Martin Scorsese montage récompenses
© Paramount Pictures (montage LC)

Festival Lumière : portrait de Martin Scorsese, prix Lumière 2015

Pour patienter jusqu’à l’ouverture du festival lundi, zoom sur le pôle magnétique de cette édition : le réalisateur Martin Scorsese. Un explorateur des failles de l’Amérique dont les héros échouent invariablement, mais qui a lui-même tout gagné !

Palme, oscar et dollars

Comme on peut le dire de quelques rares grands champions sportifs, Martin Scorsese a tout gagné. Et ce avec une longévité remarquable… Pensez que trente et un ans séparent sa palme d’or pour Taxi Driver en 1976 et son oscar de meilleur réalisateur pour Les Infiltrés en 2007. Ce alors même qu’on dit souvent que pour un artiste la fenêtre de tir de l’inspiration (et, pour les meilleurs, du génie) se mesure en années plutôt qu’en décennies.

Mieux, l’auteur emblématique du Nouvel Hollywood, par ailleurs incollable cinéphile et musicologue, est devenu au fil de ces longues années un véritable cinéaste populaire : au box-office américain, pour s’en tenir à lui, Gangs of New York, Aviator ou Le Loup de Wall Street, c’est quasiment plus de cent fois Taxi Driver. (En France, pays de cinéphiles où le succès se compte en entrées et non en dollars, les écarts sont beaucoup moins spectaculaires.)

Enfin et surtout, le succès critique et public, quelques rares égarements surmontés et controverses encaissées (La Dernière Tentation du Christ en tête), a offert à Scorsese le droit inaliénable de tout se permettre. Et lui a compris le devoir de ne pas faire n’importe quoi de ce droit – ce qui est une tentation courante et pas que du Christ (coucou, MM. Lynch, Von Trier et Ferrara, choisis au hasard).

Entre le bien et le mal

Cet explorateur des failles consubstantielles de l’Amérique, de ce balancement d’un pied sur l’autre entre le bien et le mal (Les Infiltrés en sont un symbole joueur), la violence et la quête de justice, l’ambition et l’échec, n’est rien de plus qu’un grand fasciné, en bon fils de catholiques italiens, du geste rédempteur et aussi un as de la transsubstantiation filmique, passé maître dans l’art de glisser d’un thème à l’autre, d’un genre à un autre, du moins en apparence.

Willem, Nicolas, Robert, Leonardo : des corps à l’épreuve

Usant plus que personne d’acteurs fétiches, de prolongements de lui-même, sans doute également dans une veine quelque peu christique (corps suppliciés de Willem Dafoe dans La Dernière Tentation ou de Nicolas Cage, quasi mort vivant, dans À tombeau ouvert), de corps à mettre à l’épreuve comme le ferait un démiurge de sa chose – personnages (Paul Hackett, dans la comédie After Hours, tout simplement prisonnier d’un plâtre intégral) comme acteurs : on pense à de Niro, passé par tous les états corporels et tous les états tout court, de Taxi Driver à Raging Bull (sa fameuse prise de poids) comme au DiCaprio d’Aviator et Shutter Island.

Bien souvent, cela se fait chez Scorsese au service de stratégies de l’échec qui ne disent pas forcément leur nom mais sont tout autant le revers du rêve américain (Taxi Driver, La Valse des Pantins, After Hours donc) que cette réussite flamboyante qui finit par exploser (parfois au sens propre, cf. Casino), de La Dernière Tentation à Aviator, de Raging Bull au Loup de Wall Street.

Même les cœurs purs…

Au fond, ce petit bonhomme doux et rigolard est le cinéaste de l’excès américain en tout. Notamment en termes de violence et de cupidité. Où même les cœurs purs, surtout les cœurs purs, qu’ils soient follement ambitieux (ou fous, comme Howard Hugues ou le héros de Shutter Island), dépassés (le Christ) ou bancalement justiciers (Travis Bickle, Max Cady) finissent toujours, quand leur quête n’aboutit pas en défaite désirée (La Couleur de l’argent), par prendre en pleine poire la médaille qu’ils auraient dû obtenir – mais sous une autre forme.

Le sujet est tout bonnement inépuisable et vaudra le coup d’être disséqué au cours de la rétrospective qui sera consacrée au maître lors de ce festival Lumière. Ce qui est sûr, c’est qu’au milieu d’une programmation pléthorique Scorsese recevra sa récompense en bonne et due forme. Comme un aboutissement de ce que trop de ses personnages ont raté et que lui a systématiquement gagné.

Les films de Scorsese que l’on pourra voir à Lyon

Who’s that knocking at my door ? (1967), son premier long-métrage, avec Harvey Keitel
Bertha Boxcar (1972) avec Barbara Hershey
Mean Streets (1973) avec Harvey Keitel et Robert de Niro
Alice n’est plus ici (1974) avec Harvey Keitel dans un second rôle et déjà Jodie Foster
Taxi Driver (1976) avec Jodie Foster, de Niro et de nouveau Keitel
New York, New York (1977) l’hommage aux comédies musicales de Scorsese avec Liza Minelli et de Niro
Raging Bull (1980), de Niro boxeur
La Valse des pantins (1982) avec Jerry Lewis et… de Niro (Joe Strummer joue un voyou)
La Dernière Tentation du Christ (1988) avec Willem Dafoe et Keitel en Judas
Les Affranchis (1990) avec de Niro, Ray Liotta et Joe Pesci
Les Nerfs à vif (1991) avec Nick Nolte, Jessica Lange, Robert Mitchum, Gregory Peck et bien sûr de Niro
Le Temps de l’innocence (1193) avec Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer, Winona Ryder, Geraldine Chaplin…
Casino (1995) avec Sharon Stone, Joe Pesci et… de Niro
Les Infiltrés (2006) avec Leonardo DiCaprio, Matt Damon et Jack Nicholson
Hugo Cabret (2011) avec Ben Kingsley et Sacha Baron Cohen
et l’épisode 1 de la série Boardwalk Empire (2010).
Horaires et lieu des séances sur le site Internet du festival Lumière
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