Mark Oliver Everett, plus connu sous le nom de Eels © Piper Ferguson

Le "monstre magnifique" Eels en concert à Lyon

Rare en concert par chez nous et doté d’un talent qui ne l’est pas moins, Mark Oliver Everett alias E alias Eels est de passage au Radiant en cette rentrée. Où il devrait nous inonder de joie de vivre. Du moins de la conception toute personnelle, et sublime, qu’il en a.

Mr. E’s Beautiful Blues. Le morceau qui clôt Daisies of the Galaxy, le troisième album d’Eels, est sans doute le plus à même de définir l’essence de la musique de Mark Oliver Everett aka E, leader plénipotentiaire du groupe et, à vrai dire, son seul vrai membre. Dans son titre, qu’il n’est point besoin d’expliquer, comme dans son contenu dont la mélodie ensoleillée n’est là que pour mettre en lumière cette belle mélancolie que cet auteur-compositeur de génie a chevillée au corps. À vrai dire, toutes les premières manifestations du talent d’E portent cette marque particulièrement révélatrice du premier album Beautiful Freak (un “monstre magnifique”, voilà ce qu’est E), petite bombe indé qui contribua par sa douce bizarrerie à lancer en 1997 la section musicale du DreamWorks de Steven Spielberg, David Geffen et Jeffrey Katzenberg. Le premier titre dudit, Novocaine for the Soul (tout un programme), lance, après quelques crépitements reproduits du vinyle : “Life is hard / And so am I / You’d better give me something / So I don’t die”, plus loin : “Life is white and I’m black”. L’un des titres phares de l’album, qui n’en manque pas, s’intitule Your Lucky Day in Hell. De la novocaïne pour l’âme par un jour chanceux en enfer, l’impression d’être un monstre magnifique dont les démons seraient sublimes, voilà ce qui jaillit à l’écoute d’Eels. Rarement l’on aura vu, entendu, un auteur-compositeur illuminer avec tant de grâce les trous noirs de l’existence, changer les aspérités tranchantes du destin en caresses, sa rage profonde en beauté pure. C’est que Mr. E a enfilé les avanies comme d’autres les perles. Quasiment livré à lui-même durant son adolescence, il manque mal tourner (la musique le sauvera), avant de découvrir son père sur son lit de mort (crise cardiaque) puis de perdre coup sur coup sa mère, d’un cancer, et sa sœur, suicidée (deux événements qui le verront accoucher du très noir Electro-Shock Blues).

Novocaïne de l’âme

D’une sensibilité à fleur de peau, notoirement asocial, inadapté autant qu’incompris, chroniquement dépressif et frappant volontiers aux portes de la folie, E, qui a sérieusement ramé avant de connaître le succès, ne s’exprime jamais mieux qu’à travers ses chansons, tantôt noires comme le souvenir, tantôt pastorales et lumineuses, souvent les deux à la fois (il suffit pour s’en rendre compte d’écouter Railroad Man sur Blinking Lights and Others Revelations ou Grace Kelly’s Blues sur Daisies...). L’homme est si productif, sans jamais baisser de pied – il aime les double albums ou les disques à rallonge dans lesquels plonger pour y dénicher d’invraisemblables pépites – qu’il est parfois difficile à suivre, comme il affectionne de publier ses productions live où son catalogue s’enrichit de reprises vibrantes. Parce que comme certains de ses illustres prédécesseurs – Bob Dylan, Neil Young, pour ne citer qu’eux – aucun concert d’Eels ne ressemble au précédent, encore moins au prochain. Ainsi comme toutes les premières fois avec l’art de Mark Oliver Everett – on a découvert Beautiful Freak par la grâce d’une cassette échantillon promotionnelle distribuée gratuitement par la Fnac et immédiatement succombé au charme de la “Novocaïne de l’âme” – notre première fois avec Eels en concert ne fut pas banale. C’était au Transbordeur, le 8 avril 1997. Le groupe avait clos son concert avec une version de Your Lucky Day in Hell récitée comme un texte biblique par le batteur debout derrière un pupitre, moment qui provoqua – on aime à le penser même si quelque autre substance était sans doute aussi à l’œuvre – l’évanouissement d’un ami dans les bras de son prof de sociologie (sans doute le plus cool de tous les temps), également présent. Une belle soirée en enfer, dans les entrailles du blues existentiel, comme on aime à les passer aux côtés de Mr. E.

Eels. Le mardi 10 septembre au Radiant-Bellevue.

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