Lyon Capitale n°163
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Il y a 20 ans : le sombre héros de la mer

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – Les œuvres musicales de Francis Popy, célèbre compositeur lyonnais, reviennent sur le devant de la scène en 1998 lorsque sa valse Sphinx est reprise dans le carton du box-office de l'époque : Titanic.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, © Lyon Capitale

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Francis Popy est né sur les pentes de la Croix-Rousse, à la fin du XIXe siècle. Fils de canut, il acquiert rapidement une notoriété en Europe pour ses compositions musicales, et devient une référence de la Belle Époque. Polkas, mazurkas, scottisch… L'artiste est très populaire durant le premier quart du XXe siècle, et compose des morceaux toujours en accord avec leur temps, joyeux et entrainants. Largement connu et reconnu à l'époque, l'homme laisse pourtant derrière lui une grande zone d'ombre sur son parcours, que l'on doit à une discrétion exacerbée. En 1998, 70 ans après sa mort et alors que sort Titanic de James Cameron, le film lui rend hommage en reprenant sa valse sur quelques scènes. Car, lorsque le Titanic coule en 1912, l'orchestre du paquebot aurait joué du Popy.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, p. 18 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°163 le mercredi 18 mars 1998, signé par Sylvain Der-Sarkissian.

Le sombre héros de La mer

Soixante-dix ans après sa mort, le compositeur lyonnais Francis Popy revient sur le devant de la scène. Un extrait de Sphinx ? la valse qu'il a écrite en 1906, est en effet jouée dans Titanic, le film-phénomène de James Cameron. De son vivant déjà, ce fils de canut avait acquis une certaine notoriété en Europe. Mais le parcours du compositeur est entaché de zones d'ombre et en 1912, il n'est pas certain que les musiciens à bord du paquebot aient réellement interprété du Popy.
Pour comprendre le personnage, il faut le remettre dans le contexte du début du siècle". Précise en premier lieu Jacques Popy, "il vivait à la 'Belle Epoque', il composait donc des morceaux gais". Le personnage en question, c'est Francis Popy, son père décédé lorsqu'il avait trois ans. Né sur les pentes de la Croix-Rousse, ce fils de canut fut l'un des compositeurs les plus prisés du début du siècle. Son répertoire fut interprété principalement en France, en Angleterre et en Allemagne. Son succès, il le connaîtra à travers des œuvres telles la Suite Orientale ou encore la fameuse valse Sphinx ? utilisée par James Cameron pour son film Titanic. Jacques Popy se rappelle que sa mère aimait parler de son mari comme d'un homme gai et paisible, très proche de sa famille et de ses quatre enfants. "C'était quelqu'un qui prenait la vie du bon côté", poursuit-il, heureux qu'on lui parle enfin de son père et non plus de cette histoire de droits d'auteurs qui l'agace passablement. Jacques Popy se souvient encore. "La grande passion de mon père c'était la pêche. Le jardinier allait avec une brouette chercher les carpes qu'il avait prises" se régale-t-il, les yeux brillants. "Il adorait aller pêcher", confirme Gérard Popy à propos de son grand-père, "souvent il écrivait ses idées sur du papier à cigarettes et s'installait au piano dès qu'il rentrait". Une méthode de travail peu orthodoxe qui n'empêcha pas le compositeur-pêcheur d'écrire plus de 500 œuvres en une trentaine d'années. Une carrière d'artiste qui apparaît aujourd'hui comme une vocation toute tracée.

