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Yoann Tricault : "Faire de la voile et habiter à Lyon, c'est possible"

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Yoann Tricault s’est lancé dans un drôle de défi. À 35 ans, cet ingénieur en gestion de projet à Lyon participe à une solitaire à la voile : Les Sables – Les Açores – Les Sables. Au programme, plus de 4500 kms dans l’Océan sur son "petit" voilier de 6 mètres 50. Après cette course, Yoann aura en ligne de mire la transat 650 en 2013. En ayant l’espoir de prendre part, un jour, à la très célèbre Route du Rhum. Quelques jours avant son départ, le skipper lyonnais s’est confié à Lyon Capitale.

Lyon Capitale : Yoann, comment vous est venu l’idée de faire de la voile ?

Yoann Tricault : En fait je n’avais pas de prédisposition particulière pour faire de la voile. Même si je suis né à Rennes, ma famille n’était pas passionnée par cela. La passion pour ce sport m’est venue de ma mère. Elle travaillait à la Banque Populaire qui est un sponsor depuis longtemps de la voile. Un jour elle m’a ramené un poster de Francis Joyon (recordman du tour du monde à la voile en solitaire, Ndlr) et depuis j’ai commencé à suivre ce sport. Après, à 30 ans, j’ai eu une révélation. Je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette au lieu de regarder les compétitions. En 2007, j’ai participé à un convoyage (faire parti d’un équipage lors d’un transfert de navire) de Marseille aux Antilles. C’est là que j’ai réalisé que je voulais vraiment naviguer.

Arrivez-vous à concilier votre vie professionnelle et privée avec votre passion ?

Pour l’instant oui (rires). J’ai une femme géniale de ce côté là. Et mon employeur me laisse l’opportunité de relever ce défi. Bien sûr, je ne travaille pas à plein-temps. Tous les quinze jours je dois monter à Lorient pour être sur le bateau. C’est un rythme de dingue. Quand je vais là-bas, je dors sur le bateau pour ne pas avoir des frais supplémentaires. J’ai aussi un fils de un an et une fille de trois ans donc ce n’est pas évident.

Portrait Y Tricault ()

Vous ne leur manquez pas trop ?

Ils sont encore trop petits pour se rendre compte réellement de mon absence. Mais j’espère qu’ils seront fiers plus tard. Ma fille sait que ce que je fais. Elle répète souvent à ma femme : "Papa bateau" ou "papa encore bateau" (rires). Quand elle en voit, elle pense à moi. Il m’est arrivé une histoire exceptionnelle pour la naissance de mon fils. J’ai fait ma première course en solitaire en mai 2011 à La Baule. A peine arrivée, ma femme m’a appelé pour me dire qu’elle avait ses premières contractions. Je suis donc parti juste après la remise des prix. Arrivé à Lyon, une heure après, elle accouchait. En une journée, j’ai connu énormément d’émotions.

Que recherchez-vous dans la pratique de la voile ?

Le dépassement de soi. Pour moi être en solitaire est la quintessence. Il faut tout maitriser. En plus, nous naviguons sur des bateaux très inconfortables. Ils sont très bas et dès la moindre vague, on est mouillé. Sur la course "Les Sables – Les Açores – Les Sables", la météo est déterminante. Si elle est capricieuse avec beaucoup de vent, je ne vais pas dormir beaucoup. Un skipper doit justement savoir gérer son sommeil. On s’entraîne à dormir par tranche de 20 minutes car il y a toujours des réglages à vérifier. En plus, la particularité de cette course est qu’on n’a pas de moyens de communication. Juste une petite radio qui émet à 20 kms du bateau. Comme ça, on est tous sur un même pied d’égalité car il y a aussi des skippers professionnels qui concourent. On veut mettre en avant le bateau, le marin et la météo. Ce que j’aime, c’est qu’on est confronté à soi-même. A la fin ça vous change un bonhomme !

Vous n’appréhendez pas un peu pour votre première course en solitaire au large ?

Il n’y a pas si longtemps, j’avais hâte que l’événement approche. Aujourd’hui, on peut dire que ça a un peu changé. On est dans la préparation, dans les derniers réglages, donc forcément la pression monte un peu. Lors de ma première course, j’ai eu des hallucinations parce que je n’avais pas assez dormi. Je croyais qu’il y avait un gars avec moi... J’en rigole mais ça peut être très dangereux.

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Cela doit être difficile de financer son propre bateau ?

Effectivement, c’est une des grosses difficultés de la voile. J’ai recherché des partenaires à Lyon mais il est difficile d’en trouver. J’ai le soutien du cabinet de conseil NIS mais ce n’est pas suffisant pour couvrir tous les coûts. Cette année, je voulais vraiment faire cette course. J’aimerais réaliser à terme un bateau 100 % lyonnais avec de nombreux sponsors du Rhône. Je compte sur cette course pour trouver d’autres partenaires.

A travers votre défi, quel est le message que vous voulez faire passer ?

Je voulais prouver qu’on peut arriver à n’importe quoi en partant de zéro. En Bretagne, quand les gens apprennent que je viens de Lyon, ils me disent que je suis complètement malade ! (Rires). Dans la vie rien n’est impossible. Et justement, pour cette course, mon bateau s’appelle "c’est possible". L’objectif est d’aller au bout de cette mini-transat. Pour ma famille et mon partenaire.

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