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© L. Cousin/Tim Douet

Affaire Larose : les contrevérités du promoteur de Collomb

Le Progrès publie aujourd’hui un article plutôt élogieux sur Jean-Christophe Larose, le président du groupe Cardinal, promoteur du quartier de la Confluence. Le quotidien régional évoque pour la première fois l’existence d’une enquête judiciaire qui pèse sur un chef d’entreprise avec lequel Gérard Collomb a pris ses distances. Mais M. Larose a toutefois pu étaler facilement quelques contrevérités qu’il convient de rétablir.

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© L. Cousin/Tim Douet

Jusqu’à présent, Le Progrès n’avait jamais relaté les affaires judiciaires du groupe Cardinal, dont le siège est installé dans le célèbre Cube orange à la Confluence (à quelques pas seulement du siège du Progrès –que le groupe Cardinal a d’ailleurs construit). Le quotidien régional n’est d’ailleurs pas le seul. La presse locale n’a jamais vraiment évoqué les ennuis judicaires de Jean-Christophe Larose, le patron du groupe Cardinal qui est, par exemple, actionnaire de l’hebdomadaire Tribune de Lyon.

Dans son article du jour destiné à évoquer “le changement de cap pour l’un des promoteurs chouchous de Gérard Collomb, qui veut démontrer qu’il veut être un promoteur puissant sur d’autres territoires”, Le Progrès explique que “Jean-Christophe Larose s’éloigne du Cube orange pour grandir ailleurs”. La réalité est tout autre.

Commissions occultes

Une enquête judiciaire qui dure depuis de longs mois a rendu Jean-Christophe Larose infréquentable à Lyon. Le maire de Lyon a pris ses distances et ne souhaite plus s’afficher avec un promoteur qui l’a aidé à sortir de terre l’un des projets phares de ses deux derniers mandats : le quartier de la Confluence, à la pointe sud de la presqu’île de Lyon.

Pour Le Progrès, Larose est “souvent taclé depuis dix ans, contrôlé par le fisc, attisant les jalousies, attirant souvent les suspicions de collusion avec le pouvoir local, [il] fait l’objet d’une enquête “à la suite d’une délation d’un ancien salarié” concernant l’activité d’une société suisse, et qui a été perquisitionné par la brigade financière de la police judiciaire. [Larose] a tenu à couper court aux supputations sur l’existence de sociétés écrans dans des paradis fiscaux : “J’ai une filiale officielle au Luxembourg qui s’appelle Ciresia qui détient trois SCI créées en 1971, propriétaires d’une dizaine d’hectares à Saint-Barthélemy qui sont en cours de développement pour un projet hôtelier”.”

Ces déclarations masquent plusieurs contrevérités. Le parquet de Lyon a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire sur d’étranges commissions occultes versées à l’étranger en marge de plusieurs contrats immobiliers à dans la région lyonnaise et dans le cadre du projet du quartier de la Confluence.

Entraide judiciaire envoyée à la Suisse

Ces commissions ont été versées notamment à une société suisse, la Sepim, contrôlée de manière occulte par Jean-Christophe Larose lui-même. Un document qu’a révélé Lyon Capitale prouve un échange d’actions de cette coquille suisse entre Larose et un prête-nom qu’il avait mis à la tête de cette structure.

Les commissions venaient rémunérer de faux contrats présumés d’apporteurs d’affaires censés justifier les commissions versées à la Sepim en Suisse, pour les clients (tout aussi fictifs) qu’elle envoyait au groupe Cardinal. La justice lyonnaise est d’ailleurs dans l’attente du retour d’une demande d’entraide judiciaire envoyée aux autorités helvétiques.

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L’enquête judiciaire n’a pas été lancée “à la suite d’une délation d’un ancien salarié”,comme le prétend Jean-Christophe Larose, accréditant ainsi la thèse de la “jalousie”. Le parquet de Lyon n’a fait que réactiver une vieille enquête préliminaire, enterrée après des investigations infructueuses menées dans le cadre du contrat de construction de la clinique du Parc, au milieu des années 2000 (lire ici). Dès l’époque de l’affaire de la clinique du Parc, la Sepim avait été mise au jour, notamment par des investigations fiscales menées par Alain Giordano, l’ancien maire du 9e arrondissement de Lyon, actuel adjoint de Gérard Collomb en charge de l’environnement. Alain Giordano travaillait à l’époque pour l’administration fiscale.

Une dizaines de coquilles offshore au Luxembourg

Enfin, le patron du groupe Cardinal berne les lecteurs du Progrès lorsqu’il déclare n’avoir qu’une filiale au Luxembourg qui répond au nom de Ciresia. Lyon Capitale avait déjà révélé l’existence de Ciresia. Mais ce n’est pas la seule. Par un jeu complexe de participations croisées, Jean-Christophe Larose est derrière une dizaine d’entités au Luxembourg.

Ainsi, Ciresia contrôle 66 % d’une autre structure au Luxembourg qui s’appelle… Sepim ! Le même nom que la coquille offshore installée en Suisse sur laquelle se penche la justice française. Outre Sepim et Ciresia, nous avons mis au jour l’existence de Senau, Sloop, Goelette, Bridge Développement I et II, Boffroinne SA, Lucasnel.

Panama et Anguilla

Il s’agit de sociétés immatriculées au Luxembourg dans lesquelles Jean-Christophe Larose détient des participations, par un jeu de participations croisées avec au moins trois sociétés écrans installées dans les paradis fiscaux du Panama et d’Anguilla : les sociétés “Ricard Lake Property” et “Morales Investor” au Panama et “Sea Bridge” à Anguilla.

Suisse, Luxembourg, Panama, Anguilla. Nous sommes loin des “supputations sur l’existence de sociétés écrans”, évoquées dans les colonnes du Progrès de ce vendredi. Ces sociétés existent bel et bien. Lyon Capitale les a révélées, mais le patron du groupe Cardinal a toujours du mal à les justifier.

Pour aller plus loin :

Confluence : Larose, le promoteur de Collomb perquisitionné

Confluence : enquête ouverte sur le promoteur de Collomb

Les commissions suisses douteuses du promoteur de Confluence

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