John Woo, seul maître en son royaume

Il nous revient dans une œuvre épique qui envoie du lourd : l'adaptation réussie d'un des romans les plus lus en Asie, L'Histoire des Trois Royaumes, de Luo Guanzhong.

En Asie et peut-être un peu partout ailleurs, John Woo, du haut de ses 63 printemps, est au cinéma d'action ce que Charlie Chaplin ou Buster Keaton furent à la comédie. Véritable chorégraphe, un brin poète, il aura inspiré tant le cinéma que l'univers du jeu vidéo. Si son passage par les Etats-Unis n'aura pas véritablement contenté les fans de la première heure en dehors, peut-être, de Volte/Face, le réalisateur chinois revient dans son pays d'origine avec une œuvre véritablement majeure dans sa filmographie. Et le public ne s'y est pas trompé puisque le film est devenu le plus gros succès de l'histoire au box-office chinois avec quelques 300 millions de yuans (32 millions d'euros) de recettes. Un long-métrage qui, d'après le réalisateur, n'aurait jamais pu voir le jour sans sa petite virée d'une quinzaine d'années au pays de l'Oncle Sam. "Ça fait 20 ans que j'avais envie de réaliser ce film, précise John Woo. Mais ça n'aurait pas été possible de le faire alors. J'ai beaucoup appris aux Etats-Unis. J'ai vraiment compris comment produire un bon film très complexe avec de nombreux effets spéciaux. Mais quand on devient un réalisateur à succès à Hollywood, on vous donne un peu toujours les mêmes scénarii pour blockbusters. J'avais envie de revenir à quelque chose de plus poétique. Je suis donc retourné en Chine". Mais le réalisateur n'en demeure pas moins dithyrambique quand on lui parle de son expérience américaine, il en retire essentiellement du positif. "Hollywood, c'est un système très ouvert. Ils savent apprécier le talent là-bas, souligne-t-il en toute modestie. Tout se fait de manière très professionnelle et avec beaucoup d'humour. Un seul bémol par contre, c'est le côté politique des choses. Il y a des tas de réunions où des gens essaient de vous imposer des idées. C'est un peu difficile quand on a confiance en soi et qu'on sait ce qu'on veut. On se sent un peu malmené. Mais, tous comptes faits, je trouve que c'est un très bon milieu d'apprentissage". Et la formation a porté ses fruits. Les Trois Royaumes se révèle une œuvre assez monumentale parfaitement maîtrisée tant dans son traitement que visuellement. Une œuvre remontée et raccourcie pour nos contrées. John Woo se voulant plus digeste et pédagogue avec le public occidental : "J'ai l'impression que l'Occident ne connaît la culture chinoise qu'à travers ses films de sabre ou d'action violents et je trouve qu'il y a une plus grande variété dans notre culture. C'est important de leur montrer cette richesse pour que ces derniers puissent mieux nous comprendre".

Les Trois Royaumes, de John Woo. Depuis le 25 mars 2009 dans les salles obscures.

Les Chinois ont inventé le foot, c'est vrai !

Les Trois Royaumes nous conte la plus célèbre bataille de toute l'histoire de l'Asie, fondatrice de la Chine contemporaine, qui eut lieu en 208 après Jésus-Christ. L'Histoire des Trois Royaumes, le roman de Luo Guanzhong dont est tiré le film, bien qu'écrit au XIIIème siècle, est aujourd'hui encore un des livres les plus lus partout en Asie. En adaptant cette œuvre, John Woo nous fait une petite démonstration de l'Art de la Guerre version Empire du milieu et remet les pendules à l'heure sur une question fondamentale : qui a inventé le football ? Le spectateur occidental, médusé, apprendra avec douleur que ce sport n'a pas été inventé par les Anglais comme ils aiment à l'affirmer. Et le réalisateur s'en explique pour éviter les velléités britanniques : "D'après mes recherches, le football a été inventé en Chine à la fin du IIIème siècle avant J.-C. C'était un exercice d'entraînement pour les troupes et ça a été importé par les arabes par la route de la soie en Occident. Et je précise que la fédération mondiale du football a confirmé mes recherches ! (rires)".

Filmographie subjective

Avec de la colombe et des ralentis à tout va, des scénarii souvent improbables pour des scènes d'actions cultes totalement invraisemblables, des codes parfois un peu obscurs pour les occidentaux qui flirtent avec le mièvre quand lui préfère parler de romantisme, il fallait bien faire un top five des films de John Woo qui ont marqué à jamais le 7e art.
1987. Le Syndicat du crime 2 (A Better Tomorrow II). On y apprécie les folles fusillades, les massacres à l'arme blanche et la résurrection improbable de Chow Yun-fat, décédé dans le premier volet, qui revient en frère jumeau sorti de nulle part.
1990. Une balle dans la tête (Bullet in the Head). Le film hongkongais le plus abouti du réalisateur conte la descente aux enfers de trois amis en pleine guerre du Vietnam. Le film reprend les thèmes majeurs de l'artiste tels l'amitié, la loyauté ou le sens de l'honneur.
1992. A toute épreuve (Hard-Boiled). Variation améliorée de The Killer, précédent film du réalisateur, il couronne définitivement John Woo comme le maître incontesté du cinéma d'action, mêlant western et film de chevalerie chinoise.
1993. Chasse à l'homme (Hard Target). Son premier film américain, totalement bridé par les studios Hollywoodien, mais qui offrira un rôle non négligeable à Jean-Claude Van Damme, tout en cheveux pour l'occasion.
1997. Volte-face (Face/Off). Film de la consécration aux Etats-Unis, Volte/face raconte les aventures d'un flic prêt à échanger son visage avec celui d'un terroriste pour intégrer sa bande. Comme si la corpulence d'un John Travolta n'avait plus d'importance avec le joli minois de Nicolas Cage.

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