lou
© Phil King / Flickr CC

Lou Reed aux Nuits de Fourvière : papy fait de la résistance

Comme si le ciel lui même retenait son souffle, les nuages n’étaient finalement pas de la partie mardi 26 juillet, au théâtre antique de Fourvière, rempli d’un public de tout âge venu voir le fondateur historique du Velvet Underground, icône sacrée du rock, et tourneur inarrêtable.

A la manière de Bob Dylan et son Never ending tour, on finit par se demander si voir Lou Reed jouer sur scène à bientôt 70 ans a encore un sens. A 22 heures comme prévu, les lumières s’éteignent sur un théâtre bondé qui guette la pluie (qui n’arrivera finalement jamais) et les acclamations montent quand le new-yorkais à l’éternel blouson de cuir sort de l’ombre, accompagné d’une poignées de jeunes gens. Guitares, contrebasse, batterie, saxophone, clavier, violoncelle, pas moins de sept personnes sur scène. Au centre, Lou a pris un sacré coup de vieux. Cheveux blancs, petites lunettes teashades de vue à la place des Ray-Ban, il apparaît vouté, mais le regard toujours perçant, et chaque musicien obéit scrupuleusement aux ordres du maître de cérémonie.

Velours de seconde zone

La setlist sera sans surprises, mixant l’ère Velvet et la carrirèe solo du dandy électrique, et évinçant les gros tubes. Après le fiasco du concert aux Vieilles Charrues, on pouvait craindre le pire. L’ancien Velvet s’en tire finalement avec les honneurs, livrant un set carré, sans folie ni improvisation. Les fans ravis sifflent et applaudissent les dérives instrumentales de chaque chanson, retravaillée pour la scène. On navigue entre pop maladroite (Who love the sun, ouverture de concert assez désaxée, ou une Ecstasy ratée, où Lou en fait des tonnes côté pose et où sa voix ne suit pas) et des morceaux plus furibards et réussis (Senselessy cruel qui fait tonner un orage électrique jouissif, ou The bells, cérémonieuse et puissante).

Entre les deux naviguent quelques classiques bien interprétés (Charley’s girl, Sunday morning ou Femme fatale, que Lou dédicacera à Amy Winehouse) mais qui n’arriveront qu’en fin de concert. Si l’on peut comprendre que Lou en ait ras la casquette de jouer Walk on the wide side, il est dommage de n’avoir entendu aucun titre issus de ses deux albums les plus emblématiques, Transformer et Berlin. A la trappe les Kids, Satellite of love, Perfect day ou Caroline says.

Le résultat scénique reste satisfaisant si l’on connaît sa musique, mais on sent que le Lou a parfois des moments d’égarement. Certaines chansons démarrent de manière fabuleuse, avant de retomber comme des soufflés, comme cette nouvelle version de All through the night, livrant une première partie tribale, abrasive et hypnotique, et qui laisse ensuite place à un rock balourd où Reed tente de repousser les limites de ses cordes vocales usées. Autre déception, Venus in fur, peu inspirée autant dans le chant que dans l’interprétation.

Rock imperméable ?

Difficile aussi de ne pas voir la fatigue qui gagne le musicien durant le concert, les derniers morceaux étant écourtés alors qu’on les attendait depuis le début du set (Sweet Jane clôturant le concert, et Pale blue eyes en rappel). Un concert qui aura donné le minimum syndical, et surtout profité d’une accalmie météo stimulante. Pas sur qu’avec la pluie ce dernier aurait été aussi bien applaudi.

On connaît la réputation de grognard de Lou en live, mais il est dommage que ce concert, techniquement maîtrisé, n’ait pas dégagé plus d’émotion, et malgré deux heures de musique, ait été mené pied au plancher. Il n’aura pas réussi à soulever l’audience, qui est finalement restée très sage, notamment à cause d’inutiles longueurs dans certains morceaux. Reflet d’une attente de chansons plus célèbres qui auraient eu, elles, le pouvoir de fédérer un public hétérogène et pas forcément spécialiste de l’œuvre du rocker.

Lien player youtube : Lou Reed - Venus in fur @ Nuits de Fourvière 2011 : http://www.youtube.com/watch?v=rKPVe00kbNM

à lire également
Dans la nuit de mercredi à jeudi, Lyon a perdu l'un de ses plus anciens bouquiniste et puits de culture musicale. Emporté à 64 ans, Serge Boissat n'a jamais cessé de diffuser sa passion pour le rock au sens large et pour la bande dessinée. Son ami et fondateur de la radio libre "Radio Bellevue" en 1981, le réalisateur Jean-Claude Chuzeville, lui rend hommage.
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut