©UTMB Martha Bacardit

Trail : "la TDS est plus technique et plus sauvage que l'UTMB"

Organisateur de l'UTMB Mont-Blanc qui se tient jusqu'au 1er septembre, Michel Poletti est aujourd'hui l'un des incontournables de l'univers trail. Interview.

Lyon Capitale : Pourquoi avoir modifié le parcours de la TDS ?

Michel Poletti : C’est une longue histoire. En 2003, pour la première édition, l'UTMB passait par Vallorcines, qui n'est pas tout à fait sur le parcours du tour du Mont-Blanc. En 2007, alors que l'UTMB était devenu une belle manifestation, nous sommes passés par le village de Saint-Gervais, qui n'était pas non plus sur le parcours du tour du Mont-Blanc.

Toutes ces années, on est passé aux Chapieux, commune de Bourg-Saint-Maurice. Les élus avaient très envie qu'on passe aussi par Bourg-Saint-Maurice, en faisant un détour par le Sud. Mais c'était impossible pur l'UTMB. Donc, en 2008, quand on a pensé à la création d'un nouveau parcours, qui allait devenir la TDS (acronyme de « Sur les Traces des Ducs de Savoie », le parcours empruntant une grande partie de l'ex-duché de Savoie en passant par des chemins historiques, NDLR), on a immédiatement repensé à ce qu'ils nous avaient proposé. Ils nous ont fait découvrir le Passeur de Pralognan (passage entre Bourg-Saint-Maurice et le Beaufortain), dont ils ont spécialement refait le sentier pour y accéder. D'ailleurs, petite parenthèse, l'une des caractéristiques de cette course est d'avoir permis des sentiers qui avaient disparu. Cette année, au col Chavannes, on a refait une descente. Dès 2009, entre Bourg-Saint-Maurice (50e kilomètre) et le col du Joly (114e kilomètre), quasiment tous les sentiers étaient inexistants et ont été restaurés grâce à la TDS.

Parenthèse fermée, ce faisant, on faisait passer les coureurs par les hauteurs de Beaufort (Cormet de Roselend) et de Hauteluce (col du Joly), sans jamais traverser les villages à proprement parler. On a alors expliqué à ces communes qu'on était déjà sur un parcours de 120 kilomètres et que la course était suffisamment difficile pour rajouter du kilométrage. Pendant les quatre cinq premières années, les inscriptions à la TDS n'étaient pas complètes, on la comblait avec les recalés de l'UTMB et de la CCC. Depuis quelques années, la TDS se fait au tirage au sort et c’est de plus en plus compliqué de réussir à décrocher un dossard. Ces dernières années, au moment du debriefing avec les deux communes, comme on le fait à chaque fois avec tous les territoires traversés, revenait sans cesse cette question : pourquoi ne pourriez-vous pas traverse nos villages de Beaufort et Hauteluce.

Et cette année, on s'est dit que c'était jouable.

23 kilomètres et 1 800 mètres de dénivelé positif en plus quand même ! Si on voulait faire passer la TDS dans le centre de Beaufort et Hauteluce, on était obligé d'allonger le parcours. On a beaucoup travaillé avec les communes sur la construction du parcours, ainsi qu'avec le local de l'étape, Thierry Bochet (vainqueur de la Petite Trotte à Léon (PTL), 300 km et 25 000 m D+ en 100 heures, record de l'épreuve, NDLR) qui fait partie de la commission parcours de l'UTMB. On s'est tous mis autour d'une table avec une grande carte et on a regardé ce qu'on pouvait faire. Cette année, la course traversera des lieux incontournables du massif du Beaufortain, comme le Pas d’Outray, avec sa vue imprenable sur la Pierra Menta et le Grand Mont, lieux mythiques du ski alpinisme, mais aussi Hauteluce avec ses hameaux typiques et sa vue imprenable sur le Mont-Blanc.

Le dessin de cette nouvelle TDS a-t-il été compliqué à mettre en forme ?
On avait en ligne de mire de passer par Beaufort et Hauteluce. Les gens connaissaient bien leur pays, nous aussi. Donc le parcours est sorti assez facilement.

