Thomas Dutronc, comme un manouche à Fourvière

Le festival des Nuits de Fourvière, qui bat son plein depuis le début du mois de juin, accueillait lundi 16 juillet Thomas Dutronc. Avec déjà deux albums à son actif, il oscille entre chanson française et jazz manouche avec brio. Récit.

Inutile de ressasser le couplet habituel sur l’héritage lié à sa filiation avec Dutronc père et Françoise Hardy. Lorsqu’il débarque sur la scène du Théâtre de Fourvière, guitare à la main et sourire aux lèvres, Thomas Dutronc a depuis longtemps dépassé cette image de simple « fils de ».

Première bonne surprise à l’écoute du morceau d’ouverture : les sonorités sont beaucoup plus rock que ce que l’on peut entendre sur le dernier album, avec des solos électrifiants qui penchent même vers le blues. Dès le deuxième morceau, on est en terrain connu : quand il entonne J’aime plus Paris, le public est conquis et déjà chante avec lui.

Il faut dire que le bonhomme a tout pour plaire : charmeur, décontracté au possible, il est sur scène comme un poisson dans l’eau.

Mais il rentre dans une autre dimension lorsque ses doigts se posent sur le manche de sa guitare, délivrant de magnifiques envolées tziganes qui planaient haut hier soir dans le ciel de Fourvière. Les arrangements sont encore embellis par le violon de Pierre Blanchard, qui apporte une touche mélancolique à certains morceaux.

La set-list, qu’on sent bien rodée, fonctionne à merveille et emprunte alternativement aux deux albums déjà sortis. Qu’elles soient enjouées ou nostalgiques, toutes les chansons font mouche grâce à la justesse des textes et des interprétations.

C’est là le principal attrait des compositions de Thomas Dutronc : il parvient à combiner intelligemment des textes en français gorgés d’humour et de poésie avec les sonorités tziganes qui lui sont chères.

On peut même y voir un beau moyen de remettre au goût du jour un genre musical qui tend à se faire oublier sous les assauts répétés de la pop et de l’électro. La génération actuelle, bercée par les synthés numériques et les tubes préfabriqués calibrés pour les dancefloors, ne s’intéresse que très rarement aux musiques plus anciennes comme le jazz manouche.

Thomas Dutronc, lui, tombe dedans à 18 ans lorsqu’il découvre Django Reinhardt. Depuis, il s’est forgé une solide réputation aux côtés des pointures du genre (Biréli Lagrène et son Gipsy Project notamment).

Sur scène, quand il reprend avec ferveur Manoir de mes rêves, c’est comme si le vieux Django était ressuscité le temps d’un morceau. Thomas, lui, est extrêmement concentré. Quant aux 4500 spectateurs, pas un ne songe à bouger : ils sont hypnotisés.

Le concert atteint enfin l’apothéose lors du rappel avec une reprise majestueuse d’un célèbre morceau tzigane, Les Yeux Noirs. Guitare et violon s’entremêlent jusqu’à se confondre, pour un final entièrement instrumental qui donne des frissons à l’assistance.

Applaudissements nourris et déluges de coussins lancés en direction de la scène sonnent comme un bouquet final pour un feu d’artifice musical et surtout très convivial.

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