réductions ou remboursements pour tout paiement avec sa solution Cash. Picard, Etam, Relay ou encore Flunch et Ikea font partie des premiers partenaires. L'application dispose aussi d'un système pour recevoir des bons plans géolocalisés.

Orange Cash tableau ()

Le cheval de Troie visant à transformer l’opérateur en banque

Au-delà de ces limites soulevées, qu'elles soient techniques ou en matière de frais, Cash s'impose comme le cheval de Troie parfait qui permettra à Orange de s'imposer sur le secteur bancaire. Lorsqu'on se penche sur le service, on distingue deux formules : Orange Cash et Orange Cash Plus. Dans les deux cas, il s'agit bien de vrais comptes bancaires capables de recevoir des virements ou de payer avec cependant des conditions différentes.

Un compte Cash peut être ouvert simplement, sans carte d'identité. Il permet d'avoir 1 000 euros sur son compte mobile, 2 500 euros de rechargement maximum par année civile et 500 euros maximum de rechargement par mois.

Les clients qui souhaiteraient lever ces limites de paiement peuvent opter pour Cash Plus, mais doivent transmettre une photocopie de leur carte d'identité et un justificatif de domicile. Le surclassement leur permet d'avoir 5 000 euros au maximum sur leur carte, 20 000 de rechargement maximum par année civile et 3 000 euros de rechargement au maximum par mois.

Cash classique ou Cash Plus ont, là encore, une contrainte : le montant maximum des transactions en point de vente reste de 300 euros. Une somme encore basse pour transformer nos smartphones en carte bleue.

Le plus intéressant reste donc de voir ce qu'Orange va faire de Cash. L'opérateur va-t-il passer à la vitesse supérieure en proposant des services d'assurances pour les paiements, voire une vraie banque en ligne à l'image des Boursorama ou ING Direct ? Les boutiques Orange pourraient-elles devenir un jour des agences bancaires ? Avec Cash, l'opérateur met un premier pied dans ce secteur, mais tout reste encore à faire.

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