Prédestiné

Lorsque François-Joseph né un jour de juillet 1874, le secrétaire de mairie inscrit le nom de Popy au lieu de Paupy sur son acte de naissance. "Avec un "y", cela faisait déjà nom d'artiste", note Guy Claudet, qui prépare à Villefranche un fascicule sur la vie du compositeur. La musique, Francis la découvre à travers son père qui dirige un petit orchestre populaire à la Croix-Rousse. Engagé volontaire à 18 ans, le jeune Popy rejoint son régiment à Paris dans un premier temps. Puis il part pour Rouen en tant que sous-chef de musique au 74e régiment d'infanterie. Il quitte finalement l'armée vers 1901 et vient s'installer à Lyon. Agé de 28 ans, il décide alors de fonder une famille et passe la bague au doigt de Marie Bussière, qui lui donnera une fille et trois fils. Entretemps, la réputation qu'il a acquise à l'armée lui permet de prendre la tête de la célèbre fanfare lyonnaise à la suite d'Alexandre Luigini. Papy, qui avait la réputation de ne pas être commode avec ses musiciens, obtient avec cette même fanfare le prix du Roi d'Italie à Turin. Il dirige ensuite l'orchestre du théâtre des Célestins avec lequel il donne de nombreuses opérettes. Mais dès 1902, il se lance véritablement dans la composition et va peu à peu se consacrer uniquement à ce travail d'écriture. Popy se révèle alors un compositeur polyvalent capable d'adapter un opéra de Wagner pour la fanfare comme d'écrire des fox-trots lorsque le jazz pointera son nez à la fin de sa vie. Et lorsque la France découvre l'exotisme à travers ses colonies, Popy compose des morceaux d'inspiration orientale. Cette diversité, cette faculté d'adaptation, lui a permis de retranscrire toute l'atmosphère de la "Belle Epoque" à travers sa musique.

Un homme de son époque

Présente un peu partout, dans les cabarets, les casinos, les café-concert, la musique est une composante à part entière de la société française du début du siècle. Popy, qui restera comme un musicien populaire avant tout, compose des morceaux toujours en phase avec son temps. Que ce soit des polkas, des mazurkas, des valses ou des scottishs, un seul mot d'ordre : la gaité et l'insouciance. Compositeur de musique légère, il doit faire face à une demande constante de nouveautés. Les "succès d'un jour" sont si éphémères qu'il faut composer un nouveau morceau dès le lendemain. Popy produit ainsi une à deux œuvres par mois. Sa musique rencontre un franc succès en France bien sûr, mais aussi en Allemagne où ses marches sont encore jouées aujourd'hui. Pourtant, cette réussite ne lui apporta qu'une gloire toute relative. Francis Popy fait partie de ces artistes dont personne ne connaît le nom mais dont tout le monde, à l'époque, a entendu la musique. "Le nom de Popy ne figure même pas dans le Larousse musicale", fait remarquer Guy Claudet. Les compositions du Lyonnais ont pourtant été jouées un peu partout. Ainsi dans les années soixante, l'armée américaine formait ses musiciens avec des -marches militaires signées Popy. Même à Lyon, seul un parc situé dans le 4e arrondissement porte son nom.

Des zones d'ombre

La discrétion de l'homme a sans doute coûté un peu en notoriété à l'artiste. Il est même parfois passé totalement inaperçu, comme par exemple au conservatoire de Paris où il aurait suivi l'enseignement de Gedalge et reçu un prix de clan-nette. On ne retrouve aucune trace de lui au fichier des élèves. On dit qu'il aurait eu Massenet comme professeur. Il était plus vraisemblablement l'un de ses admirateurs (il a baptisé sa demeure à Grasse "Cottage Massenet"). Nombre de questions restent encore sans réponse sur cet homme aux bacchantes affûtées. Ainsi on peut encore se demander pourquoi il utilisait le pseudonyme d'Henri Staz pour signer ses œuvres notamment à la fin de sa vie. Toutes ces réponses, Francis Popy les a emportées dans sa tombe. Le 29 janvier 1928, la tuberculose, qui touchera aussi sa fille quelques mois plus tard, l'empêche d'achever son deuxième opéra-cornique. Après la seconde guerre mondiale, la musique légère disparaît à son tour et l'œuvre de Popy tombe peu à peu dans l'oubli. Quant à savoir si Sphinx ? a bien été joué à bord du Titanic, il n'y a qu'un pas que franchit allègrement Gérard Popy. "Il y a de grandes chances pour que Sphinx ? ait été joué sur le Titanic", se persuade-t-il, arguant que l'couvre de son grand-père a connu un succès international. Guy Claudet, lui, est beaucoup moins affirmatif. Les témoignages des rescapés du naufrage n'en ont jamais fait mention. Mais après tout peu importe, grâce au film de James Cameron, le nom de Francis Popy est désormais associé à la légende du célèbre navire.
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