Absentéisme, fraude, agressions : les chiffres noirs des TCL

Ce jeudi était rendu public le rapport 2011 de Keolis qui exploite le réseau lyonnais de transports en commun. La fréquentation et les recettes sont en hausse, mais la fraude et l'absentéisme des agents demeurent à des niveaux très élevés. Les agressions de voyageurs sont en légère augmentation, mais celles des personnels reculent.

Ce jeudi, l’employé, Pascal Jacquesson, directeur de Keolis Lyon, était derrière le patron, Bernard RIvalta, le président du Sytral. Il avait déjà rendu sa copie et n’avait plus vraiment droit à la parole. L’heure n’est plus aux justifications, mais à la présentation des résultats de l’exploitant sur l’année 2011. Et si plusieurs chiffres sont bons, notamment ceux de la fréquentation, des recettes et des kilomètres parcourus (lire ici), d’autres sont moins flatteurs, débattus au conseil syndical du Sytral.

Jusqu'à 21,9 % de fraude dans les bus

A commencer par le taux de fraude qui reste désespérément élevé : 15,1 %, même s'il est en repli d'un point sur un an. Un chiffre, à croire Keolis, qui serait meilleur qu'à Lille ou Marseille et voisins de ceux de Rennes et Bordeaux. Ce phénomène n'est presque plus vraiment un problème dans le métro où il a progressivement chuté au cours des années à mesure que le réseau se dotait de portiques de sécurité. A 7,9 %, il reste supérieur à l'objectif de 6 % défini dans le contrat de délégation, mais est bien inférieur à la fraude dans les bus (21,9 %) et dans les tramways (21,5 %) - des taux qui incluent la non validation des cartes Técély par des usagers qui se sont acquittés de leur abonnement.

"Ce sont des taux inacceptables", a grondé Bernard Rivalta qui a chiffré le manque à gagner pour les TCL à 20 millions d'euros. "Soit à 200 à 300 millions d'euros de capacité d'investissement", en tenant compte des emprunts pouvant être contractés avec cette somme. Cet argent perdu, "il faut le chercher ailleurs ; par l'impôt, la hausse du prix du ticket ou celle du versement des transports", a développé le président du Sytral. Pour lutter contre la fraude, celui-ci n'a pas de recette magique. Il compte accroître significativement le nombre de contrôleurs patrouillant dans le réseau. Aujourd'hui le taux de contrôle n'est que de 1,44 %, en baisse sur un an. "On va dans le mur si on ne progresse pas en productivité", a insisté le président du Sytral.

Un tiers des atteintes aux voyageurs sur la ligne C3

Le bilan de l'exploitant laisse apparaître d'autres points noirs, en particulier sur l'insécurité. Sont à déplorer 269 atteintes aux voyageurs (+ 19 %) dont 218 agressions volontaires (+ 3,8 %), 316 atteintes aux biens des voyageurs (+ 0,4 %) dont 62 vols avec violence, 2617 actes de vandalisme (+ 23 %) et 847 jets de projectiles (+ 14 %). Ces chiffres sont à manier avec précaution : comme le reconnait l'exploitant, les données de la police nationale sont plus fidèles à la réalité, beaucoup d'actes n'étant pas signalés aux TCL. Et les statistiques des forces de l'ordre montreraient une stabilisation des atteintes aux voyageurs et une baisse des vols. La ligne C3 (St-Paul-Vaulx-en-Velin) se distingue, représentant à elle seule un tiers des atteintes aux voyageurs.

Plus en phase avec la réalité, sont les atteintes du personnel, à chaque fois déclarées. Elles s'établissent à 656 en 2011, composées très majoritairement de menaces. Les violences volontaires (151) baissent de 7,4 %. Et de plus de 30 % depuis 2004. Le coût global de la lutte contre l’insécurité représente 6,7 % des charges de fonctionnement de Keolis. Il est à regretter que les personnels de médiation, dits AMIS, soient passés de 250 à 190 agents en un an, notamment "après le gel des contrats aidés décidés par l’Etat".

Absentéisme : 23 jours par an et par agent

Dernier sujet de courroux du président du Sytral, l'absentéisme du personnel TCL dont le taux s'établit à 9,09 %. Il dépasse les 10 % pour les conducteurs, les ouvriers et les autres agents opérations (27,4 %). Ce sont dans les dépôts de la Soie, les Pins et Oullins qu’il est le plus élevé. Au total, ce sont en moyenne 23 jours chômés par an et par agent. Un chiffre qui traduit peut-être un mal être des personnels. Mais Bernard Rivalta a semble-t-il une autre explication. "Aucune entreprise ne vit avec 10 % d'absentéisme. Monsieur le directeur, il faudra remettre les pendules à l'heure", a-t-il lancé. Le directeur de Keolis, sagement assis sur son dos, a compris sa feuille de route. Qu'il se rassure : "Si on était passé en régie, on en serait au double", croit savoir Bernard Rivalta. Le nombre de journée de grève a lui fortement baissé : - 74 %.

