Les gilets jaunes mobilisés sur la place Bellecour le 1er décembre ©Flora Chaduc

Un gilet jaune condamné à Lyon : "Il a voulu jouer au sheriff"

Le manifestant a été contrôlé en possession de bouteilles de peinture qu’il envisageait de lancer sur des policiers, dans le cadre de la manifestation de samedi à Lyon.

"Vous n’avez pas à vous mettre dans la peau du redresseur de torts". Du haut de l’estrade, la présidente du tribunal jette un regard sévère sur Rémi, jeune homme de 25 ans aux cheveux bruns ébouriffés et au nez aquilin. Ce gilet jaune été condamné lundi en comparution immédiate pour avoir "participé à un groupement en vue de la préparation de violences ou de dégradations". Jugé devant le tribunal correctionnel de Lyon, il a écopé de cent jours-amendes à 10€ : il devra payer 1000€ sous cent jours, sans quoi il sera incarcéré pour une durée correspondant au nombre de jours impayés. Ce tourneur-fraiseur de profession est un habitué des rassemblements des gilets jaunes. Originaire d’Albertville, en Savoie, il s’est rendu à Lyon samedi pour participer à l’acte VII de la mobilisation, sa première fois dans une grande ville : "Je suis venu pour montrer que la mobilisation continue, a-t-il déclaré en garde à vue. S’il n’y a que des petits groupes, les médias disent que le mouvement s’essouffle".

Les policiers qui l’ont contrôlé, vers 16h aux alentours de la place Bellecour, ont découvert dans son sac un attirail fourni : "un masque à gaz, un couteau, une bombe de peinture rouge, des pétards et deux bouteilles en verre remplies de peinture jaune", énumère la présidente du tribunal, cheveux bruns courts et lunettes rouges. Si la fonction des premiers objets est claire – le masque à gaz pour éviter de "bouffer trop de lacrymo", la bombe pour écrire des slogans sur des bannières, les pétards parce que "quand y a du bruit ça motive les gens" – celle des bouteilles est moins évidente. Les policiers ont cru découvrir des cocktails Molotov, ce qu’ils ont inscrit comme motif de l’arrestation. "J’avais prévu de les lancer si j’étais confronté à des violences gratuites, explique le prévenu, vêtu d’une veste polaire bleu marine, depuis le box vitré où il se tient debout. J’en ai vu dans des vidéos sur internet, quelqu’un qui s’est pris un tir de flashball alors qu’il levait les bras…" "Ce que j’ai vu, interrompt la présidente d’un ton sec, c’est surtout des images d’agressions sur des policiers qui auraient pu conduire à des blessures gravissimes".

"Il n’est pas nécessaire que des violences soient effectivement commises pour que le délit soit constitué", argue de son côté la procureure. S’appuyant sur des messages retrouvés dans le téléphone de Rémi, elle estime qu’il avait "prévu d’aller au contact" des policiers. Dans ces SMS envoyés début décembre, le prévenu suggère à un ami d’apporter un gant de ski à une manifestation pour "renvoyer les lacrymos". "On ne va pas transformer le contenu du sac en intention volontaire de casser du CRS", s’agace l’avocate du prévenu, lunettes et cheveux gris attachés derrière la nuque. Elle souligne que Rémi n’a jamais lancé ses bouteilles, alors qu’il en a "toujours été équipé, tous les samedis depuis le 17 novembre". "Je ne voudrais pas qu’on l’assimile à un casseur : il y a une différence entre vouloir jouer les sheriffs et attaquer les forces de l’ordre. De casseur, je n’en ai pas vu un seul depuis le début des comparutions immédiates impliquant des gilets jaunes".

Sébastien Grob

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