Dopage : comment les joueurs de l'OL sont-ils contrôlés ?

Hypocrisie ou réalité, le sujet est en tout cas très tabou dans le milieu du ballon rond.

Cet été, le Tour de France a une nouvelle fois été ébranlé par des affaires de dopage.

Depuis quelques années, difficile de dissocier dopage et cyclisme."C'est un réel problème dans le vélo, c'est presque culturel. Ceci dit, il ne faut pas se tromper, le dopage touche tous les sports", explique Dorian Martinez, psychologue du sport et créateur du site dopage.com. Et pourtant, s'il y a bel et bien une discipline qui ne fait pas beaucoup parler d´elle sur le terrain du dopage, c'est bien celle du football. Le 6 mars dernier, Robert Duverne, le préparateur physique de l'Olympique Lyonnais évoque dans le journal Le Monde le risque de dopage causé par le nombre infernal de compétitions.

"Le foot devient un spectacle. On fonce dans le mur. On met le foot en danger. Si on ne peut plus répondre au rythme infernal des compétitions par l'entraînement et la récupération, le risque est de faire appel au dopage." A l´époque, cette sortie médiatique de Duverne avait hérissé au plus haut point Jean-Michel Aulas. Comment interprété la réaction du président lyonnais ? "L´un des problèmes du foot, c´est l´enjeu économique", assure Gérard Dine, spécialiste des questions sur le dopage. Une courte enquête suffit à remarquer que le milieu du foot n'est pas enclin à parler dopage. De nombreux médecins ou dirigeants du football professionel vont tour à tour refuser de répondre à nos questions.
C'est d'abord le médecin de l'OL qui assure les contrôles
Le docteur de l´OL Jean-Jacques Amprino va lui au contraire jouer la transparence en affirmant qu´au sein du club de foot lyonnais, le dopage n´est pas un sujet sensible. (lire interview). Le club de foot de la capitale des Gaules veille apparement sur ses joueurs, mais force est de constater que les contrôles sont limités et peu fréquent.

Au cours de la saison dernière, sur les différentes rencontres, soit plus d´une cinquantaine (championnat, coupes nationales et Ligue des Champions) seulement une trentaine de joueurs de l'effectif professionnel ont subi un contrôle anti-dopage. Jean-Jacques Amprino estime pourtant que les clubs de football sont assujetis à de nombreux contrôles. "Nous sommes régulièrement contrôlés. Même si c'est pas toujours évident à gérer au niveau logistique, je trouve que c'est une bonne chose", explique le médecin de l´OL. Avant de rajouter : "A Lyon, depuis une dizaine d'années, au niveau du dopage, on a eu zéro cas positif. C'est plutôt bon signe et très encourageant." Selon différentes sources à l'UEFA, lors de la saison 2006 / 2007, l´OL a été contrôlé trois fois à l'entraînement.
Pas de tests sanguins pour les joueurs
Seulement, ces contrôles se résument à des tests urinaires et pour de nombreux biologistes, on ne peut pas déceler toutes les substances dopantes dans l´urine. Pour être efficace, il faudrait combiner tests urinaires avec des tests sanguins. En France, la lutte contre le dopage n'a jamais véritablement fait partie des priorités des politiques.

Dorian Martinez, psychologue du sport, attends des pouvoirs sportifs et politiques une réelle prise en compte de la prévention contre le dopage. "La prévention doit s'organiser concrètement et pour cela, il ne faut pas se voiler la face, il faut des moyens financiers. J'ai eu l'occasion de croiser Michel Platini (président de l'UEFA) qui a signé notre charte et j'espère que ses paroles et son engagement vont se concrétiser par des actes." Michel Platini aura du mal à faire entendre sa voix, notamment au sein de la toute-puissante Fédération internationale de football (Fifa) où le silence sur ce sujet est de mise.

Pour exemple, lors du dernier mondial, il n'y a eu aucun contrôle sanguin fait sur les joueurs. Le docteur Jacques Liénard, président du panel antidopage à l'UEFA, confesse : "on ne peut pas être derrière chaque joueur en permanence." On l´aura compris, le football a encore beaucoup de chemin à parcourir pour une lutte efficace contre le dopage.

Comparatif
Deux sports, deux approches de la lutte anti-dopage
Un cycliste professionnel
Contrôle : test urinaire et sanguin, effectué de façon inopiné et programmé, durant la préparation et la compétition. Le joueur est choisi par tirage au sort et en fonction de la performance.
Fréquence : entre 10 et 20 fois par saison selon le palmarès. Le coureur Rasmussen sur les seuls mois de juillet et d'août a été contrôlé 14 fois.
Sanction : un véritable arsenal répressif existe, 2 ans de suspension dès la première infraction et suspension définitive si récidive comme prévu par l'Agence Mondiale Anti-dopage.
Un footballeur professionnel
Contrôle : test uniquement urinaire, effectué de façon inopiné à l'entraînement. Le joueur est tiré au hasard. Ce test urinaire, similaire à celui dans le cyclisme, ne détecte ni les transfusions sanguines, ni les hormones de croissance, ni une partie des types d'EPO.
Fréquence : un joueur professionnel dans un club comme l'OL peut, statistiquement, être contrôlé 1 fois par an.
Sanction : c'est le sujet de friction entre l'AMA et la Fifa, l'aspect économique d'un joueur freine l'application d'une sanction systématique au profit d'une gestion au "cas par cas".

Les substances interdites (naturelles ou artificielles)
Les stimulants tels que les amphétamines, la cocaïne ou la caféine à forte dose.
Les agents anabolisants comme la nandrolone, la testostérone et la DHEA
Les narcotiques comme l'héroïne, la morphine, la méthadone,...
Les diurétiques qui sont utilisés pour perdre du poids ou diluer les produits dopants.
Les hormones comme l'hormone de croissance, la corticotrophine, l'EPO,...

En chiffres :
19
Lors de la saison 2006/2007, sur les 830 tests urinaires qui ont été prélevés en Ligue 1 et Ligue 2 , 19 cas se sont avérés être positifs dont 16 pour usage de cannabis.
3
Le football est le troisième sport le plus contrôlé, derrière le cyclisme et l'athlétisme.

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