à lire également
13 commentaires
  1. hemax - 19 octobre 2012

    article intéressant, mais les chiffres varient selon les études. La ligne C3, la plus chargée, relie saint paul a vaulx en velin et non pas vénissieux, en passant bien sur par le centre et la part dieu.

  2. Fabien - 19 octobre 2012

    Merci pour avoir relevé mon étourderie sur C3 🙂

  3. Sophie_Lyon - 19 octobre 2012

    Je n'ai que du mal à dire des TCL ! je n'ai pas de voiture, autant dire que je fréquente assidument les transports en commun de l'agglo. D'abord c'est trop CHER ! avant de constater qu'il existe de la fraude il faudrait peut être se poser la question du POURQUOI autant de fraude ??? les abonnements sont trop chers, en particulier les abonnements CAMPUS à 26€/mois pour les étudiants; Lyon fait moins bien que de très nombreuses villes ! d'autre part, nous sommes transportés comme du bétail sur certaines lignes ( C2/c25/c3 ) surtout depuis la soit disant géniale refonte du réseau ! des bus archis bondés à certaines heures ; alors que parfois il passe deux C2 et un 70 l'un derrière l'autre puis vous attendez 25 mn. Enfin, le PERSONNEL ! qui en a marre, probablement de travailler mal, mais qui est également AGRESSIF. Et si les personnels payaient une part du transport ? je ne trouve pas normal alors que tout le monde paie cher, les familles des personnels ne paient pas au moins à minima

  4. Sophie_Lyon - 19 octobre 2012

    Tiens ! j'ai oublié la saleté repoussante de certains abris ou stations ... la station métro Hôtel de ville à côté de l'annexe de la mairie; j'ai honte que les touristes voient ça ! le passage par escalator qui relie la ligne D à St Jean vers la sortie, alors qu'il suffirait d'un lavage et d'un peu de peinture, certains arrêts de bus ( aujourd'hui des poubelles trônent à l'arrêt de bus C2 tonkin ) je peux faire une liste si ça peut aider...... 8D

  5. nonmaiscepaspourdire - 19 octobre 2012

    Rivalta égal à lui même, le partie socialiste dans toute sa splendeur? honte à eux.

  6. Noé - 20 octobre 2012

    Cette étude est malhonnête ! 'des taux qui incluent la non validation des cartes Técély par des usagers qui se sont acquittés de leur abonnement.' donc rien à voir avec de la fraude, et ne joue en RIEN sur un quelconque manque à gagner, et encore moins sur la capacité d'investissement ! Je ne valide jamais ma carte dans les bus ou les tramways, je vois cela comme un traçage de mes déplacements, et je suis loin d'être le seul à faire cela. Tout cela revient à traiter de fraudeurs d’honnêtes personnes, qui s’acquittent d'un abonnement exorbitant, ceci est simplement honteux de la part d'une entreprise semi publique

  7. maggaly - 20 octobre 2012

    Autre problème qui joue sur le taux de validation : on ne peut pas accéder aux valideurs tant les bus sont bondés sur certaines lignes. Dire que les transports en commun sont chers, c'est facile, mais c'est oublié que le prix payé par l'usager avec son ticket ou son abonnement ne couvre pas la totalité des coûts de production du service. On peut baisser artificiellement les prix des titres de transport pour faire de l'affichage démagogique, mais les impôts locaux augmenteront.En outre, si on veut de la qualité, ça se paie. A Zurich, les tarifs sont plus élevés qu'à Lyon, mais le service proposé est de toute autre nature. Les tickets sont très chers, les abonnements plus attractifs (et surtout, ils donnent accès au réseau RER des CFF et aux lignes ferroviaires privées), mais les zurichois ont une quinzaine de lignes de tramways qui fonctionnent remarquablement, et une offre simplissime. Toutes les lignes ont la même fréquence (7 min en semaine, 10 min le week-end).

