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©Tim Douet

Tour Pitrat, l'histoire du Marseillais qui voulait voir la mer depuis Lyon

Lyon n'a pas manqué de projets architecturaux hors normes, qui n'ont souvent jamais dépassé le stade de plan ou d'idée. Un Marseillais rêvait de voir la mer Méditerranée et sa ville natale depuis la Croix-Rousse grâce à une tour de Babel qui termina en ruines.

Lyon 1827, le Marseillais Horace Pitrat a fait fortune dans la pierre, construisant de nombreux appartements de Canuts, mais cet entrepreneur en maçonnerie installé à Lyon a le mal du pays. Il rêve alors d’une tour de 100 mètres de haut qui lui permettrait, selon la légende, de voir Marseille et la mer depuis la Croix-Rousse… et combler l’ego d’Horace, qui posséderait ainsi le bâtiment le plus visible de la ville.

Hélas, même une telle hauteur ne permet pas d’apercevoir la Méditerranée, et Pitrat est d’abord un homme d’affaires, qui pense à rentabiliser son projet. Sa tour, entre l’attraction et le musée, est donc conçue pour satisfaire la curiosité de la bourgeoisie. Les niveaux les plus bas doivent accueillir une exposition d’objets extraordinaires, tandis que le haut sera rempli de jumelles et autres télescopes pour que les visiteurs puissent observer les alentours. Il espère monnayer l’accès à ce paradis 3 francs par personne, après l’inauguration du bâtiment.

Les travaux débutent rapidement, à proximité de l’actuel boulevard de la Croix-Rousse (qui n’existe pas encore). Les maçons ne se reposent pas et minimisent les inquiétantes lézardes qui commencent à envahir les murs. Progressivement, les Lyonnais voient ce drôle d’objet apparaître à l’horizon. Mais, alors qu’elle atteint déjà 50 mètres, la tour commence à montrer des signes de faiblesse de plus en plus préoccupants. La gravité et le poids du bâtiment vont en avoir raison.

Le 27 août 1828, un violent fracas se fait entendre dans toute la ville. Les ouvriers fuient le chantier en hurlant avant qu’il ne se transforme en tombeau. La tour Pitrat s’effondre – “s’abouse”, comme disent alors les Lyonnais –, tuant une fillette qui jouait au pied du bâtiment. Une chanson populaire commence alors à envahir la ville :

Babolat, sais-tu la nouvelle ?

La tour Pitrat vient d’abouser !

Bah ! Je crois que tu veux te gausser,

N’y a qu’un moment j’étais sur elle

Où je voyais le soleil de près,

Et comment qu’il avait le nez fait.

Malgré la tragédie, Horace Pitrat refuse de s’avouer vaincu. Il lance un nouveau chantier, plus réaliste. Qu’importe de voir la mer, il a compris qu’il s’agissait d’une chimère. Sa nouvelle tour ne mesurera que 30 mètres. Et, comme il faut bien gagner un peu d’argent, on trouvera à son pied un restaurant, Les Délices de Beauregard – en fait une maison de passe. Cette deuxième tour Pitrat sera détruite elle aussi, en 1874, mais volontairement, pour laisser place à de nouveaux bâtiments.

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