"Éloge du mouvement", une conversation passionnante avec J-Marcel Ferret

Etienne Bulidon, ostéopathe à Lyon depuis 2012, vient de publier un livre intitulé « Éloge du mouvement ». Des informations et anecdotes passionnantes distillées par Jean-Marcel Ferret, l'ancien médecin de l'OL et de l'équipe de France de football. Explications.

Lyon Capitale : De rédiger un livre en questionnant Jean-Marcel Ferret, pour vous, c'était une évidence ?

Étienne Bulidon : J’imaginais que c’était une évidence mais je n’imaginais pas que cela allait être aussi intéressant. Je ne l’ai pas interviewé parce que je voulais faire un livre. Je l’ai interviewé parce que je commençais à travailler dans le monde professionnel et donc consciencieusement, je me suis accordé du temps pour aller rencontrer des spécialistes. J’ai su que Jean-Marcel Ferret revenait à Lyon, en provenance du Moyen-Orient, je l’ai donc contacté par mail pour prendre un café et il a accepté de me voir. Lors de cette rencontre, il répondait à toutes les questions que je lui posais de manière claire et cela se voyait qu’il avait énormément d’expérience. Il était crédible, c’était tellement clair que je me suis dit que tout le monde pouvait comprendre ce qu’il racontait. Comme il est en fin de carrière, je ne pouvais pas laisser cette personne partir à la retraite comme cela. Il fallait que tout ce qu’il raconte soit davantage connu et notamment l’utilisation abusive des anti-inflammatoires. Également ce qu’il explique au sujet des médecins. Ceux-ci mettent tout le monde au repos à la moindre douleur, pour de l’arthrose notamment. Toutes ces choses-là sont des éléments que j’exprimais déjà personnellement. Mais c’est compliqué de faire passer un message quand on est un ostéopathe de 28 ans peu connu. Tandis que là, c’est Jean-Marcel Ferret, il n’y a personne de plus crédible que lui dans le monde de la médecine du sport en France.

En effet, ce qui est surprenant c’est la liberté de parole de Jean-Marcel Ferret. Il pourrait faire attention à ce qu’il dit par rapport à sa notoriété, à ses anciens clients (il a notamment travaillé à l’OL, équipe de France de football). Pourtant, on sent qu’il souhaite vraiment transmettre, informer, éclairer et alerter...

Exactement, cette notion de liberté, c'est ce qui me plaît aussi chez lui. Il est pur. Ce qu’il dit, il l’a expérimenté, il ne le dit pas pour rien. De plus, il est très honnête. Il dit d’ailleurs dans le livre qu’à la fin de sa carrière, il n’était plus invité par les laboratoires. Il parle des visiteurs médicaux qui ont tendance à corrompre l’esprit des médecins. C’est quelque chose que peu de gens osent dire. Il est en fin de carrière, il ne va plus exercer et il n’a plus rien à prouver donc il peut se permettre de le dire. Mais au-delà de cela, je pense qu’il a été honnête et intègre durant toute sa carrière.

Sincèrement, vous imaginiez qu'il allait autant se livrer ?

Souvent, il y a un peu de restriction dans ce que l’on va dire dans le monde de la médecine pour ne pas choquer les autres. Personnellement, je dis aussi ce que je pense, je n’ai pas problèmes avec cela. Mais c’est vrai que j’ai été surpris par son franc-parler. Je vois beaucoup de médecins qui ne se mouillent pas trop, Jean-Marcel Ferret, lui, il assume.

A qui s'adresse votre livre « Éloge du mouvement » ?

Il s’adresse à beaucoup de monde. Premièrement, à tous les gens du corps médical, tous ceux qui sont amenés à travailler avec des sportifs puisqu’il y a des notions de base à comprendre. Par exemple, cette notion de mise en avant du mouvement qu’il faut promouvoir plutôt que la mise en avant abusive de la médication. Il y a aussi la notion d’ouverture d’esprit, de travail d’équipe parce qu’il y a beaucoup de personnes qui se tirent dans les pattes. Notamment entre les kinésithérapeutes et nous, les ostéopathes alors que l’on devrait tous travailler ensemble. C’est une idée qui me tient vraiment à cœur dans ce livre. Donc toute personne qui voit des patients devrait être intéressé par cet ouvrage. On pourrait se dire qu’un psychologue, il n’y connaît rien à cette problématique, et pourtant, il y a des notions qui se révèlent intéressantes pour toutes personnes en lien avec des patients. Ensuite, il y a des choses à tirer pour les sportifs amateurs. J’ai eu de très bons retours de ces personnes-là. Il y a des passages qui leur parlent bien. On a tous eu un croisé, des déchirures ou des tendinites. Quelqu’un qui n’est pas dans le métier va ramer un peu sur certains chapitres, mais il peut quand même tirer pas mal de choses de tout cela. Finalement, tout le monde s’y retrouve je pense, en fonction du degré de connaissance sur le sportif et la santé.

Malgré tout, il y a déjà des ouvrages qui existent sur le sujet. Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée de votre livre ?

