Pénélope et les sirènes – Photo © Manuel Braun / Détails de l’affiche de Lyon BD 2018 © P. Bagieu (montage Lyon Capitale)

Lyon BD : Pénélope Bagieu aussi révoltée que ses héroïnes

Survoltée, engagée, et animée par l’intime conviction qu’il faut faire la lumière sur les femmes qui ont fait l’histoire, Pénélope Bagieu était en rencontre au Lyon BD Festival pour parler de ses albums Culottées. Histoires courtes de femmes extraordinaires, les femmes de Pénélope Bagieu inspirent et réconfortent.

Invitée d’honneur de Lyon BD, Pénélope Bagieu est l’auteure phare du moment. On lui doit l’affiche de l’édition 2018 du festival et surtout des albums incontournables comme les histoires de Joséphine, Cadavre Exquis ou encore Stars of all stars. Depuis 2016, l’auteure est sur le devant de la scène avec ses deux tomes Culottées, où elle retrace des parcours de femmes extraordinaires, souvent restées dans l’ombre. Ce sont des condensés d’informations concernant trente femmes que j’aime beaucoup, qui m’ont touchée. L’idée n’était pas de publier l’intégrale de leur vie, mais juste le moment clef où elles s’émancipent et décident de faire ce qu’elles aiment vraiment. Je voulais que les lecteurs aient la possibilité d’aller faire des recherches sur ces femmes, pour en apprendre plus sur ce qu’elles ont fait”, décrypte Pénélope Bagieu. L’auteure a fait le choix de prépublier ses histoires sur le site du Monde. “À la fois pour pouvoir retourner au blog et aussi pour m’imposer un rythme”, explique l’auteure. Chaque semaine, une histoire est publiée sur le site.

Trouver des modèles

J’ai développé une espèce d’antenne, qui intercepte toutes les histoires intéressantes de femmes qu’on ne connaît pas. Les noms de rue, mais aussi parfois complètement au hasard : j’ai trouvé un livre sur les grands marathoniens, et il y avait Cheryl Bridges. Une autre fois, dans un phare, j’ai découvert l’histoire de Giorgina Reid¸qui s’est battue pour protéger un phare de l’érosion… En réalité il y a des centaines de femmes qui méritent qu’on s’intéresse à leur histoire, mais on n’a pas été formaté pour les remarquer. On manque cruellement de modèles féminins”, déplore Pénélope Bagieu. Elles sont des centaines à avoir trouvé grâce aux yeux de l’auteur, qui a malgré tout dû faire un choix. Il fallait que leur histoire ne me laisse pas tiède, il fallait que ça me révolte, que ça me fasse ressentir quelque chose de fort !” lance l’auteure, avant de poursuivre : Ce qui me séduit surtout, c’est la malice avec laquelle elles détournent les obstacles pour arriver à ce qu’elles veulent. Ça m’a beaucoup aidée personnellement à me décomplexer, et à me dire que si elles avaient réussi toutes ces choses, alors, à mon échelle, je pouvais aussi faire ce que je voulais.” Pour elle, se souvenir de ses modèles féminins quand elle était plus jeune est difficile : Marie Curie, Jeanne d’Arc ? Et puis franchement, Jeanne d’Arc, je m’en fous, moi !” Mais, grâce à ses deux tomes, l’auteure entend bien changer les choses, même si elle ne le dit qu’à demi-mot.

“Il ne faut pas se détourner de sa colère”

Quand on demande à Pénélope Bagieu ce qui l’énerve, elle répond en riant : Tout ! Absolument tout ! La politique, les nouvelles… Parfois je me dis qu’il faut que j’arrête d’aller sur Twitter sinon mes yeux vont exploser. Mais c’est aussi intéressant d’être en colère. On nous apprend en tant que femme à ne pas être en colère, mais non, explosons ! Il ne faut pas se détourner de sa colère si on réussit à en faire quelque chose !” Survoltée, révoltée, mais aussi optimiste : J’ai l’impression qu’il y a une génération d’enfants pour qui c’est normal de voir des femmes faire des choses extraordinaires. Récemment, on a demandé à une classe américaine de dessiner des scientifiques, et la moitié a dessiné des femmes. J’en suis ravie, parce que sincèrement, à mon époque, je suis certaine que j’aurais dessiné un homme. Quand j’étais enfant, je pensais qu’en tant que femme tu pouvais être maîtresse, princesse ou vétérinaire...”

Le travail de l'auteure est à retrouver jusqu'au 30 juin au parking LPA Terreaux.

à lire également
Etat des lieux (détail) © Jibé
BD – Docteur Jibé a installé son cabinet en juin dernier place des Terreaux, pour ausculter le milieu de la BD. Pouls des libraires, température des éditeurs, réflexes vitaux des auteurs, avec au passage un scanner détaillé de la chaîne économique de la BD papier.
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut