Critiques

On avait beaucoup aimé le précédent, saisissant polar généalogique, polyphonique et angoissant, dans l'Italie des années de plomb. On aime moins celui-ci, qui joue beaucoup sur les codes du roman noir traditionnel. Les services spéciaux envoient deux barbouzes vicelards enlever la fille cachée "du plus dingue, du plus grand salaud des ces vingt dernières années" pour le faire sortir de sa planque. Mais l'opération tourne au massacre (franchement horrifique) et, vengeur, le tueur psychopathe quadrille le XIe arrondissement, autour du domicile du chef des forces spéciales, de morceaux de corps humains vivants... Le polar plonge alors dans les méandres de la psyché de cet agent double atteint d'une dissociation psychique soulignée par la fragmentation du récit. On savoure, ici et là, quelques morceaux d'anthologie des polars "à papa", avec des descriptions pas très light, pleines de gouaille et de bons mots. "La grenouille à cheveux verts flageolait un peu des cuisses. Pour elle, ça commençait méchamment à sentir la persillade et le beurre fondu" écrit François Boulay. Ou encore, à propos d'un face à face avant carnage : "les trois protagonistes ne se lâchaient plus des yeux. Ennio Morricone aurait su trouver les notes adéquates". Ennio Morricone se fait vieux, mais il pourrait effectivement illustrer ce polar-spaghetti avec plein de sauce tomate qui gicle.

Ground XO de Hannelore Cayre (Métailié noir)
Après les excellents Commis d'office et Toiles de maître, Hannelore Cayre livre le troisième volet des aventures de son anti-héros, le piètre avocat Christophe Leibowitz. Mis à l'épreuve pour conduite en état d'ivresse, Leibowitz se livre cette fois à de savoureuses confessions à son psy, qui émaillent le récit. Il héberge désormais une quarantaine de loseurs du barreau, "des confrères encore plus tarés que moi" dont le récit de la cohabitation épique vaut à elle seule lecture de ce polar. Toujours aussi désastreux dans sa défense des petites frappes, violeurs des cités et autres trafiquants de drogue, Leibowitz hérite providentiellement d'une marque de Cognac qu'il se met en tête de positionner sur le marché, juteux, des stars du rap, à l'image de ce qui se fait outre-Atlantique. Il plonge dans son carnet d'adresses de dealers et extirpe de taule un trafiquant de cocaïne qu'il charge de vanter, en rap, les vertus de son Cognac. L'histoire et les personnages sont aussi trash que le style, vif, enlevé, noir, très politiquement incorrect. Sous la plume d'Hannelore Cayre, un gangsta français est "un barbare urbain qui ne s'intéresse qu'au fric et au cul. Le plus fier et le plus moderne représentant des valeurs ultralibérales en France". Sans illusion ni angélisme, l'auteur (elle-même avocate pénaliste) décrit la machine judiciaire et le biz des cités avec un acuité jouissive tant elle est corrosive.

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