L'Agence : Matt Damon face à son destin

Adapté d'une nouvelle de Philip K. Dick, L'Agence met en scène un politicien obligé par une organisation secrète de choisir entre son destin et la femme de sa vie. Au croisement de la comédie romantique, de la science-fiction et de la métaphore politique : un film haletant.

Passe-t-on sa vie à courir après la femme de sa vie ? C'est ce que semble a priori poser comme question L'Agence, le premier film de George Nolfi. Mais derrière ce titre trompeur, qui incarne l'éternel génie des distributeurs français pour crétiniser les appellations originales des oeuvres cinématographiques venues de l'étranger, ne se cache aucune agence matrimoniale. Même si le film pourrait être présenté comme une incrustation de la comédie romantique à l'américaine dans un scénario de science-fiction. En Anglais, le film est titré The Adjustment Bureau. Soit, pour les réfractaires à la langue de Tom Cruise, « le bureau d'ajustement ». Adaptation d'une nouvelle de Philip K. Dick, ce qui est toujours une bonne... nouvelle, il y est question d'une organisation secrète qui tire les ficelles du destin, du moins les réajuste, et empêche David Norris (Matt Damon, impeccable comme toujours) un jeune et brillant politicien de revoir la femme (Emily Blunt, comme tombée du nid) pour laquelle il a eu un coup de foudre un soir de défaite électorale. Si George Nolfi a un CV recommandable (il fut le scénariste de La Vengeance dans la Peau et Ocean's Twelve), on peut légitimement se demander ce qu'un maître de l'étrange comme Richard Kelly aurait fait d'un tel sujet. D'autant que l'atmosphère du film rappelle de loin en loin, en moins aboutie malheureusement, celle de The Box, le dernier film de Kelly, autre oeuvre sur la puissance dévastatrice du libre-arbitre. Ici le même genre de type à chapeau que dans The Box, tout droit sorti de la Quatrième dimension (dont l'immense Terence Stamp), vient vous expliquer très sérieusement que vous ne devez pas revoir la femme de votre vie, parce que c'est comme ça et pas autrement. Et de se référer à d'étranges carnets sur lequel une sorte de GPS du destin se réajuste en permanence.

Homme providentiel

C'est l'une des marottes de K. Dick, déjà entrevue dans Minority Report, où l'on arrête les criminels avant même qu'ils n'aient commis leur crimes ou dans Totall Recall : a-t-on le choix ? C'est à ce dilemme qu'est confronté David Norris. Par la manière qu'il a de forcer le destin, Norris est d'ailleurs un héros très américain, une incarnation de l'American Dream. Sans doute n'est-ce pas un hasard s'il apparaît au début du film comme une sorte de Barack Obama, jeune politicien à qui tout semble réussir, puis comme l'Homme providentiel. Et c'est sans doute un peu un bilan de mi-mandat que dresse ce film, mettant en avant les espoirs fous placés en un seul homme, comme s'il était l'incarnation d'un messie qui allait résoudre tous les problèmes de l'Amérique. La réalité des choses, elle, est plus figée que cela. Ce bureau d'ajustement d'ailleurs, pourrait être la métaphore de la CIA, c'est-à-dire celle d'un système, avec lequel il faut composer, qui tirerait les ficelles de la destinée politique américaine bien plus qu'on ne pourrait le penser. Qui se déplace dans la coulisse, sublimement métaphorisée ici par un système de passages secrets dans New-York, auquel seuls les hommes au chapeau ont accès. Le tout au nom d'une raison d'Etat qui implique parfois d'ignorer la raison tout court. C'est le paradoxe et la naïveté (bienvenue ?) du film de croire que les élans du coeur ignorent cette raison et peuvent la mettre à mal.

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