Il y a beaucoup d’ouvrage de médecine du sport mais ceux-ci sont très spécifiques, à base de protocoles. Ils sont très théoriques et donc indigestes pour le grand public. Tandis que dans notre livre, le contenu théorique est mis en forme dans un dialogue, ce qui je trouve, rend le sujet plus abordable. La différence est vraiment basée sur le fait que cela soit mis sous forme de discussions et que le lecteur se sente comme s’il était en train de parler avec Jean Marcel Ferret. On ne rentre pas trop dans les détails, comparés à certains livres de médecines du sport, qui sont incompréhensibles pour 99 % des gens. Je pense que notre ouvrage est accessible pour 25 % de la population. Jean-Marcel (Ferret) préfère que le patient comprenne ce qu’on lui fait. Et pour avoir un discours clair envers le patient, il faut avoir compris beaucoup de choses. La valeur ajoutée est le gros travail qu’il y a derrière toute la carrière de Jean-Marcel. Cela lui permet de rendre des choses accessibles et compréhensibles pour des non spécialistes.

Forcément, certains n’auront pas le même regard que lui, est-ce l’objectif de créer du débat à travers ce livre ?

Oui, cela va forcément créer un petit peu de débat. Peut-être que mon estime pour Jean-Marcel (Ferret) est trop haute, mais je me demande qui va débattre avec quelqu’un qui a une carrière comme lui. Donc non, l’idée n’est pas de débattre en fait. L’idée est de dire : voilà ce que j’ai expérimenté pendant 40 ans, ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, ce que je sais et ce que je ne sais pas, et après vous en faîtes ce que vous voulez. Le débat n’était pas l’objectif.

Par exemple, il dit : « quand on dit que le sport ne fait pas maigrir, c’est faux », cela va forcément faire bondir des gens puisqu’on entend parfois l'inverse ?

Pourquoi dit-on l’inverse ? Que dit-on ?

Que ce n’est pas le sport qui fait maigrir...

Qu’est-ce que c’est alors ?

C’est lié à l’alimentation. Le sport, c’est principalement de l’entretien. On répond souvent aux personnes ayant des problèmes d’obésité ou de surpoids qu’il ne faut pas qu’elles fassent de sport, il faut qu’elles fassent d’abord attention à leur alimentation...

Ah bon ? Qui dit cela ? Peut-être que ce genre de phrase va faire un peu débat, mais je pense que tout le monde est à peu près d’accord sur le fait que, pour un apport calorique similaire, une personne faisant 2 heures de vélo par jour, va maigrir davantage que celle qui ne va rien faire. En revanche, si celui qui fait du vélo mange mal à côté, il va moins maigrir que la personne qui mange sainement et qui ne fait pas de vélo. Quand tu fais du sport, tu maigris forcément. Même si cet exemple est simplifié évidemment.

Pour vous, c'est une évidence mais ce n’est pas le cas pour tout le monde...

Oui, il faut que je travaille là-dessus parce que je suis vraiment pointu dans mon domaine. L’objectif est de faire réfléchir, de titiller les esprits.

Ces nombreux heures à échanger avec Jean-Marcel Ferret ont-ils changé votre approche avec vos patients ?

Oui à 100 % parce que quand j’ai commencé le travail avec Jean-Marcel Ferret, je travaillais déjà avec des sportifs professionnels. Imaginez la pression que j’avais, j’expérimentais un peu dans un nouveau milieu. Jean-Marcel (Ferret) qui avait énormément de recul dans ce milieu professionnel m’a guidé. J’ai retransmis dans le livre tout ce qui était intéressant pour le public mais en privé je lui posais toutes les questions sur mes interrogations personnelles. C’est mon mentor en médecine du sport et je pense que si je ne l’avais pas rencontré, je ne serais pas aussi serein et confiant aujourd’hui dans la prise en charge de mes patients et plus spécialement les sportifs. Ce livre, je le partage mais je ne gagne pas d’argent. Quand on voit le temps que j’y ai passé, le fait de faire imprimer localement avec du papier recyclé, cela me coûte cher. Finalement, je n’en tire presque aucun bénéfice. Mais la valeur n’est pas financière, elle est dans ce que j’ai appris avec Jean Marcel (Ferret) et cela a beaucoup plus de valeur que le peu d’argent que cela va me rapporter.

Vous travaillez avec de nombreux sportifs, sont-ils des patients comme les autres ?

Non pas du tout (rire). Déjà parce qu’il y a de l’enjeu. Beaucoup de gens disent que les sportifs sont des patients comme les autres mais ce n’est clairement pas le cas. En médecine du sport, tu as une obligation de résultat alors qu’en médecine classique, il y a une obligation de moyens. En médecine du sport si tu n’as pas de résultats, si tu n’es pas bon, tu es viré. C’est pour cela que ce ne sont pas des patients comme les autres. Il y a beaucoup de joueurs qui ont des problèmes et une demande complexe. On ne peut pas regrouper les patients traditionnels dans un sac et les patients sportifs dans un autre. Chaque patient est différent. Mais pour moi, la prise en charge d’un sportif est différente d’un patient lambda car les exigences sont différentes. Par exemple, l’entretien d’une Ferrari sera différent de celui d’une Megane. Une Ferrari, cela s’entretient entre chaque course alors qu’une Megane c’est tous les 10.000 km.

