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La barbarie plutôt que l’ennui

L'éditorial du rédacteur en chef de Lyon Capitale.

On ne s’ennuie pas à Lyon. On a un musée qui ressemble à un vaisseau spatial, le meilleur pastis du monde (je peux vous dire que ça rit jaune à Marseille), le plus grand spécialiste des têtes couronnées, des castors qui bouffent les arbres des berges. On peut même se promener dans le parc du plus gros hôpital psychiatrique de France.

L’Insee a beau dire que si les Parisiens de moins de 40 ans fuyant l’Île-de-France choisissent en priorité Lyon c’est parce qu’ils disposent d’un pouvoir d’achat supérieur aux Lyonnais, en réalité, c’est surtout en raison de leur envie de s’étourdir un peu. Certes, ils peuvent encore espérer, depuis qu’Anne Hidalgo à fait son retour “à la une”, après sa campagne présidentielle en eau de boudin.

Il n’empêche. C’est bien à Lyon qu’on s’ennuie le moins. Chaque semaine apporte son lot de réjouissances, un peu comme les calendriers de l’Avent qui font patienter les enfants jusqu’à Noël.

Rendons à César ce qui est à César : plus qu’aux atouts de la ville, c’est envers nos élus qu’il faut être reconnaissant pour ce divertissement permanent. Verts, bleus, rouges, arc-en-ciel, qu’importe la couleur, pourvu qu’on ait l’ivresse. Niveau A/A+.

Ils égaient notre quotidien. Une petite phrase par-ci, une autre par-là. Maîtrisant parfaitement les nouveaux codes de la communication. Facebook, Twitter, WhatsApp, Snapchat, Messenger, Instagram, TikTok, Twitch, LinkedIn… tout y passe, rien ne leur échappe.

On se like, on se suit, on commente, on s’invective, on règle ses comptes, on caricature, on moque, on ironise, on exagère les positions de son contradicteur. Plouf ! Nos édiles sont tombés dans le grand maelstrom informationnel.

Grégory Doucet et Gérald Darmanin qui s’écharpent par tweets et télés interposés. Le maire de Lyon et le président d’Auvergne-Rhône-Alpes qui se répondent par voie de presse. Le préfet du Rhône délégué à la sécurité et le premier syndicat patronal départemental du secteur CHRD (cafés, hôtels, restaurants, discothèques) qui, main dans la main, envoient des billets pleins d’humeur à l’endroit du maire de Lyon via les médias.

Nos élus politiques ne font pas exception à ce que (pour beaucoup) ils critiquent, se livrant à de petites escarmouches à distance. Façon puzzle et “guerre” de tranchées.

Les espaces de dialogue entre eux, trop souvent, n’existent plus (d’ailleurs, la vice-présidente de la Métropole de Lyon à l’économie, elle-même, le confesse). On ne peut plus se voir en peinture, alors on se planque derrière une plume ou un écran. Publiquement.

Avec, insidieusement, la recherche du plus grand nombre de petits cœurs, par exemple, sur Twitter. La production de tweets pouvant être appréhendée comme une compétition sportive : à celui qui est le plus tweeté et le plus soutenu d’être déclaré vainqueur.

Les rivalités idéologiques dominent le débat politique. Les élus s’ancrent dans une opposition stérile. On se déchire devant l’opinion publique. Avec cette conséquence préjudiciable à la vie démocratique : l’abstention massive aux élections. Qui pose ensuite une autre question : celle de la légitimité des élus par défaut.

Alors on danse.

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