Abdel Redissi, le fidèle kiné de l'OL

Seuls les mordus du club lyonnais le connaissent. Pourtant, Abdel Redissi est l’une des figures de l’OL depuis deux décennies. Un kinésithérapeute "comme les autres", précise-t-il, qui ne lâcherait son travail pour rien au monde.

Il a fallu lui courir après. Non pas parce qu’il fuit les médias mais Abdeljelil Redissi, plus communément appelé "Abdel", est un kiné très occupé. Pendant une heure, ce dinosaure de Tola Vologe, pour reprendre une expression chère à Jean-Michel Aulas, va évoquer avec envie son métier. Depuis maintenant 22 ans, il exerce "sa passion" selon ses propres mots au sein de la maison OL. "Bruno Genesio et Remi Garde je les ai eus en soins comme joueurs quand je commençais. Aujourd’hui, ce sont eux les entraîneurs. C’est marrant", raconte-t-il d’emblée, hilare.

« Il faut savoir accepter le travail de l’ombre »

Il entre à l’OL lors d’un stage, obligatoire, dans le cadre de ses études en 1992. Par la suite, "un poste se libérait". Après trois ans au centre de formation avec Gérard Drevet et José Broissart, il prend en charge pour la première fois le groupe professionnel sous les ordres de Guy Stéphan en 1995. A l’époque, il rencontre deux personnes qui aujourd’hui encore sont ses collègues de travail et ses amis : Robert Duverne, le préparateur physique et Patrick Perret, le deuxième des trois kinés (le troisième étant Sylvain Rousseau, qui s’occupe plus particulièrement des joueurs blessés). "On a une grande confiance entre nous", indique Abdel.

Un travail de l’ombre. Les kinésithérapeutes effectuent un travail 7 jours sur 7 et parfois 24h sur 24 lors des déplacements. "On est au service des joueurs", annonce-t-il sobrement, d’une voix posée. Souvent confinés dans les salles à côté des terrains de Tola Vologe, le fruit de leur travail n’est pas forcément visible aux yeux de tous. Mais la reconnaissance extérieure n’est pas recherchée par Abdel Redissi. "Le travail dans l’ombre, il faut savoir l’accepter. Après, au sein de la structure, on n’est pas cachés. On fait partie du staff, on vit avec l’équipe. On vit les bons moments comme les mauvais moments », glisse-t-il. Avant de poursuivre : « Ce n’est pas nous qui faisons gagner l’équipe, on participe éventuellement au fonctionnement mais on ne joue pas et on ne choisit pas les joueurs". La mission d’Abdel et ses collègues reste « le préventif et le curatif ».

"On est là pour tirer la sonnette d’alarme"

Chaque jour, ils doivent venir 1 heure avant l’entraînement… et ils repartent longtemps après sa fin. Un travail pas si différent d’un kiné classique pour celui qui fait également de l’ostéopathie quand il le faut. "On fait beaucoup de massages de prévention et de récupération. L’essentiel du travail est du préventif surtout pour éviter la blessure. Le sportif de haut niveau est une machine de précision par rapport au sportif amateur. La prise en charge doit être plus rapide, plus longue, avec plus de séances. Nous on les prend deux à trois fois par jour". Cependant, les kinés de l’OL n’interfèrent pas dans la préparation des entraînements, « surtout pas » prévient Abdel. Mais ils peuvent adapter les séances en concertation avec l’entraîneur et le préparateur physique pour un joueur qui en aurait besoin. "On est là pour tirer la sonnette d’alarme s’il y a un problème. On se réunit ensemble pour prendre la décision la plus adaptée sur un joueur. La discussion fait qu’on arrive à prendre la bonne", détaille-t-il.

Ce qui implique forcément des relations privilégiées avec les joueurs. Une des qualités principales d’un kiné est de rester à l’écoute des joueurs, sans que cela devienne le café du commerce. "A partir du moment où il y a une relation tactile, il y a forcément une relation particulière qui s’installe. Après, à nous de savoir les écouter, de savoir faire la part des choses quand il nous parle. On doit savoir ce qu’on doit répéter ou réutiliser. Il faut qu’il nous fasse confiance. Si le joueur a un ressenti sur le fonctionnement de l’équipe, sur l’intérêt du club, on fait intervenir les principaux intéressés. Ça arrive, en 22 ans". Les joueurs relèvent de leur côté le côté jovial de ce père de famille. Gaël Danic vient d’arriver de Valenciennes cet été. Le petit nouveau a vite été apprivoisé par Abdel : "Il est très proche des joueurs, toujours avec sa bonne humeur. Comme ça se passe bien, pendant qu’il me soigne, je lui apprends le breton…(rires)".

