ASVEL : objectifs nuls

Comme disaient Les Nuls : “quand on a perdu ses clés, on tuerait la terre entière“. L’ASVEL ayant perdu les clés de son jeu, c’est Ali Traoré, seul Villeurbannais à surnager dans cette galère, qui tuerait la terre entière. Samedi soir, après la défaite à domicile face au Mans (68-80), il assénait, révolté : “on est nul, c’est tout “. Ce à quoi Vincent Collet ajoutait pour tout débrief’ technique de la soirée : “j'ai honte“. Voilà où en est rendu le champion de France 2009, à qui on promettait des lendemains qui chantent : à la nullité et à la honte. En quatorze matches de compétitions française et européenne, l’ASVEL a gagné trois fois (dont deux face à des équipes très moyennes, Strasbourg et Poitiers). Et si elle peut encore espérer, sur le papier, une improbable qualification au Top 16 de l’Euroleague, elle est quasi relégable au tiers du championnat et pourrait bien regarder les play-offs à la télé. Une sacrée entaille aux objectifs du champion de France en titre. Explications d’un naufrage.

Un collectif au point mort

Moins ça veut, plus ça veut pas. Les faux pas du début de saison se sont transformés en spirale infernale où la tartine tombe toujours du mauvais côté … et en dehors du panier. L’an dernier la Kryptonite agitée par des Verts commandos devant leurs adversaires était une défense de fer. Mais cette année, l’abnégation n’y est plus et l’ASVEL défend moins bien. L’implication de certains joueurs, accusés de choisir leurs matchs (il faudra nous dire lesquels) serait en cause. Le problème c’est qu’en attaque c’est pire : le collectif villeurbannais, pourtant constitué de “ joueurs d’équipe “ est moribond. Ne jouant plus au basket (l’équipe est la plus avare de tirs à 2 pts tentés, synonymes de construction du jeu), l’ASVEL s’essaye au hand : la balle circule en périphérie et on shoote 3 pts comme on tire au pigeon, le plus souvent à blanc (2 sur 23 contre Nancy !). Et moins ça rentre, plus on tire, et plus on tire, moins ça rentre (dernière en terme de réussite à 3 pts alors qu’elle est la deuxième équipe au nombre de tentatives). C’est tout le symbole d’un mental dans les chaussettes qu’il va falloir ranimer, l’adresse étant avant tout une affaire de confiance. La victoire contre Zagreb (71-68) aurait pu aider, Vincent Collet y a cru, mais samedi soir l’ogre manceau s’est empressé d’éteindre la mèche.

Un recrutement bancal

Sans faire dans l’art divinatoire, on pouvait mesurer les risques du recrutement villeurbannais (il y en a toujours). On n’avait juste pas idée qu’ils se matérialiseraient tous en même temps : la propension à la blessure de Borchardt, qui n’a même pas eu le temps de s’acclimater à la Pro A ; un Bobby Dixon plus soliste que chef d’orchestre (aucune passe décisive samedi et une réussite en berne), capable de miracles comme des pires avanies ; les profils redondants des ailiers Foirest, Dewar et Lukauskis qui poussent le mimétisme jusqu’à être à la ramasse en même temps ; le niveau réel de Kangur, volontaire mais insuffisant pour l’instant. Paradoxe : l’ASVEL a peut-être trop voulu recruter “collectif“, mais en accolant à l’ensemble un meneur très peu académique (Dixon). Nul doute qu’un attaquant de caractère capable de prendre les matches à son compte (type Sean Marshall à Dijon ou Dee Spencer au Mans) n’aurait pas fait de mal, ce que l’arrivée de l’incisif Rawle Marshall confirme. Mais à sa décharge, l’ASVEL avait tablé sur la présence d’Amara Sy. Trop gourmand, l’Amiral a mis les voiles, privilégiant la NBA à l’Euroleague. Pour se retrouver en D-League, l’antichambre des recalés de la NBA, à un salaire six fois inférieur à l’offre villeurbannaise (un peu comme si Karim Benzema avait quitté Lyon pour finalement jouer avec l’équipe des jardiniers du Real). C’est peut-être le départ de ce joueur clé qui a en quelque sorte rompu l’équilibre.

Le rôle de l’Euroleague

En plus d’ajouter des matches et des déplacements au calendrier, l’Euroleague a ceci de pervers pour les clubs français qu’elle peut-être traumatisante à force de défaites, voire de corrections. Peu de clubs français ont bien vécu leur arrivée ou leur retour en Euroleague (Orléans, finaliste l’an dernier, est également au plus mal). Mais le phénomène aurait dû être amorti par Vincent Collet qui a déjà connu cela au Mans. Qui plus est, à ce niveau, l’effectif villeurbannais montre ses limites et on peut se demander si certains joueurs ont le niveau (Kangur, Dewar, Lukauskis pourtant pas novice), alors même que l’ASVEL s’est séparée pour cette raison de Reynolds et Troutman (qui flambe en Italie). On peut également regretter que Curtis Borchardt, au format davantage taillé pour l’Euroleague que pour la Pro A, n’ait pas eu le temps de montrer plus de choses à ce niveau.

Et Collet dans tout ça ?

Au foot, Vincent Collet aurait déjà trouvé ses valises devant la porte de l’Astroballe. Mais, même s’il a contribué avec l’encadrement à une ou deux erreurs de casting (Kangur, Lukauskis, un meneur à l’opposé de sa philosophie de jeu…), difficile de croire que l’entraîneur de l’ASVEL et de l’équipe de France (qu’il a littéralement ressuscitée l’été dernier), soit soudainement devenu incompétent. Impuissant à redresser la barre en revanche, oui. Car ce qu’il faut à l’ASVEL en ce moment, c’est un psy. On peut même penser que sa sortie post-Le Mans (“ j’ai honte “) participe d’une volonté de provoquer un électrochoc. Mais même avec toute la confiance placée en Collet par le staff, il va falloir que ledit électrochoc intervienne rapidement. Sans quoi l’ASVEL, si ambitieux il y a peu, court à la catastrophe.

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