Montluc : prison politique des nazis, de ses origines militaires à sa réquisition

A l'occasion de la Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité, le 27 janvier 2012, Lyon Capitale vous propose de retrouver notre article sur Montluc : prison politique des nazis. Première partie : de ses origines militaires à sa réquisition.

Lyon, 1921. La prison militaire de Montluc ouvre ses portes, à côté du fort du même nom, dans le 3e arrondissement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle sera d’abord placée sous l’autorité de Vichy puis sous celle de l’occupant allemand, qui s’en servira comme lieu de détention pour les résistants et les Juifs. Et Montluc deviendra l’un des symboles de la tyrannie nazie dans l’ancienne capitale de la Résistance.

La marche chinoise sur Lyon

Les premiers prisonniers célèbres de Montluc sont sans aucun doute les jeunes Chinois issus du mouvement travail-études. Envoyés en France pour s’y former, ils ont vu leur situation se fragiliser à la suite de la Première Guerre mondiale. En 1921, les étudiants organisent de nombreuses manifestations pour protester, jusqu’à ce qu’ils entendent parler du projet de création d’un institut franco-chinois à Lyon. Ceux déjà en France tentent d’être admis sans passer le concours ; en vain : l’institut n’est alors ouvert qu’aux Chinois de l’étranger. Informés de l’arrivée des promus, les étudiants-ouvriers convergent vers Lyon et occupent le fort Saint-Irénée. Après l’échec des négociations, 104 d’entre eux sont amenés à Montluc. Le 13 octobre, ils sont conduits à la gare des Brotteaux, convoyés en train jusqu’à Marseille puis expulsés vers la Chine.

La prison de Vichy

En 1932, la prison de Montluc est déclarée insalubre. Mais sa fermeture sera de bien courte durée. Septembre 1939 : le Parti communiste est déclaré illégal ; l’administration militaire a besoin d’un lieu pour emprisonner les militants et décide de rouvrir Montluc. Les détenus ne sont alors qu’un petit nombre, mais ils seront bientôt rejoints par des “droit commun” condamnés pour vol, proxénétisme ou marché noir, et par des militaires ayant désobéi ou insulté des gradés. En juillet 1940, les choses changent radicalement. Le gouvernement de Vichy multiplie les lois liberticides, ce qui a pour conséquence d’augmenter le nombre de prisonniers : condamnés pour distribution de tracts, atteinte au moral de l’armée ou de la population, propos défaitistes, mais aussi actes de résistance, les nouveaux prisonniers viennent grossir la population de Montluc. Les cellules ne sont pas encore bondées, mais rares sont celles qui accueillent un seul prisonnier. En novembre 1942, après avoir envahi la zone sud, les nazis portent un grand intérêt à la prison. Isolée de la ville, proche des voies ferrées, elle devient un enjeu stratégique majeur. Le 17 février 1943, Montluc est réquisitionnée et entièrement administrée par leurs propres services. Une situation inédite en France et qui le restera durant toute la guerre. Vichy n’a plus aucun droit de regard sur ce qui se passe à l’intérieur, se contentant de venir chercher les corps pour les transporter à la morgue.

Une enclave allemande en France

Les lois allemandes sont sans équivoque : les nazis peuvent arrêter toute personne suspectée de nuire aux intérêts du Reich et de ses armées. Montluc va devenir le lieu central de la répression et de l’internement. Résistants, otages, protestataires sont parqués jusqu’à huit dans des cellules de 4,5 mètres carrés.

De février 1943 à août 1944, entre 8 000 et 11 000 détenus passent par Montluc, saturée au point que le réfectoire même est transformé en espace de détention. Dans les cellules, les prisonniers ne tiennent pas tous allongés, ils doivent dormir à tour de rôle. La vermine envahit le moindre recoin. Entre ces quatre murs dénués du moindre point d’eau, l’été est suffocant, l’hiver glacial. Une seule toilette est autorisée, le matin, et les maladies affaiblissent un peu plus des corps déjà roués de coups par l’occupant. Impossible de savoir si le nouveau compagnon de cellule qui vient d’arriver est digne de confiance, ou n’ira pas répéter tout ce qu’il entend aux soldats nazis.

Deux fois par jour, des camions font un macabre aller-retour entre la prison et les locaux de la Gestapo – l’École des services militaires, avenue Berthelot. Là-bas, les détenus sont torturés par Klaus Barbie, le “boucher de Lyon” ou ses hommes. Les témoignages s’accordent en général à dire que l’on se souvenait de la manière dont on quittait sa cellule mais jamais comment on la regagnait. La violence des sévices qui sont alors commis est innommable. Ce sera le sort de Jean Moulin, détenu à Montluc après son arrestation à Caluire le 21 juin 1943, et torturé par Barbie. Le résistant ne fléchit pas et ne donne aucune information avant de sombrer dans le coma. Il est alors transféré à Paris, puis déporté. Physiquement brisé, il meurt dans le train, le 9 juillet 1943, près de Metz.

Retrouvez la seconde partie de notre article, Montluc : prison politique des nazis, l'horreur en plein Lyon.

Visite du mémorial du mercredi au samedi de 14h30 à 17h (visite guidée à 15h30). Informations et réservation : ONAC 04-78-27-15-61

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