Duverne : "C’était ma référence en équipe de France"

L’hécatombe qui a touché l’OL en ce début d’exercice a forcément affecté un homme très attaché à son club. Mais, Abdel Redissi ne s’est pas senti menacé pour autant. "La blessure on ne peut pas l’anticiper. Après tu te poses toujours plein de questions car tu veux résoudre le problème avec le staff. S’il y en a un à résoudre. La loi des séries ça existe même si on ne veut pas y croire", affirme-t-il. Car Abdel en a vu d’autres en 22 ans de métier. Il ne veut pas dramatiser ces évènements et au contraire relever la tête : "Alors bien sûr qu’on se remet en question, mais tous ensemble. Car c’est un travail d’équipe. J’ai toujours pensé que l’erreur individuelle doit être récupérée par l’équipe, que ce soit sur le terrain ou en dehors. A part essayer de ramener les joueurs le plus vite possible, ça ne sert à rien de se retourner et de regarder sans cesse derrière".

Généreux. L’adjectif qui revient le plus lorsque l’on interroge ses collègues de travail. De Mouhamadou Dabo à Robert Duverne, tous louent le dévouement d’Abdel, toujours présent pour rendre service. "C’est avant tout un travailleur qui est très calé sur le haut niveau. Quand j’allais en équipe de France, je me basais sur ce que je réalisais avec lui à Lyon pour discuter avec les kinés en place", confie le préparateur physique des Gones. Une qualité que le principal intéressé ne renie pas. "Je suis croyant. Et je crois qu’il faut aider son prochain, aller vers l’autre, partager. C’est pareil dans le football, et surtout dans la vie". Parfois, sa générosité lui vaut des problèmes. Il y a quelques années, il prête sa voiture à un joueur… qui lui la rend en mauvais état suite à un accident.

"Sur le terrain, quand c’est grave, le joueur ne te répond pas"

Toutefois, ce fan de moto sait aussi se faire respecter. Hors de question de se faire prendre pour un "larbin" : "Le respect est primordiale. J’ai un mode de fonctionnement basé sur le respect. Il n’y a pas de souci, je suis là pour eux à partir du moment où la limite du respect ne tombe pas. Après bien sûr dans une carrière, il y a toujours des problèmes avec des joueurs. Mais ceux qui ont eu des soucis ici auront des soucis dans la société". Sur le comportement des jeunes, "Abdoul" comme le surnomme Maxime Gonalons, ne veut pas les blâmer : "Je me sens plus loin des joueurs par mon âge mais sinon je ne note pas de changement particulier. Il ne faut pas dire que les jeunes sont irrespectueux". Mouhamadou Dabo apprécie le travail de "son" kiné. Il lui rend hommage : "Si ça fait 20 ans qu’il est là, cela prouve bien que c’est quelqu’un de très important pour le club".

Avec Patrick Perret, ils se partagent le travail et les joueurs mais ce n’est pas systématique. "Forcément on a des atomes crochues avec certains joueurs", confie le septuple champion de France. Sur le terrain, Abdel et Pat’ rentrent chacun à leur tour pour secourir les blessés. Leur regard depuis le banc de touche est différent des autres : "On est attentif au match mais de manière différente. Une action peut nous donner des indications sur la gravité de la blessure. Après on connaît nos joueurs, ceux qui sont plus ou moins sensibles à la douleur. Quand certains restent à terre on s’inquiète plus que quand c’est d’autres". Mais il prévient également : "On pense qu’il y a beaucoup de bluff mais des fois un simple coup fait mal. Après la comédie fait partie du match. Tout de suite on demande où est la zone touchée. Après on ressent tout de suite si c’est grave ou pas. Si ça ne va pas, le joueur ne te répond pas".

Un homme partageur et dévoué

Certains sont altruistes sur un terrain de football, Abdel l’est dans la vie de tous les jours. Il parraine l’association "Un fauteuil pour la mer" avec Sébastien Squillaci (Bastia) et Rémy Riou (FC Nantes). Le but ? Permettre aux handicapés de pratiquer des sports nautiques et d’accéder à la plage. Heureux dans sa vie professionnelle, Adbel l’est aussi dans sa vie privée. "Le jour où ça ne me plait plus, je m’en vais. Mais là il n’y a aucune raison". Car Abdel Redissi a un emploi du temps très chargé. En dehors de l’OL, il est également directeur sportif du club de football de l’US Meyzieu (moins de 19 ans et seniors). Lundi, mardi, mercredi, jeudi et dimanche, direction l’Est lyonnais. "Dans la vie, il faut savoir donner sans rien attendre en retour. J’ai de la chance d’être en bonne santé et de bien gagner ma vie", explique-t-il. Avec un slogan en tête : « Partager ses différences, c’est refuser l’indifférence ».

Né en Tunisie, "Jelil" comme aime l’appeller Robert Duverne rend visite à sa famille une fois par an, "une richesse". Abdel n’a pas encore de projet pour le futur. L’OL lui tient particulièrement à cœur, comme la capitale des Gaules. "C’est le "mektoub" (c’est écrit, le destin). Je n’ai pas la réponse. Je n’ai pas envie d’aller en cabinet, de faire du libéral… A la retraite, si c’est pour aller en Tunisie et me retrouver seul même s’il y a la plage et le soleil… Je n’ai pas envie de m’embêter". Dans quelques années, il y a donc de grandes chances de retrouver Abdel Redissi dans sa ville, à Lyon, autour d’une table à jouer aux cartes avec des amis. Ou du côté des terrains de foot de Meyzieu au près d’enfants. Histoire de poursuivre ce don de soi…

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