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Festival “Sens dessus dessous” à Lyon, entre exigence et émergence

Créé en 2012 par Dominique Hervieu, le festival “Sens dessus dessous” fête cette année ses huit ans d’existence avec toujours une programmation hybride et pointue qui révèle des artistes souvent hors format.

Cette édition permet au festival d’ouvrir à nouveau les portes restées fermées depuis plusieurs années du studio Jorge Donn et inaugure une rencontre très intéressante avec trois jeunes compagnies de la région qui montreront des extraits d’un travail en cours. En fin de présentation, les spectateurs seront invités à discuter avec les artistes sur leur processus de création. Benjamin Coyle, ancien danseur du CNSMD de Lyon et de Carolyn Carlson explore avec La Séance les souvenirs, les émotions provoquées par la mémoire notamment celle qui nous relie aux défunts.

Suivra Joana Schweizer, une artiste franco-portugaise dont le travail mêle la danse, le chant et la musique instrumentale. Dans O Canto do Sapo (Le Chant du crapaud), elle est accompagnée du trompettiste Simon Deslandes pour se questionner avec dérision et humour sur ce qui pousse les hommes à vouloir réaliser toujours plus d’exploits et de performances. Enfin, le collectif A/R avec Julia Moncla et Thomas Demay et leur duo Placement libre qui illustre leur travail de compagnie fondé sur l’association musique live et danse sur scène ou dans un espace public. Ici, ils expérimentent la marche et son interaction avec des événements ou des rencontres occasionnés par un parcours et qui incitent à d’autres mouvements, d’autres placements dans l’espace. À noter que ces trois présentations sont gratuites !

Des révélations…

Cette saison révélera le chorégraphe Pierre Pontvianne basé à Saint-Étienne. Sa pièce, Mass, s’appuie sur un texte écrit par David Mambouch qui va chercher la relation entre le geste et le mot ainsi que de nouvelles formes de mouvements à inventer. Tandis qu’un comédien décrit de façon exhaustive une fresque humaine sous un angle chaque fois différent, les danseurs en illustrent, sans les incarner, tous les personnages selon une partition complexe. Une belle rencontre artistique en perspective !

La révélation n’aura pas lieu avec la pièce d’Amala Dianor, The Falling Stardust, grosse déception vue au dernier Festival Montpellier Danse. Cherchant la rencontre entre le hip-hop et la danse classique pour créer une danse abstraite, le chorégraphe ne parvient pas à inventer sa propre écriture. Sa danse demeure trop influencée par ses passages notamment chez Abou Lagraa et Emanuel Gat, constituée d’une utilisation de l’espace déjà trop vue (marches, déplacements en lignes, arrêts de face) et d’intentions artistiques qui sonnent faux.

… et des pièces fortes

Révélateur des danses postées sur le Web par des jeunes du monde entier dansant dans la solitude de leur chambre, le collectif (La) Horde débarque avec Marry me in Bassiani qui réunit quinze danseurs folkloriques de Géorgie. À la recherche de la source de la danse, il s’empare de l’énergie des danses traditionnelles pour dénoncer le contexte culturel et politique de ce pays, hostile notamment aux communautés LGBT.

L’Irlandaise Oona Doherty est au rendez-vous avec Lady Magma, un quintet féminin conçu comme un rituel dionysiaque et sensuel, une ode à la féminité sur fond de musique funk. Après Hard to be soft où elle se métamorphosait littéralement en mâles irlandais avec tous leurs clichés sociaux et culturels, on s’attend à des portraits d’une grande puissance mêlant sensualité et animalité. Menée par le chorégraphe Marcos Morau, La Veronal est une compagnie espagnole attendue avec une grande curiosité. S’inspirant du théâtre, du cinéma et des arts plastiques, elle propose des pièces très visuelles soutenues par de fortes thématiques humaines.

Pasionaria évoque tous les sentiments complexes que les passions humaines provoquent comme la douleur, la souffrance, l’authenticité, la créativité tout en dévoilant une autre société, celle qui lègue sa part d’humanité à des robots et qui fait perdre à l’homme toutes ses émotions. Pour clore ce festival, la chorégraphe Gisèle Vienne vous attend à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy pour Crowd, un rendez-vous avec quinze jeunes danseurs qui affolent le dance-floor de leurs danses transies, pleines de désirs, hallucinatoires, violentes et à fleur de peau !

Festival Sens dessus dessous – Du 9 au 25 mars à la Maison de la danse

www.maisondeladanse.com

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