La TDS nouvelle version sera donc plus difficile...

Pour avoir fait la reconnaissance, je peux vous assurer que c'est une course qui a grimpé d'un cran en difficulté. Jusqu'en 2018, elle était jugée presque aussi difficile que l'UTMB. Là, de la TDS ou de l'UTMB, quelle sera la course la plus dure ? La question se pose vraiment. Une chose est sûre, la TDS est plus technique et plus sauvage que l'UTMB.

Et il y a toujours plus de demandes malgré ou à cause de cette rallonge...

Oui, on a encore gagné en demandes. La TDS a été complète à 223 % soit 3 566 demandes pour 1 600 places, soit moins d'une chance sur deux d'être tiré au sort (en comparaison, en 2018, la TDS n'avait été complète « qu' » à 127 %, NDLR). Le caractère sauvage et technique de la TDS séduit les gens. On a voulu créer une vraie alternative à l'UTMB et je crois que ce sera réussi.

Quelles sont les caractéristiques de cet appendice ?

Le parcours est strictement identique jusqu'au Cormet de Roselend. La bifurcation pour cette nouvelle boucle se fait au hameau de la Gittaz, au 74e kilomètre : au lieu de traverser vers le col du Joly, on monte dans les alpages en prenant un peu plus sur la gauche. On passe par le col ouest de la Gittaz, une longue traversée puis une descente et une remontée jusqu'au Pas d'Outray. On est alors dans une section de quelques kilomètres dans une zone sauvage, isolée et très belle. De là, on a une longue descente d'un peu plus de six kilomètres et 1 500 mètres de dénivelé négatif jusqu'à Beaufort. Cette section est un peu plus difficile, plus sauvage et plus technique que l'ancienne traversée vers le col du Joly. Beaufort sera une belle base de vie, dans un grand gymnase, avec beaucoup de confort et plus facile pour les accompagnants. Ensuite, direction Hauteluce, sept kilomètres et 500 D+ plus loin, puis le mont de Vores et son ambiance alpestre et verdoyante où paissent les tarines et les abondances, sept kilomètres et presque 900 D+ plus loin, puis le parcours rejoint le col du Joly en passant sous l'aiguille Croche. Cette nouvelle TDS sera donc plus facile à suivre pour les accompagnants.

Comment avez-vous recalculé les barrières horaires ?

Sur l'ancien parcours, on était sur un temps maximum de 34 heures pour boucler les 122 kilomètres et 7 300 m D+. Sur ce nouveau parcours de 146 km et 9 100 m D+, le temps maximum sera de 42 heures. Pour le calcul des nouvelles barrières horaires, on s'est appuyé sur le la vitesse requise par les coureurs les plus lents à partir de l'indice Itra. Cet indice correspond au potentiel de vitesse de chaque coureur sur une échelle de 1000 points. Il s'agit de l'indice de performance minimum pour pouvoir terminer la course dans le délai imparti (à partir de 800 points, les hommes sont considérés comme élites, à partir de 700 pour les femmes, NDLR). Pour la TDS, l'indice Itra minimum pour terminer la course dans le temps imparti est de 410 points.

C'est clairement une TDS qui se muscle, avec un ratio de 62,7 mètres D+/km contre 59,8 mètres D+/km pour l'ancienne...

Cette nouvelle TDS devient équivalente d'un UTMB en difficulté. Mais la grande différence entre l'UTMB et la TDS réside dans le fait que pour l'UTMB, les coureurs passent deux nuits dehors. Par contre, la succession des montées, ravitaillements, cols, villages est plus régulière et donc rend l'UTMB plus facile que la TDS. Pour la TDS, on est plus longtemps en altitude, et à des hauteurs plus élevées. Sur certains passages, on est vraiment loin de tout. On peut dire que la TDS fait partie des gros ultras du calendrier international de trail running. La TDS est plus pour les amoureux de la grande nature, la comparaison avec le Tour de Franc,c’est plus pour l'UTMB.

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