Il y a forcément des enjeux financiers. Vous devez souvent en parler avec eux….

Oui complètement. On ne parle pas de … (il se reprend). Quoique si on en parle. Par exemple, je suis avec un sportif qui est en fin de contrat et clairement s’il ne joue pas, il ne signera pas de nouveau contrat l’année prochaine, ou alors s’il signe, il risque de gagner beaucoup moins qu’il ne gagne actuellement. La valeur des joueurs augmente et diminue en fonction des performances, la performance dépend de l’état de santé du joueur, et celui-ci dépend en partie de moi. C’est pour cela que ce n’est pas du tout pareil qu’un patient traditionnel. Les patients que je vois à mon cabinet ont par exemple mal au dos. Il y a un peu d’enjeu parce s’ils ont une tendinite, ils ne peuvent plus travailler. Mais dans le pire des cas, ils touchent le chômage. Ce n’est pas une question de centaines de milliers d’euros comme pour les sportifs professionnels. Cela ne se dit peut-être pas trop mais voilà, pour moi ce n’est pas pareil.

À l’image de Jean-Marcel Ferret, qui a collaboré avec l’Olympique lyonnais ou encore l’équipe de France de football, envisagez-vous de collaborer avec un club ou une fédération ?

J'aime bien être libre. L'été dernier, il y a le CSKA Moscou qui m’a proposé de travailler pour eux, ce qui m’amenait à déménager à Moscou. Le club de basket-ball du CSKA est le meilleur d’Europe, le plus prestigieux en tout cas. J’ai refusé parce que mon objectif actuel est de devenir le meilleur en ostéopathie et pour cela, j’ai besoin de toucher à beaucoup de choses différentes. C’est ma façon de faire, je suis comme cela. J’aime bien explorer, voyager, interviewer des gens. M’enfermer dans un club, cela ne me correspondrait pas. En tout cas pas à ce moment-là de ma vie. La preuve, j’ai refusé une offre de l’un des meilleurs clubs d’Europe. Je ne suis pas attiré par un club, mais je le suis pour l’équipe de France. Je soigne actuellement la moitié des joueurs de la sélection française en privé. Je pense que devenir ostéopathe des Bleus deviendra naturel. On verra si le sujet m’intéressera toujours mais on va sûrement me le proposer à un moment donné j’imagine.

Vous utilisez beaucoup les réseaux sociaux et notamment Instagram. C'est un outil indispensable pour se faire connaître ?

Beaucoup de personnes sont très douées et évoluent très bien sans Instagram. Moi j’aime bien car cela me permet de me remettre en question. J’ai un collègue kinésithérapeute sur Instagram qui dit que c’est une formation continue. C’est-à-dire que, quand tu dis ce que tu penses, tu dois vérifier tes sources, tu dois réfléchir avant de t’exprimer et tu te mets en danger en t’exposant. Je trouve que cette action de se mettre en danger, de parler devant les gens, te pousse à te remettre en question et à te mettre dans une dynamique d’évolution intéressante. C’est ce que je recherche, donc cela m’aide beaucoup. Aussi, je devrais passer plus de temps pour rencontrer les gens mais avec les messages privés, tu peux en rencontrer énormément. Quand tu as 18.000 personnes qui te suivent et qu’ils te voient en photo avec des personnes connues, cela aide. Ton nom prend de la valeur grâce aux réseaux sociaux. J’ai des gens qui viennent de l’autre bout de la France pour me consulter et pourtant je ne suis pas meilleur qu’il y a un an, quand j‘avais beaucoup moins d'abonnés. C’est juste que l’approche sociale fait que cela aide. Mais je ne dirais pas que c’est indispensable. C’est un petit coup de pouce.

Pour finir, selon vous, quelles informations faut-il absolument retenir après avoir lu votre livre  ?

Il y a plusieurs choses. Tout d'abord, il y a déjà celle du mouvement évidemment. Qu’il soit physique ou psychique, j’ai envie que les gens bougent. Il y a beaucoup de personnes qui bougent de moins en moins parce qu’on leur donne tout. Que ce soit au niveau de la sédentarité physique ou au niveau de la sédentarité mentale, à force de regarder la télévision par exemple. Je veux que les gens se posent des questions. Il y a cette notion de mouvement à tous les niveaux. J’aimerais aussi casser les limites du médicament. Je ne suis pas contre l’industrie pharmaceutique mais nous connaissons très bien les lobbies et les enjeux énormes qu’il y a derrière. Il y a aussi la façon dont les médecins sont formatés à prescrire. Ceux-ci travaillent tellement qu’ils n’ont pas le temps de s’ouvrir un peu l’esprit. Pourtant, tout médecin intelligent qui s’ouvrira un peu l’esprit, prescrira moins de médicaments après avoir compris certaines choses. J’aimerais que les gens se soignent avec des moyens mécaniques plutôt que chimiques. En somme, j'invite vos lecteurs à se bouger, à se mettre en mouvements.

Plus d'informations sur le livre "Éloge du mouvement"

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