  8. Jeanrage - 20 octobre 2012

    Vu le prix des abonnements c'est plutot légitime je dirais, et puis des lignes de nuit et un métro qui ferme à minuit pour une ville étudiante comme lyon c'est pas normal.(heureusement que les pleines lunes sont la pour compenser un peu)

  9. Sophie_Lyon - 21 octobre 2012

    Dire que les transports en commun sont chers, c'est facile, mais c'est oublié que le prix payé par l'usager avec son ticket ou son abonnement ne couvre pas la totalité des coûts de production du service. Des coûts de production ou des coûts du personnel ( administratifs, contrôleurs, et roulants ) absentéïsme compris ? combien coûtent les contrôleurs ? combien coûte la gratuité aux personnels et leur famille ? combien coûte les investissements inutiles dans la sécurité qui n'empêchent pas les agressions au quotidien puisque la sécurité est tournée vers la fraude et non pas la protection du client que l'on entasse comme du bétail ! Augmenter sans cesse le prix du ticket pour un service aussi médiocre devrait interpeller le Sytral et la Mairie; personnellement j'ai surtout l'impression d'être rackettée par les TCL. Je ne fraude pas parce que j'en suis incapable mais je comprends parfaitement la fraude, elle est LOGIQUE.

  10. rémi - 21 octobre 2012

    Le constat est partagé par les usagers : des lignes bondées où nous voyagons comme des animaux, des horaires de moins en moins respectés, des bus de plus en plus dégradés et un personnel qui semble très démotivé... Deux logiques s'affrontent : - transport en commun gratuit mais dont le coût est supporté par la totalité des ménages du Grand Lyon imposés, ce qui ne semble pas assez compte tenu des voyages quotidien bien au delà de l'agglomération (ex : Macon ou Valence) - transport financé par les seuls usagers mais alors là le prix serait encore plus important. La solution actuelle me semble être un mix des deux. Autre solution mais révolutionnaire, transport en commun de qualité et gratuit, mais installation de péages pour les voitures qui se déplacent dans certaines zones de l'agglomération comme à Londres

  11. maggaly - 21 octobre 2012

    Dans les coûts de production, c'est tout compris, y compris le personnel (parce que si quelqu'un sait faire rouler un bus sans conducteur, qu'il m'explique !)Si on veut éviter que les tarifs n'augmentent, il faut diminuer les coûts de production du service. Pour cela, le moyen le plus efficace est de faciliter la circulation des transports en commun. Plus on va vite pour aller d'un terminus à l'autre, moins on a besoin de bus (métro / tram) sur la ligne pour faire la même fréquence. A moyens identiques, on fait plus d'offre.Au fait, ce ne sont pas les TCL qui augmentent les prix : ils appliquent les décisions budgétaires du SYTRAL !Quant au péage urbain, ce serait très loin de couvrir les besoins de financement de l'exploitation du réseau. En revanche, augmenter le prix du stationnement et le prix des amendes, et transférer ces recettes au SYTRAL, c'est une réflexion en cours, dans toutes les villes d'ailleurs, et ça donnerait de l'air...

  12. Sophie_Lyon - 21 octobre 2012

    parce que si quelqu'un sait faire rouler un bus sans conducteur, qu'il m'explique !)Ce n'est pas du tout ce que je souhaite; je ne connais pas les arcanes ni les comptes du Sytral mais je reste persuadée que des économies sont possibles, augmenter à l'infini le prix des places n'est plus tenable, dans le contexte actuel d'autant plus !! et surtout une autre politique des transports en commun doit être envisagée; certaines villes ont opté pour la gratuité totale je ne pense pas que les collectivités qui ont voté cette solution soient des philantropes, il s'agit juste de bon sens. Le prix de la sécurité et des contrôles finira par dépasser les recettes de la billeterie, c'est une fuite en avant absurde.

  13. nonmaiscepaspourdire - 22 octobre 2012

    Les coûts ne se limitent pas qu'à la production, car s'ils engendrent des emplois, on ne peut pas aller contre au sein d'une entreprise bien gérée. A contrario est-il normal que le contribuable finance l'entreprise par ses impôts et l'utilisateur aussi par le titre de transport et que les actionnaires d'une entreprise privée ramassent la mise ? Tous ça avec la bénédiction du maire et du président du sytral, quand à kéolis, ils ne sont là que pour faire du fric comme tous grands groupes. A quand un audit effectué sur ce genre gestion et par des personnes indépendantes ?

  14. Marc ANTOINE100 - 28 octobre 2012

    LE C3 A SON LANCEMENT DEVAIT ETRE LA LIGNE DE REFERENCE. EN EFFET ! 1/3 DES ATTEINTES AUX VOYAGEURS,TEMPS DE TRAJET, IRREGULIER, BONDE, MAL AERE, CHAUSSEE DEFONCES PAR LES PASSAGES REPETES ET LE POIDS DES VEHICULES ARTICULES (17 TONNES...etc

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut